Is­la­misme

Dans un best-sel­ler très po­lé­mique, “le Fas­cisme is­la­mique”, sor­ti en 2014 dans le monde et au­jourd’hui seule­ment en France chez Gras­set, le po­li­to­logue ger­ma­no-égyp­tien Ha­med Ab­del-Sa­mad dresse un pa­ral­lèle entre l’is­lam et le fas­cisme. En­tre­tien avec un

L'Obs - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par PRUNE AN­TOINE

En­tre­tien avec le po­li­to­logue Ha­med Ab­del-Sa­mad

Fils d’imam et an­cien membre des Frères mu­sul­mans, le Ger­ma­no-Egyp­tien Ha­med Ab­del-Sa­mad est de­ve­nu une fi­gure de la cri­tique de l’is­lam en Al­le­magne. La tra­duc­tion de son best-sel­ler « le Fas­cisme is­la­mique », es­sai vi­ru­lent qui éta­blit des pa­ral­lèles entre is­la­misme et idéo­lo­gie fas­ciste, de­vait pa­raître en France en 2014. Mais l’édi­teur Pi­ran­ha s’est ra­vi­sé, ex­pli­quant à l’au­teur qu’il ne me­su­rait pas les risques pour la sé­cu­ri­té de sa mai­son d’édi­tion, tout en ne vou­lant pas faire le jeu de l’ex­trême droite. L’af­faire a dé­clen­ché une vague d’in­di­gna­tion dans la presse al­le­mande, qui a no­té que le livre de Ha­med Ab­del-Sa­mad avait pu pa­raître aux Etats-Unis après avoir été pu­blié en Al­le­magne en 2014. Pour­quoi la pre­mière sor­tie en France de votre livre a t-elle été an­nu­lée ? « Le Fas­cisme is­la­mique » est un livre qui existe au­jourd’hui en dix langues : en ita­lien, en sué­dois, en co­réen même. La mai­son d’édi­tion fran­çaise Pi­ran­ha en a ac­quis les droits dès sa sor­tie en Al­le­magne, en 2014. L’édi­teur s’est dit convain­cu par l’in­té­rêt du texte, ju­geant qu’une telle ana­lyse man­quait en France. Ar­rivent les at­ten­tats de « Char­lie Heb­do », du Ba­ta­clan... Si­lence ra­dio. La sor­tie est fi­na­le­ment an­non­cée pour sep­tembre 2016. Mais après Nice, mon agent re­çoit un mail de l’édi­teur, ex­pli­quant qu’il ne peut pas pu­blier le livre pour deux rai­sons. D’une part, le risque pour la mai­son d’édi­tion de de­ve­nir une cible d’at­ten­tat, ce que je com­prends. Si je suis un fa­na­tique de la li­ber­té, je n’ai pas le droit d’at­tendre des autres qu’ils mettent leur vie en dan­ger. Mais lorsque l’édi­teur a ajou­té que l’at­mo­sphère en France n’était pas prête à un dé­bat sur l’is­lam et que mon livre ris­quait d’ajou­ter de l’eau au mou­lin de l’ex­trême droite, j’ai été ir­ri­té. Je n’ac­cepte pas le chan­tage mo­ral. Ce­lui qui veut évi­ter que le dé­bat sur l’im­mi­gra­tion et l’is­lam soit instrumentalisé par l’ex­trême droite doit jus­te­ment re­pla­cer ces thèmes au coeur de la so­cié­té, en dis­cu­ter dans les uni­ver­si­tés, dans les mé­dias, dans les livres. Vous éta­blis­sez une com­pa­rai­son entre le fas­cisme et l’is­lam po­li­tique. Comment la jus­ti­fiez-vous ? L’is­la­misme n’est rien d’autre que l’ac­com­plis­se­ment du des­sein po­li­tique de l’is­lam. L’is­lam est né po­li­tique. Ma­ho­met n’était pas seule­ment un pro­phète, il était aus­si un mo­narque, un com­man­dant des ar­mées, un mi­nistre des Fi­nances, un lé­gis­la­teur et le ga­rant de l’ordre pu­blic dans sa com­mu­nau­té. Il a réus­si à concen­trer le mo­no­pole de la vio­lence. Aus­si long­temps qu’il n’y au­ra pas de sé­pa­ra­tion claire entre la re­li­gion et l’Etat, il n’exis­te­ra pas de dif­fé­rence mar­quée entre l’is­lam et l’is­la­misme. Dans les deux idéo­lo­gies, on re­trouve cette di­vi­sion du monde entre les bons et les mé­chants. Dans l’is­lam, c’est la sé­pa­ra­tion entre les croyants et les in­fi­dèles qui, en tant que mé­créants, doivent être anéan­tis. Comme les juifs sous le na­zisme, ou les com­mu­nistes sous le fas­cisme. La théo­rie du com­plot est mar­quée : le sen­ti­ment d’être per­sé­cu­té dans ses va­leurs, le re­pli sur sa com­mu­nau­té. Il y a aus­si une fas­ci­na­tion

Ha­med Ab­del-Sa­mad est né à Gi­zeh (Egypte), en 1972 .

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