Une ca­le­çon­nade

L’HÔ­TEL DU LIBRE-ÉCHANGE, DE GEORGES FEY­DEAU, CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE, PA­RIS-1ER, 01-44-58-15-15. JUS­QU’AU 25 JUILLET

L'Obs - - CRITIQUES - JACQUES NERSON

Contrai­re­ment à Jé­rôme Gar­cin (voir son « Hu­meur » de la se­maine, p. 89), le spec­tacle nous laisse in­sa­tis­faits. D’abord la pièce, la der­nière que Fey­deau ait écrite avec un auxi­liaire (Mau­rice Des­val­lières), abuse des qui­pro­quos. Et il faut re­mon­ter la mé­ca­nique pen­dant tout un acte avant qu’elle ne se mette en marche. Quant au pro­cé­dé de l’hô­tel de passe où les trop vo­lages ma­ris se re­trouvent nez à nez avec leur épouse et vice ver­sa, Fey­deau l’ex­ploite bien mieux à l’hô­tel Ul­ti­mus (« le Din­don ») ou au Mi­net Ga­lant (« la Puce à l’oreille »). D’autre part, la mise en scène d’Isa­belle Nan­ty ra­len­tit le dé­rou­le­ment de l’his­toire en l’al­lon­geant de chan­sons qui n’ont rien à y faire. Laurent La­fitte se dé­mène comme un beau diable mais ces ajouts font perdre au vau­de­ville son prin­ci­pal atout : le rythme. Res­tent les su­perbes dé­cors et cos­tumes de Ch­ris­tian La­croix (no­tam­ment le com­mis­saire de po­lice cam­pé par Bru­no Raf­fael­li, ins­pi­ré des gra­vures sur bois de Fé­lix Val­lot­ton). Reste sur­tout la gé­niale pres­ta­tion clow­nesque de Ch­ris­tian Hecq, ma­rotte vi­vante, dé­so­pi­lant en pro­vin­cial as­sez peu dé­gour­di pour prendre un hô­tel borgne pour un pa­lace. Dès qu’il entre en scène, il élec­trise le public. Dès qu’il en sort, le spec­tacle perd de la hau­teur. Comme si l’on s’en­fon­çait dans un trou d’air. Et, de nou­veau, on se de­mande si l’on n’a pas mieux à faire que d’as­sis­ter à cette ca­le­çon­nade.

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