Meurtres à l’ira­nienne

L’ARAIGNÉE DE MASHHAD, PAR MANA NEYESTANI, ÇÀ ET LÀ/ARTE, 164 P., 18 EU­ROS.

L'Obs - - CRITIQUES - ÉRIC AESCHIMANN

L’Iran est un pays fas­ci­nant, parce que la vio­lence des so­cié­tés contem­po­raines semble s’y ex­pri­mer avec plus d’in­ten­si­té – pro­bable ef­fet de la cen­sure re­li­gieuse. Des se­rial killers de pros­ti­tuées, il en existe par­tout. Mais ce­lui qui se fait re­mar­quer à Mashhad, une ville très pieuse du nord de l’Iran, a ce­ci de par­ti­cu­lier qu’il tue au nom d’une mo­rale sexuelle qui est la doc­trine of­fi­cielle du ré­gime. Et pour­tant, il se­ra re­cher­ché, ar­rê­té, ju­gé, exé­cu­té. La ma­chine d’Etat va écra­ser de son poing im­pla­cable ce ci­toyen or­di­naire, qui a lui-même étran­glé de sa force mas­cu­line seize femmes : ter­rible em­boî­te­ment de do­mi­na­tions. Le tout est ra­con­té et des­si­né avec une in­tel­li­gence éblouis­sante par Mana Neyestani, dont on avait dé­jà re­mar­qué « Une mé­ta­mor­phose ira­nienne », où il re­la­tait ses dé­boires de des­si­na­teur sous Ah­ma­di­ne­jad. Avec une men­tion spé­ciale pour ses om­brages ha­chu­rés en croi­sillon, tech­nique ve­nue du des­sin de presse, mais as­sez rare en BD, dont il fait un usage vir­tuose.

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