LOU ANDREAS-SA­LO­MÉ PAR CORDULA KABLITZ-POST

L'Obs - - CRITIQUES - JERÔME GAR­CIN

Bio­pic al­le­mand, avec Ka­tha­ri­na Lo­renz, Ha­rald Schrott, Alexan­der Scheer, Ju­lius Feld­meier (1h53).

C’est in­con­tes­ta­ble­ment un film al­le­mand. La puis­sance, faute de nuances. La pe­san­teur, sans la grâce. Même le vieux cli­ché scé­na­ris­tique du flash-back ne nous est pas épar­gné, dès le dé­but : sous l’im­pul­sion d’un jeune ad­mi­ra­teur, une femme âgée, juive dans l’Al­le­magne na­zie, dé­cide, au soir de sa vie, d’écrire ses Sou­ve­nirs, de ra­con­ter les hommes qu’elle a connus. Et quels hommes : Nietzsche, Rilke, Freud… Seule­ment, voi­là, cette femme, c’était la phi­lo­sophe, psy­cha­na­lyste, fé­mi­niste, li­ber­taire Lou Andreas-Sa­lo­mé (1861-1937), dont l’his­toire est si ex­cep­tion­nelle qu’elle fi­nit par l’em­por­ter sur le film ami­don­né et be­so­gneux char­gé de la ra­con­ter. Et puis, dans l’im­pos­sible rôle-titre, la charmeuse et mus­cu­leuse Ka­tha­ri­na Lo­renz (pho­to) ba­laie nombre de nos ré­ti­cences. Celle dont Nietzsche di­sait « Elle est pers­pi­cace comme l’aigle et brave comme le lion » règne, en do­mi­na­trice, sur ce film sans guère de réa­li­sa­trice. Car ra­re­ment un per­son­nage aus­si fron­deur n’au­ra été trai­té avec au­tant de confor­misme. Un grand film sur Lou reste à faire, dont ce­lui-ci a du moins le mé­rite d’en éveiller l’es­poir.

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