Dé­fi­lés

La mode ita­lienne a quelque chose à dire au monde, sur­tout en ce mo­ment où il est si ten­du. Pas­sons en re­vue tous ces mes­sages (sub­li­mi­naux)…

L'Obs - - Chronique - Par SO­PHIE FON­TA­NEL

Vous avez un mes­sage d’Ita­lie

Chez GUC­CI, le mes­sage : « Le monde est peut-être si­nistre, mais pas mes ha­bits. » Certes, les man­ne­quins, sur­char­gés de dé­tails, ne sou­rient pas, mais les vê­te­ments le font à leur place. Leur fan­tai­sie est to­tale. Que la réa­li­té aille se faire voir. Voi­ci la « créa­li­té » : la créa­ti­vi­té pour contrer le sor­dide. Ces êtres au­da­cieux ont l’air d’al­ler « aux fraises », mais ils portent des lu­nettes à fine mon­ture do­rée qui ont dé­jà dé­mo­dé toutes les autres, un T-shirt dé­cou­pé qui se­ra sold-out, des chaus­settes à fleurs (Guc­ci avait dé­jà im­po­sé les chaus­settes à rayures l’an­née der­nière) et un faux col (rou­lé) à strass pour trans­for­mer n’im­porte quelle te­nue en te­nue du soir… Ils portent du dé­sir, en fait. Chez FEN­DI : « Sois “Belle de jour” dans cette nuit de l’époque. » La mu­sique d’En­nio Mor­ri­cone pose un es­prit ré­tro. Un man­teau ca­mel surpiqué de rouge, une jupe plis­sée grise, mais des­sous des cuis­sardes rouges. Bref, la double vie de « Belle de jour » en une seule te­nue. Mon col­lègue des « Echos » se penche vers moi : « Si un jour on se ma­rie, tu se­ras tout le temps ha­billée en Fen­di. » Chez PRA­DA : « Tu peux te tri­co­ter un coin de pa­ra­dis. » Miuc­cia Pra­da avait ajou­té à chaque te­nue, aus­si bien celles alam­bi­quées ou du soir, des écharpes tri­co­tées main et des cas­quettes (tri­co­tées elles aus­si) de l’ar­mée, en­core que mes col­lègues y aient vu des bon­nets ja­maï­cains. La so­phis­ti­ca­tion des looks al­liée à ces choses en laine brute ré­con­ci­liait âme étu­diante et fan­tasmes de prin­cesse dans un jeu de gosse. Rien de mor­bide dans cette col­lec­tion. Dans le flot tour­men­té du monde, Miuc­cia Pra­da a bon mo­ral. Tant mieux pour nous.

DIE­SEL BLACK

GOLD : « Ne te fais pas mal. » C’était le ma­tin. Moi, j’ai fré­mi : sur le pan­ta­lon, une sorte de jupe longue fen­due en cuir, comme ces ta­bliers coupe-vent qu’on met pour faire du scoo­ter. Je ne sais pas si c’est l’époque, mais on a en­vie de se pro­té­ger un peu, non ? Chez TOD’S : « Reste sen­sible. » Con­seil illus­tré par une jupe et une che­mise en agneau très fin, quelque chose de bien moins fra­gile, mais qui contient quand même la sou­plesse des tis­sus lé­gers. Chez FERRAGAMO : « Que ta pa­role soit im­pec­cable », comme un ac­cord tol­tèque. La ligne pure, les bras nus, mais le cou pro­té­gé. Avoir une cer­taine te­nue en toutes cir­cons­tances.

Chez MAX MA­RA : « Res­tons sport. » Dans un flot de te­nues clas­siques, un sweat en ca­che­mire, comme un doigt le­vé au fond de la classe par l’élève qui a la bonne ré­ponse à la ques­tion : « Que faire de­vant la vio­lence am­biante ? » Chez VER­SACE : « Dis en un mot ce qu’il nous faut à pré­sent. » Au dé­tour d’un pas­sage, « cou­rage », écrit là, même pas en pe­tit, en bas d’une jupe. En lettres bien vi­sibles sur un voile noir, le mot sem­blait flot­ter tel un mes­sage sub­li­mi­nal. Chez MISSONI : « Oui, on peut faire quelque chose, on peut se le­ver et mar­cher. » On avait sur nos sièges des

pus­sy hats, ces bon­nets por­tés pen­dant la marche des femmes à Wa­shing­ton. Les man­ne­quins en por­taient toutes fi­na­le­ment, dans une file in­dienne as­sez émou­vante, en plus que la col­lec­tion est très belle (les vestes en mou­moute !). Et comme si ça ne suf­fi­sait pas, la fa­mille Missoni au grand com­plet (ils sont nom­breux) est ve­nue par­ler à la fin du show, pour dire… qu’on peut faire quelque chose. Chez ETRO : « La vie est grise, ne le sois pas. » Splen­deur des ca­na­diennes en­tiè­re­ment peintes et ou­vra­gées du show. L’en­vie de mo­tifs nous monte, peut-être liée au terne gé­né­ral qui nous tombe des­sus. Chez JIL SANDER : « Res­tons dignes », là en­core. La ri­gueur ha­bi­tuelle, et des te­nues de fêtes pour être dé­ver­gon­dées low pro­file. On vou­drait re­ce­voir un os­car rien que pour al­ler le cher­cher ha­biller comme ça, et coif­fer au po­teau les filles en cor­set.

Chez DOLCE & GABBANA : « Res­tons grou­pés. » Toute la gamme Dolce y est, du tailleur noir im­pec­cable à la dé­pense de fleurs. Pas de man­ne­quins sur le po­dium, mais des « amis de la

mai­son », et par­mi eux de grosses clientes du monde en­tier. La joie sur leur vi­sage. Un chan­teur en live « am­bian­çait » le show comme un chauf­feur de salle. An­na Win­tour, à la stu­peur de tous, ju­bi­lait de bon­heur. C’est qu’elle en a vu pas­ser du show si­nistre…

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