Le jan­sé­niste sar­thois qui ai­mait le luxe

Confé­rences, châ­teau a So­les­man, pas­sion por les voi­tures de sport et uti­li­sa­tion des de­niers de la Re­pu­blique... Les re­ve­nus et le pa­tri­moine de Fran­cois Fillon n'avaient pas eveille la cu­rio­site, tant l’homme sem­blait lisse. Et pour­tant…

L'Obs - - En Couverture - Par VIOLETTE LAZARD et VINCENT MONNIER

C’est en croi­sant Fran­çois Fillon en pe­tite te­nue chez Ar­nys, un pres­ti­gieux tailleur de la rue de Sèvres, que cet ha­bi­tué des beaux quar­tiers a été sai­si d’un doute. Pas vrai­ment le genre d’en­droit où il s’at­ten­dait à voir l’apôtre de l’aus­té­ri­té. L’élu de Sa­blé était en pleine séance d’es­sayage d’un cos­tume sur me­sure. « C’était il y a une di­zaine d’an­nées, je di­rais. Au­jourd’hui, la bou­tique a été re­prise par Ber­lu­ti. Fran­çois Fillon avait plus de moyens que moi: je me conten­tais du prêt-à-por­ter, dé­jà hors de prix!» D’après notre té­moin, ces pièces très chics se mon­nayaient à l’époque dans les 7 000 à 8 000eu­ros. « Je m’étais alors de­man­dé: “Mais com­ment fait-il avec son en­ve­loppe de par­le­men­taire ?” » Cette image de jan­sé­niste sar­thois qui colle aux mo­cas­sins de Fran­çois Fillon, ce sé­na­teur de droite n’y a ja­mais vrai­ment cru non plus. « On sa­vait tous qu’il avait un pe­tit pen­chant pour le luxe. Il n’y avait qu’à re­gar­der sa fa­çon de s’ha­biller: il n’avait que de belles sapes », té­moigne ce po­li­tique qui l’a cô­toyé sans ja­mais être l’un de ses in­times.

Ce goût des beaux ha­bits n’a rien de pé­na­le­ment ré­pré­hen­sible. Il éclaire sous un nou­veau jour la per­son­na­li­té du can­di­dat de la droite, dont l’image de so­brié­té a long­temps confi­né à l’aus­té­ri­té. L’an­ti-Sar­ko­zy, c’était lui. La ri­gueur, en­core lui. L’hon­nê­te­té, rien que lui. Au­tant de va­leurs dont il a fait le socle de sa cam­pagne pour em­por­ter la pri­maire. Un vé­ri­table mon­sieur propre et probe qui n’a ja­mais man­qué une oc­ca­sion de van­ter le bon sens et la sim­pli­ci­té des pay­sans de l’Ouest, ni de rap­pe­ler son at­ta­che­ment aux moines bé­né­dic­tins de So­lesmes, sa com­mune de la Sarthe, dont la de­vise,« Prie et tra­vaille », pour­rait lui te­nir lieu de pro­gramme po­li­tique. Les ré­vé­la­tions suc­ces­sives sur les soup­çons d’em­plois fic­tifs ac­cor­dés à sa femme et à deux de ses en­fants sèment le doute. Cer­tains se de­mandent main­te­nant si « Mis­ter No­bo­dy » – le sur­nom dont l’ont af­fu­blé ses ad­ver­saires – ne ca­chait pas en son for in­té­rieur un «Doc­teur Bling-Bling»? « Au moins, avec Sar­ko­zy, on sa­vait à qui on avait af­faire », lance un de ses op­po­sants sar­thois.

Bien sûr, il y a la fa­meuse pro­prié­té à So­lesmes, où la fa­mille Fillon po­sait au grand com­plet sur la pe­louse ver­doyante pour les pho­to­graphes de « Pa­ris Match » en 2013. L’en­droit a tou­jours sus­ci­té beau­coup d’in­ter­ro­ga­tions. C’est en 1993 que le couple Fillon fait l’ac­qui­si­tion de ce

