Voyage en France (13/16) Vo­ter après Nuit de­bout

A la veille de la pré­si­den­tielle, “l’Obs” re­tourne à la ren­contre des Fran­çais qui ont été au coeur des en­jeux po­li­tiques, éco­no­miques et so­cié­taux du quin­quen­nat. Cette se­maine, à Metz, les ac­teurs du sit-in dé­mo­cra­tique de 2016

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Le 8 avril 2016, huit jours après sa nais­sance place de la Ré­pu­blique, à Pa­ris, Nuit de­bout fai­sait son ap­pa­ri­tion à Metz. De 400 per­sonnes le pre­mier soir, l’af­fluence re­tom­bait à une ving­taine après quelques se­maines. Et le mou­ve­ment dis­pa­rais­sait pen­dant l’été.

La Nuit de­bout mes­sine s’est éteinte dans la tor­peur de l’été 2016, comme sa grande soeur de la place de la Ré­pu­blique, à Pa­ris. Et pour­tant, un an après l’éclo­sion du grand sit-in dé­mo­cra­tique, le ca­ma­rade Ma­cia­zek, vé­té­ran du mou­ve­ment à Metz, conti­nue de battre le pa­vé. L’en­thou­siasme est in­tact, seule la cause a chan­gé. Du haut de ses 66 ans, ce ju­riste de pro­fes­sion a dé­ci­dé de faire cam­pagne pour le can­di­dat Jean-Luc Mé­len­chon. « On a le même âge, le même ca­rac­tère abrupt, et un peu le même par­cours : il a quit­té le PS, moi, j’ai quit­té le PC. » Preuve de cette lune de miel po­li­tique, il se pré­sen­te­ra sous le signe du φ (phi) aux lé­gis­la­tives de juin pro­chain dans la troi­sième cir­cons­crip­tion de la Mo­selle.

Il y a un an, De­nis Ma­cia­zek était l’un des ani­ma­teurs les plus fi­dèles de Nuit de­bout Metz. Tant qu’on le lais­sait dis­cou­rir sur ses ma­rottes – le lo­ge­ment, les sans-pa­piers, le sa­laire à vie théo­ri­sé par l’éco­no­miste Ber­nard Friot –, De­nis le po­li­tique était prêt à at­tendre sa­ge­ment son tour de pa­role, sans faire va­loir son droit d’aî­nesse. Le mou­ve­ment a fait long feu ; il en a gar­dé un peu de nos­tal­gie, mais l’aven­ture des « in­sou­mis » lui a o ert un pal­lia­tif. « On peut cri­ti­quer la per­son­na­li­té de Mé­len­chon, mais c’est le seul can­di­dat à prô­ner un e ace­ment de la fi­gure pré­si­den­tielle pour mieux rendre la pa­role au peuple. Le lien avec Nuit de­bout est évident. » Pour­tant, sur la pe­tite quin­zaine de mi­li­tants qui l’ac­com­pagnent sur le ter­rain, seuls deux d’entre eux l’ont cô­toyé lors des nuits d’avril 2016. Où sont pas­sés les autres, ces 400 ci­toyens pré­sents sur la place de la Co­mé­die pour re­faire le monde et… la so­cié­té fran­çaise ? « Je ne sais pas, beau­coup n’avaient pas d’ex­pé­rience po­li­tique. On es­saie d’ailleurs de mon­ter un pe­tit évé­ne­ment avec les ré­seaux de Da­niel Mer­met pour les re­mo­bi­li­ser avant le pre­mier tour. »

Ju­lie Lu­zoir y se­ra. Ou pas. D’al­lure dis­crète, l’ar­tiste de 30 ans est à l’ori­gine de l’émer­gence de Nuit de­bout Metz, et re­garde au­jourd’hui la cam­pagne avec cir­cons­pec­tion. Pour elle, qui n’avait ja­mais eu d’ex­pé­rience mi­li­tante et qui vient d’une famille de mi­li­taires où tout le monde « mal­gré tout » vo­te­ra Fillon, ces nuits d’avril ont été l’oc­ca­sion de « vrais dé­bats », d’un « en­ri­chis­se­ment mu­tuel » et d’une prise de conscience des réalités de l’ac­tion mi­li­tante. « Au dé­but, j’étais un peu naïve, je ne voyais pas du tout l’in­té­rêt d’oc­cu­per l’es­pace pu­blic. » Mais, fi­na­le­ment, elles n’au­ront pas sus­ci­té d’« illu­mi­na­tion » po­li­tique. Ju­lie a tou­jours été de gauche, et son coeur ba­lance au­jourd’hui entre Jean-Luc Mé­len­chon et Be­noît Ha­mon, avec une lé­gère in­cli­na­tion pour le se­cond : « Lors de son dé­bat contre Valls, il a consa­cré sa carte blanche à la culture et au sta­tut des ar­tistes. Dans le contexte ac­tuel, j’ai trou­vé ça fort. » Nulle part, tou­te­fois, elle ne re­trouve le sou e du prin­temps der­nier. Si ce n’est peut-être chez… Em­ma­nuel Ma­cron. « Ses idées sont à l’op­po­sé de ce que nous dé­fen­dions, mais sur la forme – le ras-le-bol de la po­li­tique à la pa­pa, la prise en compte de la pa­role po­pu­laire –, il a su par­fai­te­ment em­brayer sur notre mou­ve­ment. »

Clé­men­tine, Na­than et Rai­ner, eux, n’iront pas chez l’apôtre de la France li­bé­rée. Ni d’ailleurs chez le lea­der des « in­sou­mis ». Ils étaient pour­tant les der­niers des Mo­hi­cans pré­sents sur la place jus­qu’au dé­but de l’été. Nuit de­bout, disent-ils, les a « trans­for­més po­li­ti­que­ment ». Ils ont 28, 19 et 25 ans, se mo­bi­lisent contre le pro­jet d’en­fouis­se­ment de dé­chets nu­cléaires à Bure, dans la Meuse, ne veulent plus du sa­la­riat et ré­flé­chissent sé­rieu­se­ment à culti­ver leur lo­pin de terre pour as­su­rer leur « au­to­no­mie ali­men­taire », en at­ten­dant que le sys­tème s’e ondre sous son propre poids. La pré­si­den­tielle ? Au-de­là du spec­tacle, ça ne les in­té­resse pas.

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