Les yeux de l’amour

HIS­TOIRE DU COUP DE FOUDRE, PAR JEAN-CLAUDE BO­LOGNE, AL­BIN MI­CHEL, 320 P., 21,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - LAURENT LEMIRE

L’amour au pre­mier re­gard. Ce­la pour­rait être une dé­fi­ni­tion du coup de foudre. Mais il y en a bien d’autres. L’en­quête savante et sa­vou­reuse de Jean-Claude Bo­logne che­mine des au­teurs de l’An­ti­qui­té aux la­bo­ra­toires des neu­ro­bio­lo­gistes. Comme té­moins de ce qu’il ap­pelle une « mo­da­li­té de l’amour », il convoque phi­lo­sophes, psy­cho­logues, théo­lo­giens, so­cio­logues, ro­man­ciers et poètes. L’his­to­rien par­vient ain­si à cir­cons­crire son su­jet en trois temps : ce­lui des dieux, des cu­pi­dons, des philtres, des âmes soeurs ou des « ha­sards ob­jec­tifs » chers à An­dré Bre­ton, ce­lui plus ra­tion­nel de la « cris­tal­li­sa­tion » ex­pli­quée par Sten­dhal, ce­lui en­fin de la chi­mie des phé­ro­mones où l’eu­rê­ka amou­reux se ré­sume à des for­mules peu ma­giques. En quelques siècles, nous sommes pas­sés du sur­na­tu­rel à la dé­charge de phé­ny­lé­thy­la­mine dans le cer­veau. Heu­reu­se­ment il reste le temps de la nar­ra­tion dans cette valse sen­ti­men­tale. Jean-Claude Bo­logne fait la part belle à tous ceux qui de­puis Chré­tien de Troyes ont ex­plo­ré cette pas­sion du coeur, avec fer­veur et quel­que­fois jus­qu’au sui­cide pour les ro­man­tiques. Cu­rieu­se­ment, on y trouve peu de psy­cha­na­lystes. C’est nor­mal. Freud ne croyait pas au coup de foudre.

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