L’opi­nion

L'Obs - - Sommaire - Par MAT­THIEU CROISSANDEAU

de Mat­thieu Croissandeau

C’est dé­sor­mais une tra­di­tion bien an­crée au Par­ti so­cia­liste : comme ils l’avaient fait en 2007 après la dé­si­gna­tion de Sé­go­lène Royal, plu­sieurs élé­phants semblent bien dé­ci­dés à ne pas jouer le jeu de la cam­pagne, voire à sa­von­ner la planche de leur can­di­dat.

Après tout, cha­cun est libre de ses choix, évi­dem­ment. Et les der­niers ré­si­dents de la mai­son rose ne sont pas tous obli­gés de se re­con­naître dans la per­son­na­li­té ou le pro­gramme de Be­noît Ha­mon. Plus im­por­tant en­core, dans cette pé­riode sin­gu­lière où l’ex­trême droite n’a ja­mais pa­ru aus­si près d’ac­cé­der au pou­voir, l’ar­gu­ment du vote utile ou ce­lui du dé­sis­te­ment ré­pu­bli­cain en fa­veur du mieux pla­cé pour faire bar­rage au Front na­tio­nal mé­ritent à tout le moins d’être pris en consi­dé­ra­tion.

Mais tout de même… Les so­cia­listes sont-ils pour au­tant obli­gés d’érein­ter ce­lui que leurs ca­ma­rades se sont choi­si pour cham­pion ? On ne peut pas tout re­pro­cher à Be­noît Ha­mon. On l’ac­cuse d’avoir per­du du temps à es­sayer de ras­sem­bler la gauche pour n’avoir convain­cu fi­na­le­ment que Yan­nick Ja­dot ? Certes, mais que ne lui au­rait-on dit s’il n’avait même pas ten­té de le faire ? Rap­pe­lons au pas­sage à ses dé­trac­teurs que ce n’est pas Ha­mon mais Hol­lande qui avait choi­si une date aus­si tar­dive pour la pri­maire… On lui re­proche de ne pas avoir don­né as­sez de gages aux so­cia­listes qui n’ont pas vo­té pour lui ? Là en­core, c’est le monde à l’en­vers. N’était-ce pas à ceux-là, pré­ci­sé­ment, de je­ter leur ran­cune à la ri­vière et de se ran­ger der­rière le vain­queur comme s’y étaient en­ga­gés tous les par­ti­ci­pants à la pri­maire ? On tance son pro­gramme, trop à gauche pour les uns, trop ra­di­cal pour les autres ? Re­con­nais­sons-lui d’avoir au moins bâ­ti un pro­jet. Dans une cam­pagne où l’on se plaint de ne ja­mais par­ler du fond, il a le mé­rite d’avoir créé le dé­bat sur l’ave­nir du tra­vail ou la tran­si­tion éco­lo­gique, et ce quoi qu’on pense de ses so­lu­tions. On lui de­mande en­fin d’as­su­mer le bi­lan. Un rap­pel à l’ordre en forme de piège pour ce­lui qui a plu­sieurs fois et pu­bli­que­ment mar­qué son désac­cord avec le pré­sident sor­tant…

C’est là que le bât blesse, jus­te­ment. Car si Ha­mon fait face au­jourd’hui à au­tant de ré­cal­ci­trants, c’est aus­si et sur­tout parce qu’il a lui-même long­temps été un pro­fes­sion­nel en la ma­tière ! D’une fronde à l’autre, les so­cia­listes lui rendent donc la mon­naie de sa pièce, dans une at­ti­tude qua­si sui­ci­daire et bien an­crée dans leur ca­rac­tère : celle de n’avoir ja­mais su se sou­mettre aux règles de la dé­li­bé­ra­tion col­lec­tive ou du scru­tin ma­jo­ri­taire. Il en a tou­jours été ain­si dans l’or­chestre de la rue de Solférino, cha­cun pré­fère in­ter­pré­ter sa pe­tite mu­sique plu­tôt que de jouer à l’unis­son.

Comment sor­tir de cette spi­rale mor­ti­fère ? En­ten­dons-nous : po­ser la ques­tion du vote Ha­mon ou Ma­cron est loin d’être illé­gi­time, en par­ti­cu­lier lors­qu’il s’agit de faire obs­tacle au Front na­tio­nal. Mais elle ne peut se po­ser que si cha­cun est de bonne foi et que si les so­cia­listes sont ca­pables d’en­vi­sa­ger leur propre dé­pas­se­ment. Ce­la sous-en­tend d’abord que le can­di­dat ac­cepte de consi­dé­rer la né­ces­si­té du ras­sem­ble­ment, au-de­là de sa propre per­sonne, avant de ré­pondre par oui ou par non. En­suite que les élus ou les mi­li­tants qui choi­si­raient des che­mins de tra­verse ne fassent pas feu sur le quar­tier gé­né­ral pour au­tant. Rap­pe­lons à ceux qui au­raient la mé­moire courte qu’il fau­dra bien que quel­qu’un se charge de gar­der la vieille mai­son.

“DANS L’OR­CHESTRE DE SOLFÉRINO, CHA­CUN PRÉ­FÈRE IN­TER­PRÉ­TER SA PE­TITE MU­SIQUE PLU­TÔT QUE DE JOUER À L’UNIS­SON.”

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.