Va­lé­rie pou­ponne

TROI­SIÈME PER­SONNE, PAR VA­LÉ­RIE MRÉJEN, P.O.L, 150 P., 10 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DI­DIER JA­COB

Si tout com­mence par un jeu de mots, dans le ré­cit de Va­lé­rie Mréjen (pho­to), ce n’est pas seule­ment que, dans la vie du couple qu’elle dé­peint, un nou­vel être est ar­ri­vé. C’est aus­si qu’elle en parle à la « troi­sième per­sonne ». Même si l’on se doute que cette ma­ter­ni­té qu’elle ra­conte est celle qu’elle a vé­cue, Va­lé­rie Mréjen se garde bien de ver­ser dans ces épan­che­ments qu’in­duit sou­vent le thème abor­dé. On est ici dans un monde où la vie ap­pelle un mode d’em­ploi. Pas ou peu d’ef­fu­sions, quand le bé­bé (c’est une fille) vient au monde, mais tout de suite un pro­blème in­so­luble qu’il ap­par­tient aux pa­rents d’élu­ci­der : comment pas­ser la jambe du nour­ris­son dans ce truc à bre­telles conçu pour por­ter le nou­veau-né sur son dos? « N’im­porte qui doit nor­ma­le­ment être en me­sure d’as­sem­bler le har­nais sans se trom­per. Pour­tant, les des­sins avec flèches et pôles contraires conçus pour s’em­boî­ter na­tu­rel­le­ment lui semblent d’une com­plexi­té consi­dé­rable. » Avec ce sens de l’ob­ser­va­tion qu’on lui connaît, et cette écri­ture à la fois sen­suelle et tech­nique, dont elle a fait sa marque, Va­lé­rie Mréjen re­cense le par­cours du com­bat­tant d’un couple mo­derne face à la pra­tique an­ces­trale de l’en­fan­te­ment. C’est la fa­tigue éprou­vée le soir quand, une fois le bé­bé en­dor­mi, on se dit qu’on va pou­voir rat­tra­per le re­tard qu’on a pris dans son tra­vail pour fi­nir cla­qué sur le ca­na­pé et s’en­dor­mir tout ha­billé. Ce sont les jouets bruyants et co­lo­rés qu’on rêve de je­ter par la fe­nêtre. C’est le ran­ge­ment quo­ti­dien du ba­zar qui, mi­racle en­core in­ex­pli­qué, se re­forme aus­si­tôt ce­lui-ci ef­fec­tué. Ce sont les pre­miers émer­veille­ments, les in­quié­tudes na­tu­relles, les me­naces pro­fé­rées, les en­vies de vivre comme au­tre­fois, quand on avait du temps pour soi. En somme, Va­lé­rie Mréjen a réus­si l’im­pos­sible ma­riage du ma­ga­zine « Pa­rents » et du style de Fran­cis Ponge. La ma­man est aux anges, le bé­bé se porte bien, il fait 150 pages et il a les yeux bleus.

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