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Dior : bal de match

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C’est le pied cas­sé et avec des bé­quilles que j’ai as­sis­té au bal Dior. C’est peut-être un dé­tail pour vous, mais pour moi ça veut dire beau­coup : j’avais lu quelque part que c’était « robe longue et masque ». Sauf que robe longue et bé­quilles, ça fai­sait un peu trop mé­chante dans un Dis­ney. Quant au masque, je n’en ai pas. J’ai es­sayé de m’en faire un avec un slip en den­telle : hé­las, ça fai­sait trop cat­cheur. C’est donc avec un look au-de­là de la lose que je suis ar­ri­vée de­vant le Mu­sée Ro­din. C’est pas com­pli­qué : un type mieux ha­billé que moi m’a ou­vert la porte, avec un beau masque noir.

J’étais très en avance, on m’a dit. J’ai pu en­trer parce que plein de gens mas­qués ont eu pi­tié de moi. J’ai es­sayé de glis­ser un pe­tit billet de 50 eu­ros à l’un des gars du ser­vice d’ordre pour qu’il me file son masque. En échange, je lui pro­po­sais ma cu­lotte en den­telle que j’avais, par pré­cau­tion, prise avec moi. Il a dit : « A l’in­té­rieur, on offre un masque à tout le monde. » Sou­dain, je ne boi­tais plus du tout. J’adore les ca­deaux.

Sur la pe­louse im­mense du mu­sée, il y avait des vrais che­vaux cus­to­mi­sés en li­cornes. Les quelques in­vi­tés dé­jà présents vou­laient tous faire les ma­lins à « sel­fi­fier » avec eux, mais les bêtes étaient ner­veuses. Il y en a une, elle a fi­ni par li­cor­ner un type, faut dire dé­gui­sé en bouc (masque à tête de bouc).

En­suite, à l’in­té­rieur, on m’a fi­lé un masque. Y en avait de deux sortes : des tout simples noirs et des en den­telle comme mon slip, mais mieux faits. J’ai sup­plié pour avoir ce­lui en den­telle, j’ai dit : « Dé­jà que mon look est à chier, si en plus je ne peux pas m’up­gra­der… » J’ai eu la den­telle.

En­suite, j’ai tour­né la tête à droite : il y avait un grand gar­çon très chic avec un masque tout simple, tiens. J’al­lais pour lui dire que, contre un pe­tit billet de 50 eu­ros, je pou­vais lui avoir un masque en den­telle, quand la col­lègue qui m’ac­com­pa­gnait m’a re­te­nue par le col : « N’en fais rien, mal­heu­reuse, je crois que c’est Ber­nard Ar­nault. » C’était lui, j’ai en­ten­du quel­qu’un lui dire bon­jour.

Et c’est là qu’a vrai­ment com­men­cé la soi­rée : avec ces masques, on était pau­més. D’abord il y a ceux qui ne voyaient rien parce que le masque leur tom­bait sur les yeux. De Zor­ro, ils pas­saient à « Pi­rates des Ca­raïbes », avec le truc de tra­viole sur le vi­sage. En­suite, il y a ceux qui avaient mis un masque co­ming out : j’en ai vu trois en la­tex et deux avec mu­se­lière de cuir, par exemple. Et en plus, ils di­saient : « C’est moi, Bi­dule! » Car c’était la soi­rée où tout le monde était obli­gé de dire qui il était, si­non per­sonne n’au­rait ja­mais re­con­nu per­sonne.

Le po­dium (qui avait été uti­li­sé pour le show haute cou­ture) ser­vait de piste de danse. Moi, on m’avait ins­tal­lée en bor­dure de la piste, sur un lit de mousse. La mousse, c’est hu­mide, alors on m’avait mis plein de cous­sins. J’ai fait croire à des Co­réens que j’étais une muse Dior. Ils m’ont crue ou pas, je ne sais pas : en tout cas, ils ne vou­laient pas dé­bour­ser 50 eu­ros pour un pe­tit sel­fie avec moi.

De là où j’étais, cou­chée, je voyais tout. J’ai vu que Gi­gi Ha­did (fa­meux man­ne­quin, pour les ni­veaux 1) ne pou­vait pas mettre son masque parce que si­non on se ren­dait moins compte que c’était une cé­lé­bri­té. Donc elle le te­nait à la main, plu­tôt. J’ai vu que Ken­dall Jen­ner (man­ne­quin aus­si) était moins stu­pide que moi : pour se faire un masque, au lieu de pen­ser « cu­lotte en den­telle », elle avait juste pen­sé « lu­nettes de so­leil ». En mode, ça s’ap­pelle du gé­nie.

Par ailleurs, tout le dé­cor était en herbe. J’ai en­ten­du cet échange ver­bal : « Tu crois que ça se fume? – Non. Mais moi je viens de mâ­cher du mu­guet. – Du mu­guet ? En jan­vier ? »

Mais le plus im­por­tant : j’ai vu que les gens s’amu­saient vrai­ment. Les té­nèbres dans les­quelles on a tous le sen­ti­ment de s’en­fon­cer étaient mo­men­ta­né­ment pul­vé­ri­sées ce soir-là. Dior a pas­sé un cap avec ce bal. Le sa­cro-saint es­prit « co­ol » était là. Et quand il est là, c’est tel­le­ment bon signe !

DÉ­LIT DE SEL­FIE PEN­DANT LA SOI­RÉE.

L’AR­RI­VÉE AU MU­SÉE RO­DIN.

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