Grand Corps Ma­lin

PA­TIENTS, PAR GRAND CORPS MA­LADE ET MEH­DI IDIR. CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC PA­BLO PAU­LY, SOUFIANE GUERRAB, MOUS­SA MANSALY, NAILA HARZOUNE (1H50).

L'Obs - - Communique - GRÉ­GOIRE LEMÉNAGER

Mais que fait le Dé­fen­seur des Droits ? Dans le film de Grand Corps Ma­lade et de Meh­di Idir, on en­tend des de­vi­nettes comme : « Tu sais c’est quoi qu’est re­lou avec les meufs en fau­teuil rou­lant ? C’est que tu sais ja­mais si elles ont un gros cul. » Sauf qu’ici on n’est pas chez Cy­ril Ha­nou­na. La blague est pro­non­cée par un jeune type en fau­teuil pour faire ri­go­ler un autre jeune type en fau­teuil, et ça change pas mal de choses. De ma­nière gé­né­rale, « Pa­tients » est un film qui change pas mal de choses dans la fa­çon dont on per­çoit les té­tra­plé­giques, les pa­ra­plé­giques et tous les ac­ci­den­tés de la vie qui se re­trouvent dans un centre pour ré­ap­prendre à, peut-être, un jour, pis­ser de nou­veau tout seuls. Ce n’est pas la moindre de ses qua­li­tés.

Sur le pa­pier, pour­tant, « Pa­tients » avait tout pour qu’on le ra­masse à la pe­tite cuillère. Pen­sez, un pre­mier long-mé­trage, co­réa­li­sé par un sym­pa­thique sla­meur à suc­cès, qui s’est ins­pi­ré de son propre cal­vaire pour ra­con­ter ce­lui d’un gar­çon de 19 ans : Ben­ja­min, qui ne pen­sait qu’au bas­ket, se ré­veille pa­ra­ly­sé après un plon­geon stu­pide dans une pis­cine man­quant d’eau (« Il est à qui ce té­tra ? » gueule un mé­de­cin dans un cou­loir) ; le voi­là pour un an dans un centre spé­cia­li­sé, avec d’autres jeunes gens de son âge, où il va pro­gres­si­ve­ment bou­ger un or­teil, puis une main, puis te­nir as­sis, puis ten­ter de pas­ser le sel à son voi­sin. Ça pour­rait être lar­moyant, sor­dide, en­com­bré de diag­nos­tics mé­di­caux à vo­ca­tion pé­da­go­gique comme on en trouve dans tous les mau­vais films d’hô­pi­taux, bour­ré d’apho­rismes pé­nibles sur le sens de l’exis­tence et l’im­por­tance de la fra­ter­ni­té hu­maine. C’est le contraire.

Avec son jeu très phy­sique et son oeil ma­lin, Pa­blo Pau­ly, dans le rôle prin­ci­pal, est une ré­vé­la­tion ; et au­tour de lui gra­vite un casting ir­ré­sis­tible. « Pa­tients » sur­monte grâce à eux tous les pièges avec une éner­gie, une dé­li­ca­tesse et une drô­le­rie as­sez mi­ra­cu­leuses, qui lui per­mettent au pas­sage de rendre émou­vantes une love sto­ry com­pro­mise par les cir­cons­tances, et même l’ami­tié vi­rile et black-blanc-beur de quelques at­ta­chants las­cars. Sa force, c’est de mon­trer, sans com­plai­sance, dans ce qu’ils ont d’in­dis­pen­sables et d’exas­pé­rants, les gestes mille fois ré­pé­tés des pa­tients et du per­son­nel soi­gnant. Ryth­mé, concret, in­car­né de bout en bout, « Pa­tients » n’est pas qu’un beau film sur la ma­nière dont on ap­prend, ou pas, à être han­di­ca­pé. C’est aus­si une im­pec­cable le­çon de dou­leur et d’hu­mour.

Mous­sa Mansaly, Soufiane Guerrab et Pa­blo Pau­ly, un casting ir­ré­sis­tible.

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