ma­noir ré­per­to­rié à l’in­ven­taire du pa­tri­moine cultu­rel du mi­nis­tère de la Culture. Si­tuée à quelques ki­lo­mètres du vil­lage et pro­té­gée par un long mur de pierres, la de­meure ap­par­tient de­puis plu­sieurs gé­né­ra­tions aux Le­lièvre, une des grandes fa­milles de la Sarthe, dont l’un des aïeux est le fon­da­teur des fa­meuses Mu­tuelles du Mans. « Il s’agit d’une mai­son ache­tée 400000 eu­ros », af­firme Fran­çois Fillon, un soir de sep­tembre 2013, sur le pla­teau du JT de Da­vid Pu­ja­das, pré­sen­tant cette an­nonce comme une vé­ri­table opé­ra­tion de trans­pa­rence en pleine af­faire Ca­hu­zac. « Le terme “mai­son” nous avait fait dou­ce­ment sou­rire », se sou­vient Ré­mi Ma­reau, un élu de l’op­po­si­tion de gauche à Sa­blé-sur-Sarthe. Fran­çois Fillon l’a pour­tant réuti­li­sé lors de sa confé­rence de presse du lun­di 6 fé­vrier. Le mot semble bien faible pour qua­li­fier cette belle de­meure de 1 107 mètres car­rés avec dé­pen­dances (1 062 mètres car­rés), do­mi­nant la val­lée de la Sarthe, agré­men­tée d’une tour du xve siècle et cha­pelle pri­vée construite au xixe siècle. Sur les vieilles cartes, la pro­prié­té, qui s’étend sur près de 12hec­tares et dont le bâ­ti­ment prin­ci­pal comp­te­rait, se­lon les in­for­ma­tions du « Ca­nard en­chaî­né », pas moins de qua­torze chambres, est même pré­sen­tée comme le châ­teau de Beau­cé. « Les guides des ba­teaux croisières qui passent à proxi­mi­té l’ont re­bap­ti­sée “châ­teau Fillon”», ra­conte un ha­bi­tant de Sa­blé. Lors­qu’il twee­tait de ma­nière ano­nyme, l’an­cien Pre­mier mi­nistre lui-même s’était choi­si un pseu­do­nyme à par­ti­cule: Fran­çois de Beau­cé. Cer­tains y ver­ront peut-être l’ex­pres­sion d’un dé­sir se­cret d’ano­blis­se­ment.

Lors de sa confé­rence de presse, Fran­çois Fillon a éva­lué à 750000 eu­ros la va­leur de sa pro­prié­té. Une es­ti­ma­tion qui semble d’au­tant plus en des­sous du mar­ché que les Fillon semblent s’être beau­coup in­ves­tis dans le ma­noir : 300 000 eu­ros ont ain­si été dé­pen­sés pour le ré­no­ver, comme le montre la dé­cla­ra­tion de si­tua­tion pa­tri­mo­niale pu­bliée dé­sor­mais sur le site in­ter­net du can­di­dat. « On a com­men­cé les tra­vaux [dès l’achat du bien, NDLR], et ils se pour­suivent tou­jours », ra­con­tait en no­vembre der­nier Pe­ne­lope Fillon, dans une de ses très rares in­ter­views ac­cor­dées à un heb­do­ma­daire lo­cal. En oc­tobre 2011, le couple avait en­core sous­crit un prêt de 50 000 eu­ros pour réa­li­ser des tra­vaux.

Dans les agences im­mo­bi­lières de Sa­blé, au­cun spé­cia­liste n’ose ce­pen­dant s’aven­tu­rer à faire une quel­conque es­ti­ma­tion de la de­meure des Fillon: « Dé­so­lé, nous ne connais­sons pas le bien », nous a ré­pon­du l’un d’eux. « Les prix ont pas mal bais­sé ces der­niers temps », nous a ré­tor­qué un autre. Tout juste consent-on à re­con­naître que le pai­sible vil­lage de So­lesmes fi­gure par­mi les plus re­cher­chés de la ré­gion. Mais une ra­pide étude des an­nonces pour des biens si­mi­laires sème le doute sur la va­leur réelle de la pro­prié­té du can­di­dat. Sur le site Im­mo­bi­lier France Ouest, un ma­noir sar­thois du xve siècle d’une sur­face de 450 mètres car­rés a été ven­du 871 000 eu­ros.

