Jour­nal des té­nèbres

VERS LA NUIT, PAR JOHN HULL, TRA­DUIT DE L’AN­GLAIS PAR DONATELLA SAUL­NIER ET PAULE VINCENT, SOUS-SOL, 224 P., 19 EU­ROS.

L'Obs - - CRITIQUES - A. S.

Après avoir lut­té des an­nées du­rant contre des pro­blèmes de vue et su­bi plu­sieurs in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales, John Hull est fi­na­le­ment en­va­hi par des « disques noirs » et dé­cla­ré aveugle en 1980. « Vers la nuit », pu­blié en 1990 et ré­édi­té par les Edi­tions du Sous-Sol, est le pas­sion­nant jour­nal que cet en­sei­gnant-cher­cheur en théo­lo­gie a li­vré pen­dant trois ans à son ma­gné­to­phone. Sur­pris de n’avoir lu que des ré­cits d’aveugles nar­rant « com­ment ils étaient de­ve­nus cham­pions de golf, skieurs émé­rites, mé­de­cins ou hommes d’af­faires ac­com­plis », lui cherche à re­flé­ter sans am­bages les doutes, les ré­flexions et les obs­tacles pra­tiques de sa nou­velle condi­tion. Les vi­sages s’es­tompent, les sou­rires res­tent sans ré­ponse, la per­cep­tion du temps change, les proches sont pé­tris de bonnes in­ten­tions mais sou­vent mal­adroits, voya­ger perd tout son in­té­rêt. Le plus poi­gnant ré­side dans son sen­ti­ment de ne pas voir gran­dir ses pe­tits : « Qui avait le droit de me pri­ver de la vue de mes en­fants à Noël ? » Le livre, iri­sé de poé­sie, « n’a pas de fin parce que la cé­ci­té n’a pas de fin ». Au­cun mi­racle pour John Hull (in­ter­pré­té à l’écran par Dan Ren­ton Skin­ner, pho­to), si ce n’est qu’il trouve en son pay­sage men­tal la force d’échap­per à l’obs­cu­ri­té.

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