Ma mère est une sainte

L’ABAN­DON DES PRÉ­TEN­TIONS, PAR BLAN­DINE RINKEL, FAYARD, 246 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LEMÉNAGER

L’an­ti­dote au re­pli iden­ti­taire, aux am­bi­tions so­ciales ab­surdes et au consu­mé­risme béat s’ap­pelle Jea­nine. Cette ex-prof d’an­glais a la soixan­taine, le coeur sur la main, et des voi­sins qui n’ap­pré­cient pas tou­jours qu’elle ac­cueille chez elle, pour trom­per sa so­li­tude, de jeunes lo­ca­taires qui sortent de pri­son. Elle s’en fout. Elle pré­fère se lier d’ami­tié avec des ré­fu­giés, ap­prendre l’arabe pour cau­ser avec les dames qui fré­quentent la mos­quée, se dé­fi­nir comme une « pes­si­miste en­jouée », et re­co­pier chaque jour sur un Post-it la ques­tion es­sen­tielle « Qu’est-ce qu’une vie réus­sie? ». In­ci­dem­ment, Jea­nine est la mère de la nar­ra­trice, qui a tout l’air d’être aus­si l’au­teur du livre. C’est dire si le mot « ro­man » convient peu à cette vie mi­nus­cule, beau por­trait de femme tra­cé avec de courts cha­pitres, une as­sez fine ré­flexion post­si­tua­tion­niste sur les idéo­lo­gies qui do­minent notre époque, et un amour fi­lial qui cherche pu­di­que­ment, comme à tâ­tons, les mots pour s’écrire.

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