DES CONSEILS LUCRATIFS

« Fran­çois Fillon est quel­qu’un qui a tou­jours eu peur de man­quer d’ar­gent, ce qui est éton­nant, vu le mi­lieu dont il vient – père no­taire, mère uni­ver­si­taire, com­mente un de ses amis de jeu­nesse. Ce com­por­te­ment, cette ac­cu­mu­la­tion qui re­lève d’un vé­ri­table sys­tème ne m’étonne donc pas. » Un autre homme po­li­tique, long­temps très proche de Fran­çois Fillon avant de s’en écar­ter bru­ta­le­ment, est en­core plus dur : « Ni­co­las Sar­ko­zy avait cou­tume de dire à pro­pos de Fran­çois Fillon: “Il est lâche, couard, men­teur et cu­pide.” Il avait rai­son. Fillon consi­dère qu’il n’y a pas de pe­tit pro­fit. Tout ce qu’il peut prendre, il le prend. Son ar­gent a été dé­pen­sé pour fi­nan­cer son train de vie à Pa­ris. » Per­sonne, par­mi ces proches, n’a cru un seul ins­tant que Fran­çois Fillon al­lait pro­po­ser de rem­bour­ser les sommes per­çues par sa femme (830 000 eu­ros brut entre 1988 et 2013) ou par ses en­fants (80000 eu­ros entre 2005 et 2007) pour éteindre l’in­cen­die mé­dia­tique. Des conseillers le lui ont pour­tant sug­gé­ré… « Tu le connais bien mal ! Il ne rem­bour­se­ra ja­mais rien », au­rait lan­cé le sé­na­teur sar­ko­zyste Ro­ger Ka­rout­chi, alors que cette hy­po­thèse était évo­quée de­vant lui.

Pour ar­ron­dir ses fins de mois, Fran­çois Fillon peut éga­le­ment comp­ter sur 2FCon­seil, sa lu­cra­tive société de conseil dans les do­maines de la fi­nance, des af­faires pu­bliques ou en­core de l’en­vi­ron­ne­ment. Les sta­tuts de l’en­tre­prise ont été dé­po­sés au greffe le 7 juin 2012, soit un mois à peine après son dé­part de Ma­ti­gnon. Et dix jours avant qu’il ne soit élu dé­pu­té de Pa­ris. La date n’a rien d’ano­din: la loi in­ter­dit aux dé­pu­tés d’avoir en pa­ral­lèle une ac­ti­vi­té de conseil. Une dis­po­si­tion à la­quelle il est pos­sible d’échap­per si la créa­tion de la société est an­té­rieure à l’élec­tion. Et peu im­porte les conflits d’in­té­rêts évi­dents entre son man­dat élec­tif et cette ac­ti­vi­té de consul­ting. Les ho­no­raires valent bien quelques en­torses à l’éthique. Les comptes de 2F Conseil, consul­tables sur in­ter­net, montrent que la société a rap­por­té à Fran­çois Fillon un re­ve­nu men­suel de près de 20 000 eu­ros entre 2012 et 2016, en plus de ses in­dem­ni­tés de dé­pu­té. Les noms des clients, eux, sont plus dif­fi­ciles à trou­ver. « Il ne fi­gure au­cun Etat étran­ger, pré­vient l’un de ses proches, qui nous as­sure avoir vu la liste ex­haus­tive des clients de la société. Il n’y a pas la Rus­sie, pas de so­cié­tés russes. On ne voit pas Gaz­prom, l’Ara­bie saou­dite, pas de so­cié­tés in­dignes…» Des ar­gu­ments ré­pé­tés lun­di par le can­di­dat lors de sa confé­rence de presse. Ce der­nier a éga­le­ment as­su­ré que toutes ses confé­rences don­nées en Rus­sie l’ont été à titre gra­tuit. D’après nos in­for­ma­tions, de grands centres de confé­rences in­ter­na­tio­nales fi­gurent sur la liste des clients. D’après un spé­cia­liste de ce mi­lieu, Fran­çois Fillon se­rait la 7eper­son­na­li­té fran­çaise la plus pri­sée pour ce genre d’évé­ne­ments. Des proches évoquent des confé­rences au Ka­za­khs­tan (ré­mu­né­rées, celles-ci), qui n’ont ja­mais été dé­men­ties par l’in­té­res­sé. Fillon a d’ailleurs adres­sé au

“LES GUIDES DES BA­TEAUX CROISIÈRES QUI PASSENT À CÔ­TÉ ONT REBAPTISÉ LA DE­MEURE DU CAN­DI­DAT ‘CH­TEAU FILLON’. ” UN HA­BI­TANT DE SA­BLÉ

