LE PA­TRON

COM­MENT IL VA RÉ­FOR­MER LE TRA­VAIL

L'Obs - - LA UNE - Par SO­PHIE FAY et PAS­CAL RICHÉ

On les ap­pelle dé­jà « le club des cinq ». Les cinq spé­cia­listes du so­cial qui, dans l’ombre des ca­bi­nets, concoctent les or­don­nances du chan­tier prio­ri­taire du quin­quen­nat bal­bu­tiant. Ils viennent d’ho­ri­zons syn­di­caux ou po­li­tiques dif­fé­rents mais se jurent « par­fai­te­ment en phase ». Le pre­mier, An­toine Foucher, est un an­cien du Me­def. En pro­fond désac­cord avec la branche dure et Pierre Gat­taz, il avait quit­té l’an der­nier l’or­ga­ni­sa­tion. A 37 ans, il vient de lais­ser son poste de DRH chez Sch­nei­der pour di­ri­ger le ca­bi­net de la mi­nistre du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud.

Sur­prise : il a été re­joint par l’an­cien né­go­cia­teur de Force ou­vrière, Sté­phane Lar­dy, 51 ans. Il ya à peine un an que ce mi­li­tant so­cia­liste a quit­té la cen­trale de Jean-Claude Mailly. Il était un des suc­ces­seurs po­ten­tiels de ce der­nier, jus­qu’au jour où il a com­pris que sa ligne, celle qui plai­dait pour un ren­for­ce­ment des droits in­di­vi­duels plu­tôt que des droits col­lec­tifs (c’était dé­jà le thème de sa thèse de so­cio­lo­gie), était mi­no­ri­taire et ne lui per­met­tait pas de suc­cé­der au se­cré­taire gé­né­ral.

Lors de l’éla­bo­ra­tion des pré­cé­dentes lois so­ciales, Foucher et Lar­dy ont sou­vent guer­royé avec le troi­sième homme fort de l’équipe de né­go­cia­teurs du nou­veau pou­voir : le conseiller so­cial de l’Ely­sée, Pierre-An­dré Im­bert, 46 ans. C’est lui qui sur­veille­ra la ligne : le mi­nistre bis. Ex-di­rec­teur de ca­bi­net de My­riam El Khom­ri, et conseiller de ses pré­dé­ces­seurs, Michel Sa­pin et Fran­çois Reb­sa­men, Im­bert a com­men­cé bien à gauche : co-ini­tia­teur de « l’Ap­pel des éco­no­mistes pour sor­tir de la pen­sée unique », il na­vi­guait dans sa jeu­nesse dans les eaux d’At­tac.

Les deux der­niers viennent de la droite : Tho­mas Fa­tome, 42 ans, di­rec­teur ad­joint du ca­bi­net d’Edouard Philippe, et Franck Mo­rel, 48 ans, avo­cat, conseiller so­cial du Pre­mier mi­nistre, ont tous deux tra­vaillé avec Xavier Bertrand, comme An­toine Foucher. « C’est la bande du Conseil d’orien­ta­tion pour l’Em­ploi », note un syn­di­ca­liste : Lar­dy, Foucher, Im­bert et Mo­rel sié­geaient en ef­fet dans cette ins­tance.

Dans l’ombre, ces cinq hommes mettent en mu­sique la concer­ta­tion so­ciale préa­lable à l’adop­tion des or­don­nances. Ils le font avec mé­thode, dé­mi­nant ici, for­çant leur avan­tage là, ap­puyant sur les points faibles de chaque syn­di­cat, fai­sant

jouer leurs re­la­tions… Leur mis­sion : évi­ter les er­reurs et les troubles qui ont mar­qué la loi El Khom­ri.

Sou­ve­nez-vous, c’était il y a un an. Des cas­seurs s’en pre­naient à l’hô­pi­tal Ne­cker, les images si­dé­rantes tour­nant en boucle sur les chaînes d’in­fo. Les dé­pôts de car­bu­rant étaient blo­qués par la CGT. Non, la France ne vou­lait pas de cette nou­velle loi. Pas ques­tion d’as­sou­plir le droit du tra­vail, de fa­ci­li­ter les li­cen­cie­ments, de dé­cen­tra­li­ser les né­go­cia­tions dans les en­tre­prises… Les ma­ni­fes­tants n’étaient pas si nom­breux, mais dans les son­dages deux Fran­çais sur trois don­naient tort à Fran­çois Hol­lande, Ma­nuel Valls et My­riam El Khom­ri sur cette ré­forme in­com­pré­hen­sible, sor­tie aux for­ceps dans la der­nière an­née du quin­quen­nat.

