Etats-Unis

D’après les plus grands psy­chiatres amé­ri­cains, le 45e pré­sident des EtatsU­nis est un fou dan­ge­reux pour lui­même et sans doute pour la pla­nète…

L'Obs - - Sommaire - Par NA­TA­CHA TATU

Trump, un « psy­cho­pathe nar­cis­sique »

“UNE IN­CA­PA­CI­TÉ À FAIRE LA PART ENTRE LE FAN­TASME ET LA RÉA­LI­TÉ.”

Le Dr John Gart­ner n’est pas un plai­san­tin. Cet émi­nent psy­chiatre qui a en­sei­gné pen­dant plus de vingt ans à l’uni­ver­si­té Johns Hop­kins de Bal­ti­more (Ma­ry­land) est un spé­cia­liste de la dé­pres­sion et des troubles bi­po­laires. Pas le genre à po­ser un diag­nos­tic à la lé­gère. Mais pour lui, pas de doute : le pré­sident amé­ri­cain est psy­chi­que­ment ma­lade, in­apte à exer­cer ses fonc­tions. « Do­nald Trump souffre de graves troubles de la per­son­na­li­té qui en font un être po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reux pour lui­même, pour les autres et pour le monde en­tier », ex­plique-t-il très sé­rieu­se­ment au té­lé­phone. Le pré­sident de la pre­mière puis­sance mon­diale est, se­lon lui, « un psy­cho­pathe nar­cis­sique, pa­ra­noïaque, dé­ta­ché de la réa­li­té », un « Fran­ken­stein psy­chia­trique » qu’il est ir­res­pon­sable de lais­ser en pos­ses­sion des codes nu­cléaires… Dé­but fé­vrier, il a lan­cé une pé­ti­tion ap­pe­lant à la des­ti­tu­tion du pré­sident qui a re­cueilli en quelques jours la si­gna­ture de 28 000 mé­de­cins, psy­chiatres et autres spé­cia­listes des troubles du com­por­te­ment. Connu pour ses sym­pa­thies dé­mo­crates, le Dr Gart­ner a été ac­cu­sé d’avoir un diag­nos­tic par­ti­san. « Ab­surde, ré­torque-t-il. J’étais en désac­cord avec à peu près tout ce qu’a fait George W. Bush. Ja­mais je n’ai évo­qué sa san­té men­tale. Cette fois, la si­tua­tion est dif­fé­rente. On est face à un ma­lade, réel­le­ment dan­ge­reux. J’es­time que c’est mon de­voir d’aler­ter le pu­blic. »

Il n’est pas le pre­mier à ti­rer la son­nette d’alarme. En dé­cembre, Ju­dith Herman, pro­fes­seur de psy­chia­trie à Har­vard, avait adres­sé avec deux autres émi­nentes col­lègues de l’uni­ver­si­té de Ca­li­for­nie une lettre à Ba­rack Oba­ma de­man­dant une éva­lua­tion mé­di­cale et psy­chia­trique du can­di­dat ré­pu­bli­cain : « Son in­sta­bi­li­té men­tale – qui in­clut mé­ga­lo­ma­nie, im­pul­si­vi­té, hy­per- ré­ac­tion à la cri­tique et une ap­pa­rente in­ca­pa­ci­té à faire la part entre le fan­tasme et la réa­li­té – nous conduit à nous in­ter­ro­ger sur sa ca­pa­ci­té à as­su­mer les im­menses res­pon­sa­bi­li­tés de sa fonc­tion », écri­vaient-elles. En août dé­jà, la dé­mo­crate Ka­ren Bass, membre du Con­grès, avait ré­di­gé une pé­ti­tion, si­gnée par 36 000 per­sonnes, ré­cla­mant d’ur­gence un exa­men psy­chia­trique, en bonne et due forme, du can­di­dat ré­pu­bli­cain.