Pre­mier mi­nistre de la dic­ta­ture une lettre, re­trou­vée dans un autre dos­sier ju­di­ciaire por­tant sur l’ex­tra­di­tion d’un op­po­sant ka­zakh, Mou­kh­tar Ablia­zov, pour le re­mer­cier d’une vi­site. A la main, le Sar­thois a ajou­té l’en-tête « Cher ami », puis conclu le cour­rier par un « Ami­tiés ». D’autres noms de pays sont éga­le­ment ci­tés. Le Qa­tar, où Fillon est ve­nu as­sis­ter au 13eFo­rum de Do­ha en 2013, ou en­core l’Ara­bie saou­dite. « On ra­conte qu’il ré­clame pour ses confé­rences le même ta­rif que Ni­co­las Sar­ko­zy, s’amuse un fa­mi­lier de ce mi­lieu. Il ne l’ob­tient pas for­cé­ment. » Sa ri­va­li­té avec l’an­cien chef de l’Etat l’a même pous­sé à exi­ger un à-va­loir sem­blable pour la pa­ru­tion de son livre « Faire » à la ren­trée 2015. Après avoir re­fu­sé la somme de 60000 eu­ros of­ferte par la mai­son d’édition Plon, le can­di­dat s’est tour­né vers Al­bin Mi­chel, qui au­rait aug­men­té la mise et re­le­vé les pour­cen­tages tou­chés par l’au­teur…

Cô­té en­tre­prise, Fran­çois Fillon a lui­même « ou­té » cer­tains noms de ses clients : ce­lui de l’as­su­reur Axa, di­ri­gé jus­qu’en août der­nier par son ami Hen­ri de Cas­tries, ou ce­lui de la société Fi­ma­lac, dont le PDG n’est autre que l’homme d’af­faires Marc La­dreit de La­char­rière, pré­sident de la « Re­vue des deux mondes » et, à ce titre, em­ployeur de Pe­ne­lope Fillon au poste mys­té­rieux de « conseiller lit­té­raire ». La banque pri­vée Od­do a éga­le­ment comp­té par­mi les clients de 2FCon­seil. Jusque-là, seul le nom de Re­né Ri­col, l’ex-mé­dia­teur na­tio­nal du Cré­dit et ex-com­mis­saire gé­né­ral à l’In­ves­tis­se­ment, était connu. Joint par « l’Obs », ce der­nier nous a confir­mé que sa société de conseil fi­nan­cier Ri­col Las­tey­rie a ver­sé au to­tal 200 000 eu­ros à 2F Conseil : « Si j’avais pen­sé un jour que Fran­çois Fillon par­vien­drait à être can­di­dat de la droite à l’élec­tion pré­si­den­tielle, je n’au­rais pas tra­vaillé avec sa société car ce­la jette le doute, la sus­pi­cion sur un pos­sible conflit d’in­té­rêts. Mais Fillon a vé­ri­ta­ble­ment tra­vaillé. Il a fait le job. Tous les “se­niors ad­vi­sors” sont bien payés, mais n’en font pas for­cé­ment au­tant! Je n’ai rien à ca­cher. » Fillon au­rait as­sis­té à toutes les réunions stra­té­giques du groupe. Sauf à la der­nière, qui s’est te­nue le 30 jan­vier : il était alors en­ten­du par les po­li­ciers de l’Of­fice cen­tral de Lutte contre la Cor­rup­tion et les In­frac­tions fi­nan­cières et fis­cales (OCLCIFF). Re­né Ri­col, dont la société a abri­té un temps le siège de 2F Conseil avant qu’il ne soit do­mi­ci­lié près du Champ-de-Mars, dans l’ap­par­te­ment pa­ri­sien des Fillon, dit tout igno­rer du nom des autres clients de la société. « J’ai long­temps pen­sé qu’on était les seuls », confie ce­lui qui a été dé­co­ré en juillet 2011 grand of­fi­cier de la Lé­gion d’hon­neur par Fillon – même si, dit-il, il fai­sait par­tie du « quo­ta » de l’Ely­sée, non de ce­lui de Ma­ti­gnon.

