La tra­gé­die d’une adop­tion

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

JE N’ÉCRIRAI QUE MORTE, PAR ELI­ZA­BETH LE­TOUR­NEUR, LE PAS­SEUR, 192 P., 16 EU­ROS.

Un bam­bin qui se blot­tit dans les bras de sa nou­velle ma­man avec des étoiles plein les yeux ? Non, l’adop­tion n’est pas tou­jours un conte de fées. Dé­jà mère d’une pe­tite Em­ma­nuelle, Eli­za­beth et son ma­ri lui donnent pour frère un pe­tit Viet­na­mien qu’ils sont al­lés cher­cher sur place. Hé­las ! Face à ce bé­bé de 7 mois, la mère adop­tive ne res­sent rien. Pis, elle a la sen­sa­tion que ses yeux noirs la condamnent. Mais elle n’ose rien dire. Alors elle le gifle en douce. Il n’y a pas que le re­gard du pe­tit An­toine qui lui soit in­sup­por­table, son odeur aus­si. Elle re­jette l’intrus comme une chatte re­pousse un cha­ton étran­ger à sa por­tée : « Il n’est pas moi, pas mien, pas à moi. » Jus­qu’au jour où Em­ma­nuelle, bien qu’elle n’ait que 9 ans, prend conscience du dan­ger et lui sous­trait son pe­tit frère. Il était moins une : la mère al­lait se noyer avec le gosse dans la pis­cine. Toute per­sonne as­pi­rant à adop­ter de­vrait lire le té­moi­gnage d’Eli­za­beth Le­tour­neur (pho­to), heu­reu­se­ment gué­rie de­puis par un pé­do­psy­chiatre pro­vi­den­tiel. En ex­po­sant aux re­gards de tous les actes mons­trueux aux­quels elle s’est li­vrée, elle fait preuve d’un cou­rage ex­cep­tion­nel. Et dé­crit sa­cré­ment bien sa sai­son en en­fer.

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