Le Dr Gart­ner en ap­pelle à l’ar­ticle 4 du 25e amen­de­ment de la Cons­ti­tu­tion des Etats-Unis, se­lon le­quel un pré­sident peut être rem­pla­cé s’il n’est pas ca­pable d’as­su­mer les pou­voirs et les res­pon­sa­bi­li­tés qui sont les siens. Se­lon lui, le pré­sident souf­fri­rait de « nar­cis­sisme ma­lin » ou « mal­fai­sant », une grave ma­la­die men­tale iden­ti­fiée dans les an­nées 1960 par le psy­cho­logue amé­ri­cain Erich Fromm, qui l’a pré­sen­tée comme « la quin­tes­sence du mal », une pa­tho­lo­gie in­cu­rable dont au­cun trai­te­ment ne vien­drait à bout… Une sé­rie de symp­tômes ont été iden­ti­fiés (voir en­ca­dré). Le ma­lade pré­sen­te­rait à la fois une per­son­na­li­té fra­gile, un manque de confiance en soi et un nar­cis­sisme exa­cer­bé, mé­ga­lo­ma­niaque, à la fois pa­ra­noïaque et agres­sif, dou­blés d’une per­son­na­li­té aso­ciale. Son com­por­te­ment dé­pend de son en­tou­rage, dont il at­tend en per­ma­nence un re­gard po­si­tif. Il ne sait gé­rer ni ses émo­tions ni sa frus­tra­tion, et fonc­tionne sur un mode bi­naire amour-haine, ami-en­ne­mi, le pre­mier nour­ris­sant sa dé­pen­dance à la flat­te­rie, le se­cond étant voué à l’éli­mi­na­tion.

Un in­quié­tant por­trait en creux du pré­sident amé­ri­cain ? Dif­fi­cile de le nier. Ce­pen­dant, la dé­marche de ces mé­de­cins a été vi­ve­ment cri­ti­quée. Elle brise la sa­cro­sainte « règle Gold­wa­ter », se­lon la­quelle il n’est pas éthique pour un psy­chiatre d’éta­blir un diag­nos­tic ou de com­men­ter la

san­té men­tale d’une per­son­na­li­té qu’il n’a pas exa­mi­née et dont il n’a pas ob­te­nu le consen­te­ment. Son nom vient d’un sé­na­teur ré­pu­bli­cain can­di­dat à la pré­si­den­tielle, qui, en 1964, avait fait condam­ner un ma­ga­zine ayant pu­blié un dos­sier sur sa san­té men­tale après avoir ques­tion­né un cer­tain nombre de spé­cia­listes du psy­chisme. L’af­faire a don­né lieu à un ar­ticle du Code de Déon­to­lo­gie de l’As­so­cia­tion amé­ri­caine de Psy­chia­trie, qui n’a, de­puis, ja­mais été trans­gres­sé. Le Dr Gart­ner n’en a cure : « Cette règle est ab­surde. Compte te­nu de la dan­ge­ro­si­té de la si­tua­tion, j’es­time que ce sont ceux qui se taisent qui manquent d’éthique. » Par­mi les symp­tômes pré­sen­tés par le chef d’Etat, ce­lui qui in­quiète le plus les psy­chiatres est le dé­ni de réa­li­té : c’est ce qui lui fait en­dos­ser les thèses conspi­ra­tion­nistes les plus far­fe­lues, re­ve­nir in­las­sa­ble­ment, contre toute évi­dence, sur les ré­sul­tats de son élec­tion, « la plus belle vic­toire ja­mais en­re­gis­trée par un can­di­dat », ou la taille de la foule ve­nue l’ac­cla­mer le jour de son inau­gu­ra­tion, « la plus im­por­tante ja­mais vue ». Et tant pis si tous les faits contre­disent de ma­nière évi­dente ces fan­fa­ron­nades pué­riles. « Quand la réa­li­té est in­to­lé­rable, trop dou­lou­reuse, il la re­jette », in­siste le psy­chiatre Ban­dy Lee. Cette spé­cia­liste des per­son­na­li­tés vio­lentes à Yale Uni­ver­si­ty dé­nonce elle aus­si la dan­ge­ro­si­té du nou­veau pré­sident, qui doit obli­ger, se­lon elle, tous ceux qui le peuvent à ti­rer la son­nette d’alarme. « Son psy­chisme est fra­gile, comme son es­time de soi. C’est pour­quoi son nar­cis­sisme a be­soin d’être en­tre­te­nu par son en­tou­rage, qui lui est aus­si in­dis­pen­sable que l’oxy­gène. Quand il en est pri­vé, il entre dans une rage qui peut être des­truc­trice », constate le mé­de­cin qui craint une dé­gra­da­tion ra­pide de son état : « Lo­gi­que­ment, il y au­ra de moins en moins de louanges au­tour de lui, et donc de plus en plus de co­lère. » Pas éton­nant, se­lon elle, que les re­la­tions avec la presse, les « fake news » ou les « en­ne­mis du peuple », comme les ap­pelle Do­nald Trump, qui leur pré­fère ou­ver­te­ment des sites no­toi­re­ment com­plo­tistes comme In­fo­wars, se soient aus­si ra­pi­de­ment en­ve­ni­mées…

