N’est pas Be­ckett qui veut

ABI­GAIL’S PAR­TY, DE MIKE LEIGH. POCHE-MONT­PAR­NASSE, PA­RIS-6E, RENS. : 01-45-44-50-21.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Pour­quoi amuse-t-elle peu, cette co­mé­die créée en 1977, que Thier­ry Har­court, son met­teur en scène, af­firme être culte au Royau­meU­ni ? Dra­ma­turge, met­teur en scène, réa­li­sa­teur ré­pu­té, Mike Leigh se classe avec Ken Loach par­mi les re­pré­sen­tants du ci­né­ma so­cial an­glais. Il n’em­pêche qu’il y a ici quelque chose qui cloche. Qui éteint le rire. De prime abord, le su­jet semble ano­din. Une ban­lieue ré­si­den­tielle de Londres dans les an­nées 1970. Dé­si­reux de sou­hai­ter la bien­ve­nue à An­ge­la et To­ny, qui s’ins­tallent dans le quar­tier, Be­ver­ly et Pe­ter ont in­vi­té le jeune couple à prendre un verre chez eux. Par la même oc­ca­sion, ils ont pro­po­sé à une voi­sine de s’abri­ter sous leur toit pen­dant que sa fille, Abi­gail, donne chez elle une boum à tout cas­ser. Seule­ment la maî­tresse de mai­son boit et pousse à boire plus que de rai­son. Et pe­tit à pe­tit la conver­sa­tion dé­gé­nère en al­ter­ca­tion. Thier­ry Har­court ex­plique que Mike Leigh a été com­pa­ré à « un Sa­muel Be­ckett à l’en­vers » parce que « tous les deux ex­priment la va­ni­té du monde à tra­vers le lan­gage ». Ad­met­tons. Tou­te­fois il y a entre « Abi­gail’s Par­ty » et « En at­ten­dant Go­dot » une dif­fé­rence ma­jeure : là où Be­ckett fra­ter­nise avec Vla­di­mir et Es­tra­gon, Mike Leigh mé­prise Be­ver­ly et ses in­vi­tés. Au bout de cinq mi­nutes, on a tout com­pris, ce sont des gens sans in­té­rêt. Donc on cesse de s’y in­té­res­ser. Tche­khov a rai­son, l’au­teur doit tou­jours se faire l’avo­cat de ses per­son­nages.

Fi­lage de la pièce « Abi­gail’s Par­ty ».

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