Voyage en France (9/16)

Au coeur de Pa­ris, dans les lo­caux du Nu­ma, des “di­gi­tal na­tives” cherchent à in­ven­ter le BlaB­laCar de de­main. Et ça plane haut. Loin, bien loin de la cam­pagne pré­si­den­tielle

L'Obs - - Sommaire -

Plon­gée chez les « di­gi­tal na­tives »

1. Ar­naud Meu­nier, 32 ans, di­rige le pro­gramme d’ac­cé­lé­ra­tion du Nu­ma.

2. Re­bec­ca Cath­line, 29 ans, a créé la pla­te­forme Ma­coif­feu­sea­fro. 3. Vincent Tou­boul-Fla­chaire, 21 ans, a in­ven­té le site de don en ligne Goo­deed. 4. Tho­mas Gen­dron et Tris­tan Re­noul, 30 et 29 ans, ont lan­cé Me­delse, pour les pro­fes­sion­nels de la san­té.

C e sont des jeunes gens sym­pa­thiques, po­lis et pres­sés. N’es­sayez pas de les rat­tra­per, ils ne vous at­ten­dront pas. C’est là toute la cruau­té des di­gi­tal na­tives, an­gli­cisme sur­tout uti­li­sé pour vous écar­ter, vous qui êtes né avant les an­nées 1990. Au 39, rue du Caire, dans le 2e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, dans un an­cien ate­lier aux larges baies vi­trées, cette ai­mable po­pu­la­tion se concentre sur 1 600 mètres car­rés. Au rez-de-chaus­sée, l’es­pace de co­wor­king et le bar, il y a les millen­nials, comme on ap­pelle dans la Si­li­con Val­ley la gé­né­ra­tion hy­per­con­nec­tée : ils sont ly­céens, étu­diants, jeunes tra­vailleurs, vont, viennent, entrent et sortent tout en pia­no­tant sans ar­rêt sur leur por­table. Eux sont les vi­si­teurs au­to­ri­sés du monde nou­veau que tente de créer Nu­ma, contrac­tion de « numérique » et d’« hu­main », cette en­ti­té mys­té­rieuse et va­gue­ment pré­ten­tieuse dé­crite sur Wi­ki­pé­dia comme « un ré­seau mon­dial de l’in­no­va­tion », à l’ori­gine du lan­ce­ment de BlaB­laCar, Cri­teo, Sket­ch­fab ou Agri­co­no­mie. Au deuxième étage, bap­ti­sé « Ex­pe­riment », les jeunes gens ont gran­di. Ils vous laissent une place sur leurs ca­na­pés moel­leux, ils vous parlent sans dé­ta­cher leurs yeux de leur MacBook et vous rac­com­pagnent en sou­riant à la porte quand « votre temps » est pas­sé. Eux sont les « cadres » de Nu­ma : ceux qui pensent la so­cié­té de de­main. A 30 ans pas­sés, ils sont dé­jà des se­niors qui ont rou­lé leur bosse un peu par­tout, le­vé plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros avant de consen­tir à re­ve­nir dans la vieille Eu­rope pour con­seiller la jeune gé­né­ra­tion. C’est au troi­sième étage que l’on ac­cède vrai­ment au nou­veau monde. Est-ce le so­leil qui illu­mine les larges pièces et ta­mise les im­per­fec­tions ? Dans cet es­pace dit « d’ac­cé­lé­ra­tion », une sorte de grande école pour start-up­pers, tout le monde semble in­croya­ble­ment beau et frais. Les dents sont blanches, la peau est saine, les che­mises en jean sont re­pas­sées et les baskets Adi­das, im­ma­cu­lées. Voi­ci donc le gol­den roof, les hau­teurs de l’em­py­rée oc­cu­pé par des dieux. Dans ce monde sans mi­crobe, sans odeur et sans che­veu blanc, des bu­si­ness an­gels croisent des bé­bés en­tre­pre­neurs qui rêvent de de­ve­nir des « li­cornes », ces start-up va­lo­ri­sées à un mil­liard de dol­lars. Des wan­nabe de la tech en tee-shirt échangent avec des bo­bos mil­lion­naires à cas­quette. La se­maine der­nière, Oli­vier Ma­thiot (Pri­ceMi­nis­ter) et Anne Méaux, la « pa­pesse de la com » ac­tuel­le­ment au ser­vice de Fran­çois Fillon, ont pas­sé une tête. On at­tend aus­si Em­ma­nuel Ma­cron qui a pro­mis qu’il vien­drait « bien­tôt ». L’homme pres­sé est à la mode ici. « Même s’il est loin de re­pré­sen­ter l’idéal, il ré­sume as­sez bien l’idée qu’on se fait d’un pré­sident, à l’aise dans l’exer­cice de VRP de la France », dit par exemple Ar­naud Chai­gneau, qui s’oc­cupe des par­te­na­riats. Sans pas­sion : les di­vi­ni­tés qui ha­bitent le Nu­ma sont af­freu­se­ment réa­listes pour des dieux,

