L’AM­BAS­SA­DEUR TRÈS SPÉ­CIAL DE MA­RINE LE PEN

Le­pé­niste de la pre­mière heure et com­pa­gnon de la pré­si­dente du FN, Louis Aliot s’est trou­vé un nou­veau rôle : re­pré­sen­tant de la can­di­date à l’étran­ger

L'Obs - - En Couverture - Par MA­RIE GUICHOUX et DA­VID LE BAILLY Ma­rine Le Pen et Louis Aliot à New York, en 2011.

Sou­cieuse d’ac­qué­rir une sta­ture à l’in­ter­na­tio­nal, Ma­rine Le Pen a po­sé le pied sur le conti­nent afri­cain la se­maine der­nière. En vi­site au Tchad, elle a été ac­cueillie par le pré­sident Idriss Dé­by, à Amd­ja­rass, la ville na­tale de ce der­nier, pour un en­tre­tien consa­cré à la coo­pé­ra­tion et à la lutte contre le ter­ro­risme. L’homme à qui la can­di­date du FN doit cette sé­quence réus­sie n’est autre que son com­pa­gnon, Louis Aliot. Vice-pré­sident du par­ti et dé­pu­té eu­ro­péen, il est de­puis deux ans son émis­saire à l’étran­ger. « Ma mis­sion est de pré­sen­ter le FN tel qu’il est, dit-il. J’ai des centres d’in­té­rêt, et elle les uti­lise. » Son rayon d’ac­tion : l’Afrique (où il a des con­tacts an­ciens en Côte d’Ivoire, au Ma­li et au Sé­né­gal), le Pa­ci­fique et les Etats-Unis (où l’es­sen­tiel reste à bâ­tir; le mois der­nier, il était à Wa­shing­ton et sur la côte Ouest).

Le Pen et Aliot forment, avec leurs en­fants res­pec­tifs (trois pour elle, deux pour lui), une famille re­com­po­sée qu’ils n’ex­posent presque ja­mais dans les mé­dias. Ils consti­tuent aus­si un so­lide at­te­lage po­li­tique. Elle dans la lu­mière, lui au se­cond plan. Elle plus im­pul­sive, lui plus rond. « C’est un couple très com­plé­men­taire », dit le souverainiste Paul-Ma­rie Coû­teaux. Leur seul dé­sac­cord of­fi­ciel s’est pro­duit quand Aliot a vo­té contre l’ex­clu­sion de Jean-Ma­rie Le Pen. Il ne vou­lait pas être dé­loyal en­vers le fon­da­teur du FN, qui avait fait de lui son di­rec­teur de ca­bi­net en 1999, poste qu’il quit­ta dix-huit mois plus tard pour faire sa thèse de droit consti­tu­tion­nel. Leurs dif­fé­rends res­tent pri­vés. « Aliot as­sume les mar­quages à droite, il est à ce titre plus proche de la ligne de Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen [que du ni gauche-ni droite dé­fen­du par Flo­rian Phi­lip­pot, NDLR], ex­plique l’his­to­rien spé­cia­liste de l’ex­trême droite Ni­co­las Le­bourg, mais il peut dif­fi­ci­le­ment ti­rer contre la ligne po­li­tique de sa com­pagne. » Une po­si­tion que ré­sume l’avocat, proche des Le Pen, Mar­cel Cec­cal­di : « Louis est le meilleur dé­no­mi­na­teur com­mun au FN. »

« Une par­tie de moi-même est de l’autre cô­té de la Mé­di­ter­ra­née, même si c’est le Magh­reb », ra­conte le com­pa­gnon de Ma­rine Le Pen. Né d’une mère pied­noir et d’un père plâ­trier arié­geois mo­bi­li­sé pen­dant la guerre d’Al­gé­rie, il s’est in­té­res­sé tôt à la co­lo­ni­sa­tion et à l’im­mi­gra­tion. S’ins­cri­vant dans les pas de Pierre Ser­gent, ré­sis­tant de­ve­nu une fi­gure de l’OAS, puis dé­pu­té fron­tiste à Per­pi­gnan au mi­lieu des an­nées 1980. Au sein du FN, il s’op­pose aux ra­cia­listes et, en mé­moire de son grand-père ma­ter­nel, juif d’Al­gé­rie na­tu­ra­li­sé fran­çais, pour­fend les an­ti­sé­mites. Sou­vent sous-es­ti­mé en rai­son d’un ac­cent qui roule sur les ga­lets, il en joue, peu avide d’une ex­po­si­tion mé­dia­tique maxi­male. Mais il marche, main dans la main, avec Ma­rine Le Pen : « Je fais ce que je crois être bon pour notre com­bat. » En cas de vic­toire de sa can­di­date, il se re­ti­re­rait de la vie po­li­tique na­tio­nale « parce que le peuple n’élit pas un couple ». Ce se­rait « une mort so­ciale », dit ce­lui qui s’est construit au sein du par­ti. Il se ver­rait bien char­gé d’une « mis­sion » pour « ré­soudre en­fin le dos­sier des har­kis et dé­cer­ner à tous les an­ciens com­bat­tants une Lé­gion d’hon­neur. Et tant pis si ce­la fâche l’Al­gé­rie ».

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