Vive Le­roy !

UN PEU TARD DANS LA SAI­SON, PAR JÉ­RÔME LE­ROY, LA TABLE RONDE, 253 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - CH­RIS­TIAN LA­BORDE

Tout va si mal que j’ai en­vie du Por­tu­gal. Pas be­soin de mon­ter dans un train : Jé­rôme Le­roy est en li­brai­ries. Il y a tou­jours des azu­le­jos syl­la­biques et des pé­tales lis­boètes dans ses livres. Ce ro­man à deux voix – celles de l’écri­vain Guillaume Trim­bert et de la ca­pi­taine des ser­vices se­crets qui le file –, n’échappe pas à la règle. Le Por­tu­gal est dans le coeur de Trim­bert, dans sa mé­moire. Car Trim­bert est d’abord un hé­ros qui se sou­vient. Se sou­ve­nir est la ma­nière po­li­ti­co-poé­tique d’échap­per à l’op­pres­sion pro­duc­ti­viste et taf­taïenne. Le­roy signe ici le grand livre de la fuite. Son hé­ros s’éclipse, comme le font ces mil­liers de per­sonnes qui dis­pa­raissent des écrans ra­dar. Pa­nique à bord des ca­mé­ras. Car le ty­ran mo­derne a tout pré­vu sauf « l’éclipse », cette in­édite guerre de sé­ces­sion. Guerre douce mais sans mer­ci. C’est pour­quoi Trim­bert est ar­mé jus­qu’aux dents : ar­mé de sou­ve­nirs (Os­tende, Lis­bonne [pho­to], des vi­sages de femmes), de mu­sique (la voix de Mar­vin Gaye), de lec­tures (An­dré Dhô­tel, Georges Per­ros). Il s’en­fuit avec des rimes et des re­frains dans la tête, et, dans la poche, le flingue idéal : « L’élé­gant ré­vol­ver-jou­jou per­fo­ré du mot “Bal” » qu’An­dré Bre­ton por­tait en per­ma­nence dans son hol­ster. Le poème et la mé­moire sont nos royales mu­ni­tions.

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