DES AMIS TRÈS SÉLECTS

Il faut peut-être cher­cher du cô­té du groupe Bil­der­berg, ce cé­nacle ul­tra-fer­mé et ob­jet de bien des fan­tasmes qui réunit une tren­taine de membres per­ma­nents par­mi les grands noms de la fi­nance in­ter­na­tio­nale – ban­quiers, pa­trons de mul­ti­na­tio­nale, res­pon­sables po­li­tiques– pour dé­ni­cher les der­niers clients de Fran­çois Fillon… L’an­cien Pre­mier mi­nistre les a long­temps fré­quen­tés. Il en avait même re­çu cer­tains à Ma­ti­gnon avant son

dé­part. C’est Hen­ri de Cas­tries qui lui a ou­vert la porte de ce cercle. A la tête d’une for­tune co­los­sale, ce der­nier est éga­le­ment le pré­sident de Bil­der­berg. Et il est dé­jà an­non­cé comme mi­nistre en cas de vic­toire de Fran­çois Fillon. Dans les rangs de ce club très sé­lect, on peut éga­le­ment croi­ser l’homme d’af­faires Marc La­dreit de La­char­rière. « Ce sont des gens qu’il a ap­pro­chés, connus, en tant que par­le­men­taire, puis en tant que mi­nistre et Pre­mier mi­nistre, ra­conte un membre du clan Sar­ko­zy. De­puis qu’il a ou­vert sa société de conseil, il nage donc constam­ment dans le conflit d’in­té­rêts. Même avant les ré­vé­la­tions du “Ca­nard en­chaî­né”, ce­la sau­tait aux yeux. »

VA­CANCES CHEZ FER­RA­RI

Quelques ombres au­raient dé­jà dû, de­puis long­temps, ter­nir la belle image du can­di­dat an­ti-bling-bling ven­due par ses com­mu­ni­cants. Fran­çois Fillon, par exemple, aime les belles voi­tures, les bo­lides de course –même s’il ne pos­sède qu’une Toyo­ta et une Peu­geot ache­tées il y a plus de quinze ans. Tout jeune, il par­cou­rait dé­jà les cir­cuits comme bé­né­vole. Son frère ca­det est de­ve­nu pré­sident de l’Au­to­mo­bile Club de l’Ouest, une puis­sante as­so­cia­tion en charge de l’or­ga­ni­sa­tion des 24 Heures du Mans. Lui conti­nue de fré­quen­ter ce mi­lieu, tout en se conten­tant de pe­tites com­pé­ti­tions comme Le Mans Clas­sic, une com­pé­ti­tion de vieilles voi­tures de col­lec­tion. « La course au­to­mo­bile, ce n’est pas gra­tuit », confiait-il ain­si à une jour­na­liste du « JDD » lors d’un dé­jeu­ner, il y a deux ans. Un de ses proches est Jean Todt, an­cien pi­lote de ral­lye au­jourd’hui à la tête de la Fédération in­ter­na­tio­nale l’Au­to­mo­bile (FIA). Ce der­nier a été pro­mu en juillet 2011 grand-croix de la Lé­gion d’hon­neur sur le quo­ta de l’ex-Pre­mier mi­nistre . « lls ont des liens sur­tout ami­caux », nous ré­pond un proche de Jean Todt. Mais pas seule­ment : Fran­çois Fillon siège au sé­nat de la FIA de­puis avril 2014, un or­gane consul­ta­tif char­gé de su­per­vi­ser les fi­nances et les comptes de la fédération. Il y a 15 membres dans cette as­sem­blée, des « per­son­na­li­tés qua­li­fiées » dont Fran­çois Fillon fait par­tie. Il siège aux cô­tés d’un prince de Jor­da­nie, du mil­liar­daire mexi­cain Car­los Slim et Lind­say Owen-Jones, l’an­cien PDG de L’Oréal. « Evi­dem­ment, il exerce cette fonc­tion de fa­çon to­ta­le­ment bé­né­vole, nous as­sure un porte-pa­role de la FIA. Le sé­nat se réunit trois fois par ans. »

Cette pas­sion pour l’au­to­mo­bile a per­mis au can­di­dat d’avoir ses en­trées dans les cercles les plus fer­més. A l’été 2012, après la dé­faite de la droite à la pré­si­den­tielle, Fran­çois Fillon était par­ti se res­sour­cer sur l’île de Ca­pri aux cô­tés du ri­chis­sime Lu­ca di Mon­te­ze­mo­lo, an­cien pa­tron de Fer­ra­ri, pour des va­cances entre sa villa Ca­prile et son yacht. Loin de So­lesmes, de ses moines et de ses fo­rêts bu­co­liques.

