Ver­meer, le meilleur

VER­MEER ET LES MAÎTRES DE LA PEIN­TURE DE GENRE. DU 22 FÉ­VRIER AU 22 MAI, MU­SÉE DU LOUVRE, PA­RIS-1ER. CA­TA­LOGUE MU­SÉE DU LOUVRE/ED. SOMOGY, 448 P., 39 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Les ex­po­si­tions Ver­meer (1632-1675) se heurtent tou­jours aux mêmes dif­fi­cul­tés. Sa­chant que l’oeuvre connue re­cense moins d’une qua­ran­taine de ta­bleaux, sa­chant que tous les mu­sées (amé­ri­cains prin­ci­pa­le­ment) n’ont pas for­cé­ment la vo­lon­té ou la pos­si­bi­li­té de les prê­ter, le com­mis­saire qui se lance dans une telle aven­ture de­vra donc comp­ter sur un pe­tit nombre de ta­bleaux. En 1995, la Mau­rit­shuis à La Haye avait dé­cro­ché la palme en ex­po­sant vingt-quatre ta­bleaux du peintre hol­lan­dais, dont deux chefs-d’oeuvre de sa propre col­lec­tion, « la Jeune Fille à la perle » et la « Vue de Delft ». Ces der­niers ta­bleaux n’ont pas fait le voyage pour Pa­ris, mais, au Louvre, on pour­ra dé­cou­vrir douze oeuvres du peintre de Delft. C’est à la fois beau­coup et peu. D’où l’idée d’in­clure ces ta­bleaux em­blé­ma­tiques au sein d’un vaste pa­no­ra­ma évo­quant les maîtres hol­lan­dais de la pein­ture de genre. L’exer­cice n’a rien de très pé­rilleux dans la me­sure où la plu­part de ces ar­tistes ont tra­vaillé à la même époque (la se­conde moi­tié du xviie siècle) sur un ter­ri­toire grand comme un mou­choir de poche. Et ce­la en dé­ve­lop­pant des thé­ma­tiques in­ti­mistes ré­duites à des scènes d’in­té­rieur (la lettre, la le­çon de mu­sique, etc.). Au long d’un par­cours très dense – avec des ta­bleaux de Ge­rard ter Borch, Frans van Mie­ris, Ga­briel Met­su, Ni­co­las Mae –, le jeu consiste à es­sayer de re­con­naître du pre­mier coup d’oeil les Ver­meer, ce qui n’est guère dif­fi­cile. Mais le « Sphinx de Delft » n’est pas le seul à tu­toyer la grâce. Les deux su­blimes ver­sions de « l’As­tro­nome à la chan­delle » de Ge­rard Dou (il fut l’élève de Rem­brandt) ont été ac­cro­chées de part et d’autre de « l’As­tro­nome » et du « Géo­graphe » de Ver­meer comme pour rap­pe­ler la dette sym­bo­lique du se­cond au pre­mier. De même, « la Pe­seuse d’or » de Pie­ter de Hooch vient, elle, se me­su­rer ici avec la mi­ra­cu­leuse « Femme à la ba­lance » de Ver­meer. Ce jeu des échanges, des in­fluences, des em­prunts vient ja­lon­ner une ex­po­si­tion pré­sen­tée de ma­nière très di­dac­tique. Mais il n’em­pêche : le gé­nie de Ver­meer l’em­porte. Re­gar­dez, comme il sait peindre l’air…

Ver­meer, « Femme à la ba­lance », vers 1664.

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