Gros corps ma­lade

L'Obs - - Critiques - RAP AL­BUM TWO, PAR JONWAYNE (ARC). DA­VID CA­VI­GLIO­LI

Jonwayne n’a pas vo­lé le nom de John Wayne. Il l’a ré­cu­pé­ré. Ce gros Ca­li­for­nien bar­bu de 26 ans, Jon Wayne se­lon l’état ci­vil, est le des­cen­dant d’un gé­né­ral de la ré­vo­lu­tion amé­ri­caine, Mad Wayne, au­quel l’ac­teur avait pris son pseu­do­nyme. Mal­gré cette gé­néa­lo­gie épique, Jonwayne est un rap­peur fra­gile. Dans « Rap Al­bum Two », charge an­ti­hé­roïque, il se dé­peint en an­cien al­coo­lique trem­blant, hon­teux de son mi­sé­rable dé­but de car­rière. Il ne de­vrait pas. Son disque (qu’on n’écou­te­ra pas pour ses ver­tus dan­santes, pré­ve­nons les dan­seurs) est aus­si vul­né­rable que puis­sant. Jonwayne est ve­nu au rap par la poé­sie. Sou­vent, les « rap­peurs-poètes » font du mau­vais rap qui se croit re­haus­sé par de la mau­vaise poé­sie. Lui par­vient à ar­ti­cu­ler la den­si­té in­tros­pec­tive de son écri­ture avec les jeux ryth­miques propres au rap, sans son­ner sco­laire ou pré­ten­tieux. Le tout d’une voix grasse et éteinte, sur des pro­duc­tions au­tom­nales qui montrent qu’il y a de la beau­té dans les vies ra­tées.

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