elles planent au-des­sus de toutes contin­gences po­li­tiques, loin des gué­guerres cla­niques élec­to­ra­listes. « Plus per­sonne ne croit en l’homme ou la femme pro­vi­den­tiel(le). Ce qu’on cherche, c’est quel­qu’un qui in­carne l’ave­nir. » Her­mine Mauze a 30 ans et le sou­rire vic­to­rieux des re­con­ver­tis heu­reux. « Gauche ou droite, c’est plus le pro­blème. Le vrai dan­ger, c’est pas l’is­lam, c’est Google. Ils savent tout de nous et nous dé­pen­dons to­ta­le­ment d’eux. Or si les po­li­tiques s’obs­tinent à par­ler plus du bur­ki­ni que de la trans­for­ma­tion di­gi­tale qui nous at­tend, dans quinze ans, on se­ra tous rem­pla­cés par des “bots”. » Il y a trois ans en­core, la jeune femme en­chaî­nait les piges à BFMTV. «A un mo­ment, j’ai res­sen­ti le be­soin de quit­ter le jour­na­lisme pour m’an­crer dans un pro­jet qui m’ap­par­tienne », ra­conte-t-elle. En quelques mois, après avoir in­té­gré Nu­ma, elle a réus­si à le­ver plu­sieurs mil­liers de dol­lars à San Fran­cis­co : « Ma start-up n’a

“MA­CRON RÉ­SUME AS­SEZ BIEN L’IDÉE QU’ON SE FAIT D’UN PRÉ­SIDENT, À L’AISE COMME VRP DE LA FRANCE.” AR­NAUD CHAI­GNEAU

fi­na­le­ment pas pris mais, de­puis, j’ai tout re­com­men­cé de zé­ro et mon­té ma boîte de pro­duc­tion. »

Une po­li­tique de la table rase em­prun­tée au pen­seur de la ré­vo­lu­tion numérique Mi­chel Serres, qui colle par­fai­te­ment avec l’es­prit du Nu­ma. Le lieu a été ima­gi­né il y a quinze ans par sa fon­da­trice et CEO Ma­rie-Vor­gan Le Bar­zic. Cette fille d’agri­cul­teurs nor­mands « éle­vée avec les mou­tons » a gar­dé de ses ra­cines le goût du bon sens pay­san de­vant les in­tem­pé­ries. Elle dit : « Quand les ré­coltes ne sont pas bonnes, c’est la faute à la pluie. Pour réus­sir, il faut être prêt à ac­cep­ter l’échec. » Elle dit aus­si : « L’in­no­va­tion se crée lors­qu’on pro­voque la zone d’in­con­fort » et d’autres phrases comme ça. Celle qui fut un temps im­pli­quée dans la cam­pagne web de Fran­çois Hol­lande en 2007 et rê­vait de di­gi­ta­li­ser la France a fi­ni par rem­bal­ler ses am­bi­tions et en­trer dans Si­li­con Sen­tier, comme s’ap­pe­lait le Nu­ma à l’époque. Son as­so­cia­tion, mon­tée dans l’eu­pho­rie des an­nées 2000, fut le pre­mier es­pace fran­çais de ren­contres pour les en­tre­pre­neurs avant de se pri­va­ti­ser en 2015. De­puis, le Nu­ma s’est ex­por­té à Ban­ga­lore, Ca­sa­blan­ca, Mexico, Bar­ce­lone, et s’ap­prête à ou­vrir des bu­reaux à New York, Ber­lin et en Asie. « On se pro­jette en 2030, dans une so­cié­té qui ne res­sem­ble­ra peut-être pas à celle du mo­dèle oc­ci­den­tal qui pré­vaut ac­tuel­le­ment avec une pen­sée fron­ta­lière, po­pu­liste et court-ter­miste. » Naï­ve­té ? Elle as­sume to­ta­le­ment. « On n’a plus vrai­ment le choix, en fait. »

