SAGE FEMME PAR MAR­TIN PRO­VOST

L'Obs - - Critiques - JÉRÔME GAR­CIN

Co­mé­die dra­ma­tique fran­çaise, avec Ca­the­rine De­neuve, Ca­the­rine Frot et Oli­vier Gour­met (1h56).

Claire (Ca­the­rine Frot), sage-femme de mé­tier, est dans la vie une femme sage. Elle a de l’ex­pé­rience, des prin­cipes et des sou­cis. Lors­qu’elle voit ré­ap­pa­raître Béa­trice (Ca­the­rine De­neuve), après trente ans d’ab­sence, Claire sort les griffes. On la com­prend. Béa­trice était la maî­tresse de son père, qui s’est sui­ci­dé après son dé­part. Béa­trice n’en sa­vait rien. Elle l’ap­prend de la bouche de Claire en même temps qu’on lui diag­nos­tique une tu­meur au cer­veau. Mal­gré ce double choc, Béa­trice per­siste à vivre avec pa­nache et in­sou­ciance, squat­tant l’ap­par­te­ment d’un amant de pas­sage, di­la­pi­dant ses éco­no­mies aux cartes, nar­guant la ma­la­die. Avec, en guise de der­nière vo­lon­té, le dé­sir im­pé­rieux de ga­gner le coeur de Claire, lui rendre le sou­rire, la ré­con­ci­lier avec son pas­sé. Le film de Mar­tin Pro­vost est l’his­toire de cette mé­tho­dique et pré­vi­sible re­con­quête. On a com­pris que « Sage Femme » vaut moins pour son scé­na­rio ma­ni­chéen, proche de la fable, mo­rale com­prise, que pour les rôles of­ferts par le ci­néaste de « Sé­ra­phine » aux deux grandes Ca­the­rine, réunies ici pour la pre­mière fois : la De­neuve ex­tra­ver­tie et la Frot in­tro­ver­tie, la lu­mi­neuse et la té­né­breuse, la crâ­neuse et l’in­dus­trieuse. Entre les deux, un Oli­vier Gour­met char­meur, émou­vant, dé­li­cat, et comme mé­ta­mor­pho­sé par les deux ac­trices, qu’il sé­duit sans rien faire et dont il abo­lit mer­veilleu­se­ment les dif­fé­rences.

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