A Ma­ti­gnon dé­jà, le train de vie de l’ex-Pre­mier mi­nistre avait fait grin­cer des dents. Ce père la ri­gueur fai­sait preuve d’une or­tho­doxie bud­gé­taire très re­la­tive concer­nant ses propres dé­penses. Quand ses pré­dé­ces­seurs s’étaient conten­tés de 90mètres car­rés, lui, avait pré­emp­té un ap­par­te­ment de fonc­tion de 309,72mètres car­rés. Des faits qu’il a tou­jours contes­tés. L’aug­men­ta­tion du nombre de col­la­bo­ra­teurs et l’in­fla­tion des dé­penses de com­mu­ni­ca­tion de Ma­ti­gnon avaient tou­te­fois été cri­ti­quées par le dé­pu­té PS Re­né Do­sière et par la Cour des Comptes dans des rap­ports. Un autre épi­sode avait fait à cette époque po­lé­mique. Ré­gu­liè­re­ment, Fran­çois Fillon em­prun­tait un Fal­con 900 de la Ré­pu­blique pour ren­trer chez lui à So­lesmes le wee­kend. Sa voi­ture of­fi­cielle le de­van­çait par la route, afin de le ré­cu­pé­rer sur le tar­mac de l’aé­ro­port d’An­gers et le conduire en­suite jus­qu’à son ma­noir. Son ca­bi­net jus­ti­fie­ra ce re­cours à l’avion pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, alors que Sa­blé n’est qu’à quatre-vingts mi­nutes de Pa­ris par le TGV. « Quand il était mi­nistre dé­jà, il re­ve­nait le week-end en hé­li­co­ptère, le­quel se po­sait sur le ter­rain de foot de Sa­blé », ajoute un po­li­tique lo­cal. Il est loin le temps où on croi­sait, le di­manche soir, le dé­pu­té avec sa pe­tite va­lise sur les quais de la gare de Sa­blé, at­ten­dant le train de 19 heures pour Pa­ris.

NOTES DE FRAIS SALÉES

En 2014, son pen­chant pour le faste res­sur­git lors du scan­dale de l’af­faire Byg­ma­lion. Les notes de frais de Fran­çois Fillon sortent alors dans la presse. On dé­couvre qu’en 2006 et 2007 il a fait payer à son par­ti ses frais de dé­pla­ce­ment exor­bi­tants et dif­fi­ciles à jus­ti­fier. Pour se rendre à Ma­drid, et as­sis­ter à la conven­tion du par­ti po­pu­laire es­pa­gnol, il grimpe dans un Fal­con pri­vé, fac­tu­ré 14 000 eu­ros l’al­ler-re­tour. Il réus­sit à dé­pen­ser en­suite 6 400 eu­ros pour al­ler à Gre­noble de­puis Pa­ris, avec un stop au Mans au re­tour. Le jet pri­vé coûte cher. «A cette époque, il avait éga­le­ment un chauf­feur à l’UMP, une se­cré­taire, des bu­reaux, des notes de frais, se rap­pelle un per­ma­nent du par­ti. Quand je sais qu’à la même pé­riode sa femme et ses en­fants étaient ré­mu­né­rés sur son en­ve­loppe par­le­men­taire…»

Au­jourd’hui, ces pe­tits se­crets sont ex­po­sés au grand jour et me­nacent ce­lui qui se voyait dé­jà pré­sident de la Ré­pu­blique. « Il n’y a que ceux qui veulent être sur­pris qui le sont, sou­pire un proche de Jean-Fran­çois Co­pé, vieil en­ne­mi de Fran­çois Fillon. Les jour­na­listes ont tou­jours pré­fé­ré re­gar­der du cô­té de Sar­ko­zy, qui était os­ten­si­ble­ment bling-bling, ou du cô­té de Co­pé, vic­time idéale. La pho­to dans la pis­cine de Ta­kied­dine l’a pour­sui­vi par­tout! Qui se sou­vient du voyage de Fillon chez le pa­tron de Fer­ra­ri en Ita­lie ? Per­sonne. Mais Fillon n’a pas an­ti­ci­pé le fait que plus on monte en haut du mât, plus on vous re­garde les fesses… »

Les Fillon, dans leur pro­prié­té de So­lesmes (Sarthe), en 2007. Ils l’ont ache­tée en 1993 pour 400 000 eu­ros.

Fillon, du temps de Ma­ti­gnon, uti­li­sait sou­vent un Fal­con de l’Etat pour ses week-ends sar­thois.

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