Juin 2017, chan­ge­ment ra­di­cal d’am­biance. Em­ma­nuel Ma­cron a été élu avec 66% des voix alors même qu’il pré­pare une ré­forme bien plus mus­clée du mar­ché du tra­vail et qu’il en a an­non­cé haut et fort la phi­lo­so­phie « ré­vo­lu­tion­naire » : « Li­bé­rer les éner­gies au plus près du ter­rain », quitte à bous­cu­ler les syn­di­cats à son goût « trop po­li­tiques », qui ne sont « pas dé­ten­teurs de l’in­té­rêt gé­né­ral ». A la veille du week-end de vote pour les lé­gis­la­tives, on avait beau scru­ter les signes d’in­quié­tude des Fran­çais, les voix d’op­po­sants met­tant en garde contre une ré­forme trop li­bé­rale, pas as­sez pro­tec­trice pour les sa­la­riés, mais rien, hor­mis le re­jet en bloc des can­di­dats de La France in­sou­mise de Jean-Luc Mé­len­chon. Même le dé­pla­ce­ment du chef de l’Etat à Bel­lac (Haute-Vienne), où l’at­ten­daient, très en co­lère, les sa­la­riés de l’usine me­na­cée du sous-trai­tant au­to­mo­bile GM&S de La Sou­ter­raine, n’a ou­vert au­cun dé­bat.

Puis ce fut le raz de ma­rée ma­cro­niste du pre­mier tour des lé­gis­la­tives. Ain­si lé­gi­ti­mé, jus­qu’où Em­ma­nuel Ma­cron ira-t-il? La France va-t-elle faire, en un été, les ré­formes Hartz qui ont pris plu­sieurs an­nées à l’Al­le­magne et que Sar­ko­zy et Hol­lande ont juste es­quis­sées ?

C’est le pa­ri du pré­sident de la Ré­pu­blique. Il a lon­gue­ment re­çu les lea­ders syn­di­caux à l’Ely­sée le 23 mai. Ils sont sor­tis sa­tis­faits, forts d’une conces­sion es­sen­tielle sur le ca­len­drier : la pré­sen­ta­tion des or­don­nances au­ra lieu en sep­tembre et non dans la tor­peur du mois d’août, lors­qu’il est im­pos­sible de mo­bi­li­ser. Pour Jean-Claude Mailly, de Force ou­vrière, « c’est un signe po­si­tif : il fait le choix de la concer­ta­tion ». Fran­çois Hommeril, le pré­sident de la CGC, comme sai­si par la « ma­cron­ma­nia », s’est ache­té le même feutre bleu (Pa­per Mate Flair) que ce­lui avec le­quel le pré­sident prend des notes !

“ON VEUT TRAI­TER LES SA­LA­RIÉS COMME DES YAOURTS !” PHILIPPE MAR­TI­NEZ (CGT)

Em­ma­nuel Ma­cron au­rait donc pu les lais­ser sur cette bonne im­pres­sion et jouer la montre jus­qu’au se­cond tour des lé­gis­la­tives. Pas du tout. Il a lais­sé le pied sur l’ac­cé­lé­ra­teur : après l’Ely­sée, les par­te­naires so­ciaux ont fi­lé à Ma­ti­gnon ren­con­trer Edouard Philippe – qui « prend beau­coup de notes avec une belle écri­ture », note Fran­çois Hommeril, vi­si­ble­ment sen­sible à l’at­ten­tion re­çue – et Mu­riel Pé­ni­caud, la mi­nistre du Tra­vail, an­cienne DRH de Da­none et pa­tronne de Bu­si­ness France, la struc­ture de pro­mo­tion des in­ves­tis­se­ments étran­gers en France et des PME fran­çaises à l’ex­port. Puis, sans ra­len­tir, la mi­nistre du Tra­vail a re­çu de nou­veau les lea­ders syn­di­caux – Laurent Ber­ger est même ve­nu au mi­nis­tère, rue de Gre­nelle, un ven­dre­di à… 7 heures du ma­tin. Le 6 juin, elle a en­fin pré­sen­té la « feuille de route » de la ré­forme du mar­ché du tra­vail, quelques jours avant le pre­mier tour de l’élec­tion des dé­pu­tés.

Un gros risque ? « Nous avons fait un ré­tro­plan­ning et nous n’avions pas le choix si nous vou­lions ter­mi­ner cette ré­forme avant la fin de l’été », ex­plique-t-on aus­si au mi­nis­tère du Tra­vail. Pour­quoi al­ler si vite ? Em­ma­nuel Ma­cron a une convic­tion : sous l’ef­fet de la mon­dia­li­sa­tion et du nu­mé­rique, l’éco­no­mie a pro­fon­dé­ment chan­gé. Les en­tre­prises doivent s’adap­ter plus vite, se ré­or­ga­ni­ser sans cesse, et les sa­la­riés, dans ce nou­veau monde, au­ront des car­rières de plus en plus mor­ce­lées, mo­biles, pas­sant non seule­ment d’un mé­tier à un autre, mais d’un sta­tut à un autre (sa­la­rié, au­toen­tre­pre­neur…). « Il faut ab­so­lu­ment ré­con­ci­lier le pro­grès tech­nique, l’in­no­va­tion et la mo­bi­li­té so­ciale », ré­sume l’éco­no­miste Philippe Aghion, men­tor du pré­sident et grand ad­mi­ra­teur des mo­dèles scan­di­naves – da­nois ou sué­dois – qui pra­tiquent la « flexi­cu­ri­té », ce mé­lange de li­ber­té de li­cen­cier pour les en­tre­prises, de droits ro­bustes et d’ac­com­pa­gne­ment pour les chô­meurs et de plein-em­ploi (voir re­por­tage p. 38). Est-ce ce mo­dèle que le jeune pré­sident veut im­por­ter en France ? Ses conseillers font la moue. « La flexi­cu­ri­té, ça fleure les an­nées 2000! » lâche l’un d’eux. La France s’ins­pi­re­ra au­tant des Scan­di­naves que de l’Al­le­magne, des Pays-Bas, de l’Ita­lie ou de l’Es­pagne, in­ven­tant un nou­veau mo­dèle conti­nen­tal.

