Des­sous des cartes Mé­len­chon, « ce Fran­çais qui fait rayon­ner la pen­sée Mao »

La Chine est un mo­dèle dont la France et le monde doivent s’ins­pi­rer, af­firme le can­di­dat de La France in­sou­mise dans une in­ter­view reprise par les mé­dias of­fi­ciels à Pé­kin et qui conti­nue de cir­cu­ler sur des mil­liers de sites chi­nois

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Jean-Luc Mé­len­chon aime ceux qui ré­sistent à l’op­pres­sion. Mais à une condi­tion : que l’op­pres­seur ap­par­tienne à ce qu’il ap­pelle le « camp at­lan­tiste » (les Etats-Unis et leurs al­liés). En re­vanche, la moindre contes­ta­tion vi­sant la Rus­sie ou la Chine est frap­pée d’illé­gi­ti­mi­té. Le can­di­dat de La France in­sou­mise s’aligne alors sans états d’âme du cô­té du plus fort et n’hé­site pas à dé­peindre les ré­vol­tés comme des agents du grand mé­chant ogre amé­ri­cain.

Exemple : les Ti­bé­tains. En 2008, à la veille des JO de Pé­kin, des ma­ni­fes­tants pro­ti­bé­tains per­turbent la pa­rade de la torche olym­pique à Pa­ris. L’oc­ca­sion pour Mé­len­chon d’ex­pri­mer pu­bli­que­ment son sou­tien au ré­gime de Pé­kin et son aver­sion pour la cause ti­bé­taine. Ses dia­tribes contre le da­laï-la­ma en­foncent même les ac­cu­sa­tions chi­noises par la ver­deur des for­mules – « chef re­li­gieux obs­cu­ran­tiste », « dé­fen­seur de la cha­ria boud­dhique », « in­dé­pen­dan­tiste eth­ni­ciste qui veut ex­pul­ser 100 mil­lions de Chi­nois du Ti­bet »… Peu im­porte que ces chiffres ab­surdes ne fi­gurent pas même dans la pro­pa­gande chi­noise la plus éche­ve­lée. Ces phi­lip­piques sont tel­le­ment ap­pré­ciées que des vi­déos de ses in­ter­ven­tions cir­culent sur les ré­seaux avec des sous-titres chi­nois.

De­puis, l’ex-sé­na­teur de l’Es­sonne fait par­tie de la pe­tite liste des per­son­na­li­tés eu­ro­péennes « amies de la Chine ». Les mé­dias d’Etat ne manquent ja­mais de re­pro­duire ses dé­cla­ra­tions qui vantent les réus­sites du ré­gime sans souf­fler mot de ses abus. La cam­pagne pré­si­den­tielle lui donne de nou­velles oc­ca­sions de faire plai­sir à Pé­kin. Dans sa vi­déo du 13 jan­vier, il com­mente le coup de fil don­né par Trump à la pré­si­dente de Taï­wan qui avait dé­clen­ché l’ire de Pé­kin. Le can­di­dat fait un pa­ral­lèle ab­surde entre la pré­si­dente, icône de la dé­mo­cra­tie taï­wa­naise, et… Ma­rine Le Pen.

Mais ce qui a plus en­core en­chan­té les au­to­ri­tés chi­noises, c’est une longue in­ter­view don­née en sep­tembre der­nier, pu­bliée en chi­nois dans « Nou­velles d’Eu­rope » (mé­dia « fran­çais » contrô­lé par Pé­kin) et qui conti­nue à tour­ner sur des mil­liers de sites chi­nois. Jean-Luc Mé­len­chon y pré­sente le da­laï-la­ma comme un bou­te­feu qui cherche à « am­pu­ter la Chine du quart de son ter­ri­toire » et à « dé­clen­cher une gi­gan­tesque guerre ab­surde ».

C’est en re­vanche un mes­sage ex­trê­me­ment flat­teur qu’il adresse à la Chine : « Les choix de la ci­vi­li­sa­tion chi­noise valent pour la pla­nète en­tière. La Chine de­vrait être le par­te­naire pri­vi­lé­gié de la France, car son in­dus­trie, sa tech­no­lo­gie, ses sciences, son dé­ve­lop­pe­ment cultu­rel ont at­teint un ni­veau ex­trê­me­ment avan­cé. » Grâce à son éco­no­mie pla­ni­fiée, la Chine a pu sur­mon­ter tous les pro­blèmes. L’Eu­rope en re­vanche pèche par son « re­jet dog­ma­tique » de toute pla­ni­fi­ca­tion. Les Al­le­mands avec leur « or­do­li­bé­ra­lisme » main­tiennent l’Eu­rope dans la pa­ra­ly­sie, et l’éco­no­mie fran­çaise est un « échec sans fin ». « Nous at­ten­dons énor­mé­ment de la Chine, de son lea­der­ship sur la scène in­ter­na­tio­nale. Je sais bien que les Chi­nois n’aiment pas do­mi­ner, af­firme bi­zar­re­ment le champion des in­sou­mis, mais ils ont dé­sor­mais les moyens de chan­ger le cours des choses. »

Mu­sique cé­leste pour les oreilles des man­da­rins rouges ! L’in­ter­view est reprise sur tous les sites gou­ver­ne­men­taux, illus­trée d’un mon­tage mi­mant une af­fiche ré­vo­lu­tion­naire. On y voit le can­di­dat, sur fond rouge, en hé­ri­tier de toute la li­gnée des pères de la ré­vo­lu­tion – Mao, Sta­line, Lé­nine, En­gels et Marx. Son slo­gan élec­to­ral « Pre­nez le pou­voir » est com­plé­té par un mot d’ordre de la Ré­vo­lu­tion cultu­relle en ca­rac­tères chi­nois : « Vive l’in­vin­cible mar­xisme-lé­ni­nisme-pen­sée Mao Ze­dong ! » Sur le web, la ga­laxie de la mou­vance Mao-nos­tal­gique sa­lue avec en­thou­siasme « le can­di­dat maoïste à la pré­si­dence fran­çaise », « le Fran­çais qui fait rayon­ner la pen­sée-Mao Ze­dong ». Contac­té par « l’Obs », M. Mé­len­chon n’a pas sou­hai­té ré­pondre à nos ques­tions.

Jean-Luc Mé­len­chon face aux jour­na­listes de « Nou­velles d’Eu­rope », en sep­tembre 2016 à Pa­ris.

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