En at­ten­dant, ça « pitche », ça « scrum » à tout-va, ça « dis­rupte » à fond les bal­lons. Le lexique est ar­du pour qui­conque ne fait pas par­tie du club : il y a des mots en ing, comme « ma­chine lear­ning », « clo­sing », « growth ha­cking », « crowdfunding » ; des acro­nymes, « SaaS Bu­si­ness », « B2C », « B2B », « MVP » ; et des verbes

étranges comme « in­cu­ber », « amor­cer », « pi­vo­ter », « sca­ler ». A 32 ans, Ar­naud Meu­nier, le di­rec­teur du pro­gramme dit d’ac­cé­lé­ra­tion, a une Apple Watch au poi­gnet et dé­jà un CV de vieux rou­tard de la Si­li­con Val­ley : pre­mière vie d’in­gé­nieur iti­né­rant dans le Middle East, pre­mière start-up, Twi­toas­ter, re­ven­due illi­co à Twit­ter. A 25 ans, c’est le jack­pot : il est dé­bau­ché par l’oi­seau bleu, à l’époque à peine bal­bu­tiant, et part s’ins­tal­ler à San Fran­cis­co. Deux ans plus tard, il crée sa deuxième boîte, Hi­cko­ry, avec un pas­se­port pour le pres­ti­gieux ac­cé­lé­ra­teur Y Com­bi­na­tor, le Har­vard des star­tup­pers. De re­tour à Pa­ris après sept ans pas­sés aux Etats-Unis, Ar­naud a vu le pay­sage chan­ger com­plè­te­ment : « A l’époque où j’ai créé ma pre­mière en­tre­prise, je pas­sais pour un fou. Per­sonne ne com­pre­nait pour­quoi je pre­nais tous ces risques. » Au­jourd’hui, 60% des jeunes entre 18 et 29 ans rêvent de mon­ter leur boîte (1). Dans les grandes écoles, les fi­lières en­tre­pre­neu­riat sont pleines à cra­quer. Pour cette nou­velle gé­né­ra­tion, le dé­sir d’aven­ture semble avoir rem­pla­cé l’idéal de confort. A les écou­ter, les grands groupes sé­duisent de moins en moins. « Les jeunes qui pos­tulent chez nous re­cherchent de l’au­dace, de l’in­dé­pen­dance et de l’en­ga­ge­ment per­son­nel, trois no­tions qu’ils trouvent de moins en moins dans le tra­vail sa­la­rié. » Ils ont fait leur le fa­meux « Soyez in­sa­tiables, soyez fous » de Steve Jobs, rêvent d’un par­cours à la Brian Ches­ky (Airbnb), Evan Spie­gel (Snap­chat) ou Tra­vis Ka­la­nick (Uber). Leur gou­rou, c’est Laurent Alexandre, fon­da­teur de Doc­tis­si­mo et trans­hu­ma­niste convain­cu, qui pré­dit un monde à la « Ma­trix » où l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle au­ra dé­vo­ré la qua­si-to­ta­li­té des em­plois en France. « Dans cette pers­pec­tive d’au­to­ma­ti­sa­tion à l’ex­trême, trou­ver le nou­veau Mark Zu­cker­berg ne nous in­té­resse pas, jure Oli­vier Mou­ge­not, 35 ans, di­rec­teur in­ves­tis­se­ment et lui-même alum­ni de la pro­mo 2014 de Nu­ma. On cherche à pla­cer l’hu­main au coeur du di­gi­tal et non l’in­verse. » Don­ner du sens, ré­pondre à un be­soin. Chan­ger le monde – en toute mo­des­tie.

« On en­vi­sage le numérique comme un mou­ve­ment éco­no­mique, so­cial et hu­main. Donc on sé­lec­tionne les can­di­dats pour leur vi­sion, leurs va­leurs et les so­lu­tions qu’ils pro­posent pour ré­soudre les grands dé­fis qui nous at­tendent : le chan­ge­ment cli­ma­tique, le chô­mage, la pollution, la ges­tion des dé­chets, l’édu­ca­tion... » Le dis­cours est léché et brillant comme le pa­pier gla­cé d’un pros­pec­tus. Re­viennent sou­vent les mots « col­lec­tif », « sé­ren­di­pi­té », « ému­la­tion col­la­bo­ra­tive », « prise de risque », qui sonnent comme un chant scout avant un jam­bo­ree na­tio­nal.

