LES NOU­VEAUX EN­JEUX DE L'HA­BI­TAT

Le lo­ge­ment est au coeur des grandes trans­for­ma­tions so­cié­tales de notre temps. Un vé­ri­table dé­fi in­di­vi­duel et col­lec­tif

L'Obs - - Sommaire - Par ELE­NA JEUDY-BALLINI

En 2050, notre Terre comp­te­ra 9 mil­liards d’ha­bi­tants dont les deux tiers vi­vront en ville et un cin­quième au­ra plus de 60 ans. Ces trois don­nées dé­mo­gra­phiques dé­li­mitent à elles seules tous les en­jeux de l’ha­bi­tat de la se­conde moi­tié du xxie siècle. A la croi­sée des fac­teurs dé­mo­gra­phiques, éco­no­miques, en­vi­ron­ne­men­taux et cultu­rels, le lo­ge­ment se­ra la ques­tion po­li­tique par ex­cel­lence.

Com­ment faire co­exis­ter les gé­né­ra­tions d’au­jourd’hui et de de­main ? Et se­lon quels cri­tères so­ciaux et en­vi­ron­ne­men­taux? Com­ment faire en sorte que l’ha­bi­tat du fu­tur ré­ponde aux at­tentes de cha­cun? Qu’il soit tou­jours plus connec­té et fonc­tion­nel et tou­jours plus per­for­mant sur le plan éner­gé­tique ? Telles sont les ques­tions que traitent dé­jà les spé­cia­listes. Une nou­velle science de l’ha­bi­tat naît sous nos yeux.

Mais, pour cha­cun d’entre nous, il est d’abord un lieu in­time et pro­tec­teur. Nous l’ima­gi­nons comme une source de bien- être pour nous-mêmes et pour ceux qu’on aime. Ce lo­ge­ment si chè­re­ment ac­quis, nous vou­lons l’amé­na­ger à notre image. De plus en plus de Fran­çais veulent même le construire de leurs mains, sou­vent pour des rai­sons de contraintes fi­nan­cières, mais pas uni­que­ment. Le « faire son lieu de vie soi-même » est aus­si dans l’air du temps.

Toutes ces ten­dances se­ront au coeur des As­sises de l'Ha­bi­tat. Les 20 et 21 juin, les pro­fes­sion­nels, les cher­cheurs et les amé­na­geurs se pen­che­ront sur les consé­quences at­ten­dues de l’évo­lu­tion dé­mo­gra­phique et des trans­for­ma­tions de la vie fa­mi­liale. Parce qu’il faut ré­pondre aux be­soins des fa­milles de plus en plus re­com­po­sées, et donc à géo­mé­trie va­riable ; trou­ver des so­lu­tions pour tous ceux qui tra­vaillent à do­mi­cile; ré­pondre au dé­sir des per­sonnes âgées de vieillir chez elles aus­si long­temps que pos­sible, un phé­no­mène ré­su­mé par les so­cio­logues sous l’ex­pres­sion « J'y suis, j'y reste ». Au­tant de mu­ta­tions so­cié­tales qu’il convient de tra­duire con­crè­te­ment afin que l’ha­bi­tat se re­con­fi­gure et ré­ponde à l’évo­lu­tion de nos condi­tions de nos vies.

Des so­lu­tions sont dé­jà mises en oeuvre. En Allemagne, en Suisse ou au Qué­bec, l’ha­bi­tat par­ti­ci­pa­tif fon­dé sur la mu­tua­li­sa­tion des équi­pe­ments et des es­paces se dé­ve­loppe. Un nou­veau mode d’or­ga­ni­sa­tion qui n’en est qu’à ses bal­bu­tie­ments en France…

L’en­jeu du mo­ment? Les éco­no­mies d’éner­gie qui in­té­ressent les par­ti­cu­liers comme les pro­fes­sion­nels. Il y a dé­sor­mais ur­gence à construire plus éco­lo­gique car l'ha­bi­tat d’au­jourd’hui re­pré­sen­te­ra 70% du parc im­mo­bi­lier en 2050. Ren­table à long terme, cette ré­no­va­tion ther­mique tous azi­muts est consi­dé­rée comme prio­ri­taire par l’en­semble des décideurs pri­vés et publics.

Mais la concep­tion de notre ha­bi­tat est aus­si bou­le­ver­sée par les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion. An­née après an­née, la de­mande des par­ti­cu­liers pour du lo­ge­ment connec­té ne cesse d’aug­men­ter. Tou­jours en mou­ve­ment, l’ho­mo nu­me­ri­cus en­tend ré­gu­ler la tem­pé­ra­ture in­té­rieure de sa mai­son de­puis son smart­phone, ac­ti­ver le sys­tème de sé­cu­ri­té, éteindre le gaz, ou dé­clen­cher l’éclai­rage grâce à des dé­tec­teurs de mou­ve­ments. De nou­velles ap­pli­ca­tions qui par­ti­cipent à une meilleure ges­tion de l'éner­gie, comme à l’amé­lio­ra­tion du quo­ti­dien de la mo­bi­li­té des se­niors.

Du simple « lo­ge­ment » au « chez soi » : cha­cun re­ven­dique au­jourd’hui un ha­bi­tat sur me­sure, qu’il ima­gine, conçoit et par­fois même réa­lise comme une pro­jec­tion de lui-même. Si cet in­di­vi­dua­lisme n’est pas ré­cent, il s’est am­pli­fié ces der­nières an­nées avec le ré­in­ves­tis­se­ment des par­ti­cu­liers sur leur sphère pri­vée. La mo­bi­li­té, d’ac­cord. Mais à condi­tion de jouir d’un home sweet home...

Aux Pays-Bas, comme dans les pays du Nord, les éco­quar­tiers se dé­ve­loppent.

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