Le re­gard

L'Obs - - Sommaire - Par FA­BRICE PLISKIN

de Fa­brice Pliskin. Le des­sin de Wiaz

Ma­rine Le Pen a sa­li Jeanne d’Arc. Ma­rine Le Pen a désho­no­ré Jeanne d’Arc. Ma­rine Le Pen a hu­mi­lié Jeanne d’Arc. Par la faute de cette Le Pen-là, voi­là que Jeanne d’Arc, notre Jeanne d’Arc, « mère de la na­tion fran­çaise », un des mythes fon­da­teurs les plus po­pu­laires de l’his­toire de France, se re­trouve dans la ru­brique ju­di­ciaire pour la pre­mière fois de­puis son pro­cès, au châ­teau de Rouen. Créé en 2010 pour por­ter l’image du FN, le mi­cro­par­ti Jeanne at­tend un pro­cès pour « es­cro­que­ries » et « re­cel d’abus de biens so­ciaux », dans l’af­faire du fi­nan­ce­ment des cam­pagnes lé­gis­la­tives et pré­si­den­tielle du FN en 2012. Jeanne est aus­si vi­sée par un re­dres­se­ment fis­cal.

Jeanne d’Arc en re­dres­se­ment ju­di­ciaire ! Jeanne d’Arc de nou­veau sur la sellette des ac­cu­sés. Mer­ci Le Pen. La ber­gère de Dom­ré­my pois­sée, désho­no­rée, co­chon­née par la châ­te­laine de Mon­tre­tout. Jeanne d’Arc, c’est quoi ? C’est le coeur spi­ri­tuel de la France. C’est la sainte al­lé­go­rie de notre glo­rieuse et mou­vante et mé­tisse conti­nui­té na­tio­nale. C’est l’au­guste ga­rante de nos fron­tières géo­gra­phiques et spi­ri­tuelles, qui ont l’ef­fron­te­rie de s’ou­vrir à des Fran­çais aux noms in­ter­lopes et im­pro­non­çables comme le mien.

Le Pen: lais­sez-lui Jeanne d’Arc, voi­là ce qu’elle en fait. Jeanne mise en exa­men, Jeanne « au pain sec dans le ca­bi­net noir », comme dit Vic­tor Hu­go. Le Pen a sa­li la li­bé­ra­trice d’Or­léans. Ce n’est pas rien, ce n’est pas un dé­tail que de souiller Jeanne. Souiller Jeanne, c’est brû­ler le dra­peau fran­çais. Le Pen a rou­lé dans la boue la sur­na­tu­relle Jeanne d’Arc de Mi­che­let, l’his­to­rien de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, la Jeanne d’Arc du drey­fu­sard Ana­tole France, la Jeanne d’Arc de la « grande France » de Jau­rès, l’hé­roïque et laïque Jeanne d’Arc de la Ré­sis­tance, la ryth­mique Jeanne d’Arc de « la Chan­son de France » d’Ara­gon – « Soyez-en sûrs, on l’en­ten­dra » ?

Jeanne d’Arc, sec­tion conten­tieux. Pour­quoi pas la ligne bleue des Vosges convo­quée par pa­pier bleu? Le Pen, gar­dez Philippot et lais­sez-nous Jeanne d’Arc. Ren­dez à la France cette Lor­raine que vous avez igno­mi­nieu­se­ment im­mo­lée à des ma­noeuvres ga­douilleuses et com­mer­ciales, à des pro­fits van­dales et sau­va­geons.

« Je ne crains rien que la tra­hi­son », di­sait Jeanne à ses pa­rents, si l’on en croit Mi­che­let. Le Pen, c’est quoi ? C’est la tra­hi­son qui dé­fi­gure, la tra­hi­son qui dé­mo­lit, la tra­hi­son qui désho­nore, la tra­hi­son qui pros­ti­tue le saint nom de Jeanne d’Arc. Et pour quoi, s’il vous plaît ? Pour vendre des « kits de cam­pagne », grâce à des prêts aux taux d’in­té­rêt à 6,5%. A vendre, Jeanne d’Arc et les « neiges d’antan » de Villon. Le Pen, c’est quoi ? C’est le « sou­ve­rai­nisme » fi­nan­cé par les Russes, le « pa­trio­tisme » apa­tride. Le Pen n’est ni à droite ni à gauche, elle est à l’Est.

Le Pen, ce n’est pas le cy­nisme, c’est le ni­hi­lisme. Cette Grande Rem­pla­çante de son père ne croit en rien. Elle ne res­pecte rien. Pas même la gran­deur. Pas même pas la vir­gi­ni­té. Pas même la Pu­celle d’Or­léans. Pas même une fille du peuple de France, tra­hie par son roi. Le Pen, c’est quoi ? Le Pen, c’est Cau­chon. Cinq siècles après les flammes de Rouen, la voi­là qui condamne, en­core une fois, Jeanne d’Arc au bû­cher de la jus­tice. Mer­ci Le Pen.

“LE PEN, GAR­DEZ PHILIPPOT ET LAISSEZNOUS JEANNE D’ARC .”

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