La peur du Noir

UNE CO­LÈRE NOIRE. LETTRE À MON FILS, PAR TA-NEHISI COATES, TRA­DUIT PAR THO­MAS CHAU­MONT, J’AI LU, 190 P., 6 EU­ROS.

L'Obs - - Lire - DA­VID CAVIGLIOLI

Ta-Nehisi Coates a été éle­vé à la dure par des mi­li­tants Black Pan­thers dans un ghet­to de Bal­ti­more, ville si­nis­trée, de­ve­nue le sym­bole du mar­tyre afro-amé­ri­cain de­puis la sé­rie « The Wire ». Dans ce livre épous­tou­flant d’in­tel­li­gence, il ra­conte, en s’adres­sant à son fils, son par­cours so­cial et in­tel­lec­tuel. Le texte a deux grandes qua­li­tés. D’ abord, par l’ au­to bio­gra­phie, il dés in­tel­lec­tua­lise la ques­tion du ra­cisme. Il s’éloigne des grands concepts, pour re­trou­ver la réa­li­té phy­sique de la condi­tion noire : la peur. La peur de se faire as­sas­si­ner par des gang­sters ou des po­li­ciers. La peur per­ma­nente qui ins­crit la vio­lence dans les corps. En­suite, Coates, lec­teur de Mal­colm X plus que de Lu­ther King, montre qu’on peut être hu­ma­niste sans être iré­nique. Il n’édul­core ja­mais l’im­pla­cable bru­ta­li­té du ra­cisme, mais n’en tire pas de conclusions sé­pa­ra­tistes. L’his­toire a fait de nous des victimes et des bour­reaux, dit-il. Nous ne de­vons pas l’ou­blier, et c’est ain­si qu’on pour­ra de­ve­nir autre chose.

Ma­ni­fes­ta­tion à Bal­ti­more, en 2015.

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