Quand Tris­tan Re­noul et Tho­mas Gen­dron, 29 et 30 ans, sont ar­ri­vés au Nu­ma, on leur a dit : « Vous en­trez dans une com­mu­nau­té, vous al­lez vivre une aven­ture hu­maine forte et vous ne se­rez pas lâ­chés en route », se sou­viennent-ils. Une « aven­ture hu­maine » certes pré­cieuse, mais une aven­ture ren­table : les can­di­dats doivent s’en­ga­ger à cé­der à Nu­ma 5% de leur ca­pi­tal en échange d’un prêt de 25000 eu­ros, à la fa­çon d’un fonds d’in­ves­tis­se­ment. En­suite, ils ont trois mois pour rendre leur pro­jet sexy et viable. Lors d’in­tenses ses­sions de coa­ching en mode boot camp mi­li­taire, ils doivent peau­fi­ner leur BP (« bu­si­ness plan »), af­fi­ner leur BM (« bu­si­ness mo­del ») jus­qu’au « De­mo Day », l’épreuve fi­nale pen­dant la­quelle ils pré­sentent leur start-up à une poi­gnée d’in­ves­tis­seurs po­ten­tiels. La le­vée de fonds est vi­tale. Sans elle, l’en­tre­prise n’a pas d’ave­nir. « Créer une start-up, c’est ter­ri­ble­ment ten­dance au­jourd’hui, mais ça ne veut rien dire, dit Tris­tan. Le dé­fi, c’est de trans­for­mer l’es­sai pour que ça de­vienne une vraie en­tre­prise ren­table. » « Get the big pic­ture », la vi­sion à long terme, comme on dit. Sans gi­let de sau­ve­tage, si ce n’est les « al­lo­ca­tions Pôle Em­ploi, sans les­quelles on n’au­rait rien pu faire ». Tris­tan est sor­ti d’une école d’in­gé­nieurs, Tho­mas, d’une école de com­merce. Tout, jusque dans leur look, l’un bar­bu, po­lo ca­puche et baskets, l’autre, che­mise blanche et sou­liers ci­rés, les op­pose. « On n’a pas du tout la même fa­çon de pen­ser mais on se com­plète bien. » Quand ils se sont ren­con­trés, Tho­mas vé­gé­tait dans une grande en­tre­prise d’élec­tro­nique, Tris­tan jouait au po­ker « pour vivre » et par « amour des pro­ba­bi­li­tés ». « On s’est dit qu’on al­lait trou­ver une idée simple à mettre en place. J’ai pen­sé à mon beau-père mé­de­cin qui n’ar­rive ja­mais à trou­ver de remplaçant quand il part en va­cances, et voi­là. » Voi­là, c’est Me­delse, une pla­te­forme de mise en re­la­tion des pro­fes­sion­nels de san­té, dé­jà 7 500 uti­li­sa­teurs en huit mois et une

“L’IN­NO­VA­TION SE CRÉE LORS­QU’ON PRO­VOQUE LA ZONE D’IN­CON­FORT.”

le­vée de fonds de 600000 eu­ros es­pé­rée. « Ce qui a chan­gé par rap­port à la gé­né­ra­tion de nos pa­rents, c’est qu’on a ar­rê­té d’at­tendre le job par­fait dans la boîte par­faite, parce qu’on s’est pris une crise dans la gueule, qu’on a vu nos grands frères au chô­mage et qu’on n’a pas en­vie de fi­nir en­det­tés par notre cré­dit im­mo­bi­lier avec comme seul pro­jet de li­ber­té la re­traite », dit Tris­tan. La po­li­tique? Geek re­ven­di­qué, lui qui, ado, jouait les pi­rates in­for­ma­tiques, il n’at­tend plus grand-chose des pa­trons comme des élus. Il a vo­té Jup­pé à la pri­maire de droite, sans grande convic­tion. A du mal à croire à la mo­der­ni­té de Fillon, « ce grand-père su­per ré­ac ». Tho­mas, lui, a « tou­jours vo­té à droite ». Mais glisse qu’il « pour­rai[t] [s]e lais­ser ten­ter par Ma­cron, le seul qui semble com­prendre les en­jeux nu­mé­riques à ve­nir ».

