La fin des bu­reaux bour­reaux

Ve­nus des Etats-Unis, les es­paces de co­wor­king se mul­ti­plient à Pa­ris. Der­nier-né, The Bu­reau, lan­cé par l’ex-pape des nuits bran­chées Ras­mus Mi­chau

L'Obs - - Sortir - Par DORANE VIGNANDO

Q uels sont les plus beaux, les plus ar­ty, les plus tren­dy, les plus co­ol bu­reaux à par­ta­ger? Nou­veaux ou pas, c’est la guerre entre les es­paces de co­wor­king à Pa­ris, où l’on ne vous parle que de bon­heur et de bien-être au tra­vail. Qui pro­po­se­ra donc, entre deux réunions, la séance de yo­ga la plus « feel good », le cours de sport ou de cui­sine le plus dé­stres­sant, l’af­ter­work billard-ba­by-foot le plus rock ?

Ou­vert en jan­vier der­nier, The Bu­reau, « le pre­mier club de co­wor­king de luxe », créé par Laurent Ge­nes­lay et Ras­mus Mi­chau (qui s’est fait connaître grâce à ses fêtes gran­di­lo­quentes dans le Tout-Pa­ris), s’est ins­tal­lé dans un bel im­meuble en bord de Seine. 2 700 mètres car­rés sur 5 étages, ou­verts 24 heures sur 24, dans un dé­cor an­nées 1950 ins­pi­ré de « Mad Men », avec mo­bi­lier sur me­sure agen­cé par Ma­ri­ka Dru et Cons­tance Gen­na­ri, fon­da­trice du très ten­dance blog The So­cia­lite Family.

Né aux Etats-Unis, le co­wor­king, c’est l’au­berge es­pa­gnole entre co­locs de bou­lot, où l’on tra­vaille, mange, joue, fait la fête en­semble. Et tout ce­la, dans un cadre à l’art de vivre et au de­si­gn lé­chés, bref à mille lieues de votre open-space dé­pri­mant. La convi­via­li­té au ser­vice du bu­si­ness. Se sen­tir bien pour pro­duire mieux. Rien de nou­veau sous le cha­peau, juste la cer­ti­tude que le « tra­vailler au­tre­ment » né­ces­si­tait quelques amé­na­ge­ments fun. A l’image de Kwerk, le pion­nier pa­ri­sien du genre, ou­vert il y a quelques mois rue de la Bien­fai­sance, dans le 8e ar­ron­dis­se­ment, par La­wrence Knights et l’ar­chi­tecte de­si­gner new-yor­kais Al­bert An­gel, qui ac­cueillent leurs membres au mi­lieu de poufs en forme de dés et oeuvres d’art afri­caines et ba­li­naises, ou de Re­mix et ses 1 000 mètres car­rés de bu­reaux amé­na­gés sous les mou­lures d’époque d’une an­cienne mai­son close.

Chez The Bu­reau, le cur­seur a été pous­sé très loin: les in­té­rieurs ont été mi­nu­tieu­se­ment pen­sés dans les tons et ma­tières ve­lours, bois, opa­line et lai­ton. An­cien pro des soi­rées pa­ri­siennes, Ras­mus Mi­chau sait soi­gner ses « membres » qui peuvent pro­fi­ter de la ter­rasse avec ga­zon et four à piz­za, du res­tau­rant The Ca­fé, te­nu par Ni­co­las La­caze (ex-Bis­tro Bel­let) en col­la­bo­ra­tion avec le chef Lu­ca Laf­fi (res­tau­rant Thou­mieux) pro­po­sant pro­duits frais is­sus de pe­tits pro­duc­teurs. Au me­nu éga­le­ment, cours de yo­ga, salle de sport, ser­vice de con­cier­ge­rie, pressing et même un room ser­vice, si l’en­vie d’un sand­wich ri­cot­ta-épi­nards bio vous ti­raille l’es­to­mac de­vant votre or­di­na­teur.

Un bu­reau-mai­son, nou­velle gé­né­ra­tion en quelque sorte, au­quel vous ajou­tez une bou­tique d’ac­ces­soires, un pia­no, des oli­viers dans le pa­tio et des toi­lettes en ter­raz­zo. « L’idée de la com­mu­nau­té, c’est très im­por­tant, mar­tèle Ras­mus Mi­chau de­vant la ma­chine à ca­fé tor­ré­fié is­su de la Brû­le­rie de Bel­le­ville. Ici, dans nos lo­caux, Snap­chat et la marque de beau­té Les Sources de Cau­da­lie sont lo­ca­taires, tout comme des jour­na­listes et des fonds d’in­ves­tis­se­ment, des agents de pho­to­graphes et des start-up… L’idée aus­si: créer au­tant d’oc­ca­sions d’échan­ger sur di­vers su­jets. De rompre avec ce ré­flexe: lorsque l’on tra­vaille, on ne se parle pas. » D’où les soi­rées dé­gus­ta­tions de vins du jeu­di ou les « dis­cus­sions avec en­tre­pre­neurs et per­son­na­li­tés ». Der­niè­re­ment ont été ac­cueillis en guest JoeyS­tarr, le DJ Ago­ria ou le phi­lo­sophe Yves Mi­chaud. Un équi­pe­ment qui a tout de même un prix, il fau­dra s’ac­quit­ter de 595€ par mois si l’on veut un bu­reau dé­dié en opens­pace. D’autres for­mules, plus light, sont aus­si pro­po­sées.

Ras­mus Mi­chau et ses as­so­ciés voient loin et comptent bien ou­vrir d’autres es­paces de co­wor­king « dans toutes les ca­pi­tales eu­ro­péennes d’ici à cinq ans ». S’ils trouvent de nou­veaux lo­caux à Ber­lin ou Co­pen­hague, ils ima­ginent dé­jà se re­trou­ver dans la « Deal Room » avec aux murs af­fi­chés des por­traits des plus gros poids lourds du CAC 40 et du Nas­daq comme par­rains. Cette salle aux murs rouges avec mo­quette à fleurs a été ima­gi­née à Pa­ris pour « fê­ter les si­gna­tures de contrats » avec, au mi­lieu de la table des né­go­cia­tions, un bou­ton rouge, type buz­zer : « Comme ça, quand tu as si­gné ton deal, tu sonnes et on t’ap­porte une bou­teille mag­num. » Toute cette éner­gie de bulles po­si­tives vous don­ne­rait presque en­vie d’al­ler be­so­gner seize heures par jour. Tra­vailler plus pour kif­fer plus ?

LE RES­TAU­RANT DE THE BU­REAU PRO­POSE UNE CUI­SINE ÉLA­BO­RÉE PAR LE CHEF LU­CA LAF­FI.

GIL­DAS LOAËC (KITSUNÉ) ET RAS­MUS MI­CHAU, LORS D’UNE SOI­RÉE THE BU­REAU.

LE MO­BI­LIER A ÉTÉ IMA­GI­NÉ PAR LES BLOGUEUSES DE THE SO­CIA­LITE FAMILY.

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