Tout ce­la n’est-il pas un peu ex­ces­sif ? Certes, Do­nald Trump est mé­ga­lo et nar­cis­sique. Mais la plu­part des hommes po­li­tiques ne le sont-ils pas ? Il ne sup­porte pas la contra­dic­tion. Faut-il vrai­ment y voir une pa­tho­lo­gie ? « C’est la com­bi­nai­son de plu­sieurs fac­teurs qui est in­quié­tante, no­tam­ment son dé­ni de réa­li­té et son ab­sence d’em­pa­thie, ré­torque Ban­dy Lee. Il fonc­tionne à l’im­pul­si­vi­té, à la co­lère et au dé­ni, ce qui, com­bi­né, est très in­quié­tant. » Chaque ap­pa­ri­tion pu­blique du pré­sident, sau­tant d’un su­jet à l’autre, ob­sé­dé par sa propre per­sonne, nour­rit en ef­fet le doute. Tout comme ses men­songes ab­surdes, ses tweets com­pul­sifs à l’en­contre de qui­conque le cri­tique, son in­ca­pa­ci­té avé­rée à se concen­trer et son re­fus d’écou­ter les brie­fings de ses conseillers : « Tout son com­por­te­ment prouve une pro­fonde sociopathie. Au­jourd’hui, il ré­pond à toute re­mise en cause par une agres­sion ver­bale ou un tweet agres­sif. Qu’est-ce qui l’em­pê­che­ra, de­main, de ré­pondre par la force ? », in­ter­roge le Dr Lynne Meyer, qui re­doute elle aus­si une dé­té­rio­ra­tion ra­pide de la si­tua­tion.

Ses col­lègues fran­çais, eux, sont plus cir­cons­pects. « Il faut être pru­dent », avance Jean-Pierre Win­ter. Se­lon ce psy­cha­na­lyste, l’uti­li­sa­tion de la psy­chia­trie en po­li­tique est tou­jours dan­ge­reuse. Sa si­nistre ins­tru­men­ta­li­sa­tion en URSS l’a prou­vé. « Même si Do­nald Trump montre à l’évi­dence un rap­port as­sez par­ti­cu­lier à la vé­ri­té, au fond, il coïn­cide bien avec son époque, qui veut qu’une opi­nion par­ta­gée prenne le des­sus sur les faits. » Mêmes ré­serves pour le psy­chiatre Serge He­fez : « En psy­chia­tri­sant le dé­bat, on le dé­res­pon­sa­bi­lise. » Pour ce spé­cia­liste des troubles du com­por­te­ment, c’est moins la per­son­na­li­té du pré­sident qui compte que le fait qu’il ait été élu : « Comme tous les lea­ders cha­ris­ma­tiques, tel Mus­so­li­ni, le pré­sident amé­ri­cain a une per­son­na­li­té clow­nesque, his­trio­nique, avec des com­po­santes nar­cis­siques et pa­ra­nos. Mais la ques­tion, c’est plu­tôt de com­prendre pour­quoi ces per­son­na­li­tés émergent dans les mo­ments de crise et d’in­cer­ti­tude. » Do­nald Trump, ou le symp­tôme de l’an­goisse d’un peuple. Ou, se­lon Eli­sa­beth Rou­di­nes­co (1), « du culte fou d’une Amé­rique qui n’existe pas ».

“TOUT SON COM­POR­TE­MENT PROUVE UNE PRO­FONDE SOCIOPATHIE.”

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