Quand on leur parle d’ave­nir, ces jeunes gens voient loin. Ils se pro­jettent à trente ans, dans une so­cié­té sans voi­ture in­di­vi­duelle mais avec des ma­chines ca­pables de sur­pas­ser le cer­veau hu­main. Fau­dra-t-il ré­in­ven­ter le tra­vail? Mettre un terme aux « em­plois » en créant un re­ve­nu uni­ver­sel ? Prag­ma­tiques, ils sont à la re­cherche d’une « vi­sion ho­la­cra­tique » des or­ga­ni­sa­tions hu­maines et po­li­tiques, un style de « ma­na­ge­ment à l’ho­ri­zon­tale » et une « gou­ver­nance par cercles ». « Les “millen­nials” qui ar­rivent sur le mar­ché de l’em­ploi sont en quête de sens, ex­plique Lu­cas Fran­cou Da­me­sin, 26 ans, un an­cien de Sciences-Po Pa­ris char­gé du dé­ve­lop­pe­ment chez Nu­ma. Ils veulent s’au­to­ri­ser à être eux-mêmes, sans de­voir se for­ma­ter aux or­ga­ni­sa­tions de tra­vail tra­di­tion­nelles qui ont me­né aux phé­no­mènes de burn-out et à la créa­tion de “bull­shit jobs” [“jobs de merde”]. »

L’uto­pie pro­gres­siste de Nu­ma se pique d’hu­ma­nisme. Un hu­ma­nisme li­bé­ral et « ubé­ri­sé », qui pa­rie sur le numérique pour tous avec Co­ding Days (ini­tia­tion au lan­gage web pour tous) ou le bien-être à do­mi­cile avec Ma­coif­feu­sea­fro, une pla­te­forme de coif­feurs ima­gi­née par Re­bec­ca Cath­line, 29 ans, et Em­ma­nuel De­ro­zin, 22 ans, pas­sés par l’Ecole 42. « Sans être en­ga­gée, je me sens proche de Tau­bi­ra. C’est elle qui a ins­pi­ré mon dé­sir de me lan­cer après l’avoir écou­tée confier lors d’une émis­sion qu’elle avait du mal à trou­ver un coif­feur spé­cia­li­sé », ra­conte la jeune femme an­tillaise. Du haut de ses 21 ans, Vincent Tou­boul-Fla­chaire est le ben­ja­min de la pro­mo. Yeux bleus, pâle vi­sage de ché­ru­bin ca­ché sous de grandes lu­nettes, il a in­ven­té en 2014 Goo­deed, un site qui ré­vo­lu­tionne le don en ligne. En vi­sion­nant gra­tui­te­ment une pu­bli­ci­té de vingt se­condes, l’argent dé­bour­sé par l’an­non­ceur sert à fi­nan­cer des ONG. Il dit que l’idée lui est ve­nue grâce à sa grand-mère : « Elle m’a of­fert un livre de l’éco­no­miste in­dien Mu­ham­mad Yu­nus, prix No­bel de la paix en 2006 et pion­nier du mi­cro­cré­dit. » Un an plus tard, en­core ly­céen, il réus­sit à le­ver 500000 dol­lars au­près de Bleu Ca­pi­tal. Au­jourd’hui, son site est une ré­fé­rence : 130000 uti­li­sa­teurs dans 132 pays, 18 000 re­pas four­nis aux en­fants du Ke­nya, 10 000 per­sonnes soi­gnées au Cam­bodge, 150000 arbres plan­tés en Ethio­pie, 250 kits de sur­vie pour les ré­fu­giés en Grèce... Pour lui, qui se dé­fi­nit comme « is­su d’une fa­mille classe moyenne bo­bo, sans pri­vi­lège de classe », « le rêve ca­pi­ta­liste a vé­cu. Les gens de ma gé­né­ra­tion veulent ga­gner de l’argent mais de ma­nière éthique ». C’est dit avec ama­bi­li­té. Mais les jeunes gens sont pres­sés. Ils sont po­lis, disent mer­ci et au re­voir. Votre temps a pas­sé. (1) Son­dage Opi­nion­Way réa­li­sé pour l’Union des Au­toen­tre­pre­neurs (janv. 2017).

“JE ME SENS PROCHE DE TAU­BI­RA. C’EST ELLE QUI A INS­PI­RÉ MON DÉ­SIR DE ME LAN­CER.” RE­BEC­CA CATH­LINE

L’as­so­cia­tion aide de jeunes en­tre­pre­neurs à mon­ter leur start-up.

« Trou­ver le nou­veau Mark Zu­cker­berg ne nous in­té­resse pas. On cherche à pla­cer l’hu­main au coeur du di­gi­tal » (Oli­vier Mou­ge­not).

Ma­rie-Vor­gan Le Bar­zic a fon­dé en 2000 Si­li­con Sen­tier, de­ve­nu le Nu­ma en 2014.

Pour es­pé­rer réus­sir leur le­vée de fonds, les « bé­bés en­tre­pre­neurs » tra­vaillent d’ar­rache-pied leur bu­si­ness plan et leur bu­si­ness mo­del.

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