Eco­lo, par­fois trop

LE RÈGNE DU VI­VANT, PAR ALICE FERNEY, BA­BEL, 206 P., 7,70 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Comme dans « Mo­by Dick », un nar­ra­teur s’en­gage sur les mers aux cô­tés d’un grand chas­seur. Mais Ma­gnus Wal­lace, le ca­pi­taine Achab de ce ro­man d’Alice Ferney, est plu­tôt du genre à « mou­rir pour une ba­leine ». Il chasse le chas­seur de cé­ta­cé. (Il est ins­pi­ré de Paul Wat­son, ac­ti­viste ra­di­cal, par­fois qua­li­fié d’éco­ter­ro­riste.) Le nar­ra­teur est jour­na­liste, mais pas neutre. Il s’en­gage corps et âme sur l’« Ar­row­head », na­vire qui pour­chasse ces pê­cheurs « à la fois mal­fai­sants et mi­nus­cules ». « Hom­mage [à] ceux qui offrent leur exis­tence à la Terre », « le Règne du vi­vant » est hé­roï­que­ment ac­quis à sa propre cause. Pas la moindre trace de scep­ti­cisme, pas le moindre per­son­nage se­con­daire qui ne soit pas un mo­no­lithe de convic­tion. Tous sont éco­los, le nar­ra­teur est éco­lo, l’au­teur est éco­lo. Le lec­teur aus­si, sans doute. Les autres, qu’on voit de loin, sont des fu­miers. Ma­nière de dire que l’éco­lo­gie n’est pas une énième idée de la­quelle on pour­rait dé­battre. Elle est une né­ces­si­té mo­rale, aus­si in­con­tes­table que l’exis­tence des océans. C’est tan­tôt exal­tant, tan­tôt ir­ri­tant.

Une ba­leine dans le Pa­ci­fique près de la côte aus­tra­lienne.

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