Con­crè­te­ment, pour les sa­la­riés, que chan­ge­ront les or­don­nances et les ré­formes que pré­pare l’équipe gou­ver­ne­men­tale ? Pour bien se faire com­prendre, la pé­tu­lante mi­nistre du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud, se lance, avec son dé­bit ra­pide et ses mots concrets, dans une mé­ta­phore à la Sté­phane Pla­za : « Vous ar­ri­vez dans une mai­son so­lide, mais qui a vieilli : vous gar­dez les fon­da­tions, vous ne tou­chez pas à la struc­ture, mais vous ré­no­vez com­plè­te­ment l’ar­chi­tec­ture in­té­rieure. Vous es­sayez de te­nir compte de l’avis de tous les ha­bi­tants, à condi­tion d’al­ler vite, et à la fin vous dé­ci­dez. » La mi­nistre a donc pro­gram­mé 48 réunions – six avec cha­cune des huit or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales et pa­tro­nales. Et dé­cou­pé les mois de juin et juillet en trois grands chan­tiers, qui don­ne­ront trois or­don­nances.

D’abord (du 9 au 23 juin), trou­ver « la bonne ar­ti­cu­la­tion des ni­veaux de né­go­cia­tion ». En clair, le gou­ver­ne­ment sou­haite que plus de dé­ci­sions soient prises au ni­veau de l’en­tre­prise, au plus près de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, et moins au ni­veau de la branche pro­fes­sion­nelle, ju­gée éloi­gnée des sa­la­riés et trop sou­vent an­ky­lo­sée. Au pas­sage, le gou­ver­ne­ment en­tend ré­duire le nombre de branches de 700 à 100.

Deuxième chan­tier (du 26 juin au 7 juillet) : « sim­pli­fier » le dia­logue so­cial, avec à l’ordre du jour la fu­sion d’« au moins trois » des quatre en­ti­tés re­pré­sen­ta­tives du per­son­nel – co­mi­té d’en­tre­prise; co­mi­té d’hy­giène, de sé­cu­ri­té et des condi­tions de tra­vail ; dé­lé­gués du per­son­nel ; dé­lé­gués syn­di­caux.

Le troi­sième (du 10 au 21 juillet) vise à « sé­cu­ri­ser les re­la­tions de tra­vail » entre sa­la­riés : elle pré­voi­ra de pla­fon­ner les dom­mages et in­té­rêts at­tri­bués par les prud’hommes en cas de li­cen­cie­ment abu­sif. Des trois, c’est le plus sen­sible. Le pré­sident est arc-bou­té sur la ré­forme des prud’hommes : il n’a pas pu la faire lors­qu’il était mi­nistre de l’Eco­no­mie, le Conseil consti­tu­tion­nel ayant re­to­qué le texte. Lors de la dis­cus­sion du pro­jet de loi El Khom­ri, c’est cette par­tie du texte, ré­in­tro­duite avec plu­sieurs autres me­sures sur les li­cen­cie­ments, qui avait mis le feu aux poudres. Mais Ma­cron s’obs­tine. Sa mi­nistre le sou­tient et ré­pète aux or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales que, lors­qu’elle était pa­tronne de Bu­si­ness France, elle a en­ten­du au moins mille en­tre­prises étran­gères lui par­ler des prud’hommes ! Ce qui a le don d’hor­ri­pi­ler ses in­ter­lo­cu­teurs. Pour Fran­çois Hommeril (CFE-CGC), « le pa­tro­nat a dix fois plus d’in­fluence sur eux que nous : tous les corps qui consti­tuent le pou­voir sont im­pré­gnés de néo­li­bé­ra­lisme, par le biais des think tanks, des dîners en ville. Ils ne rai­sonnent qu’en termes de flui­di­té des échanges et de maximisation des pro­fits, quitte à dé­truire le corps so­cial. » Un dis­cours qui re­joint ce­lui de la CGT : « On veut trai­ter les sa­la­riés comme des yaourts », dé­nonce Philippe Mar­ti­nez, son se­cré­taire gé­né­ral. Le gou­ver­ne­ment a

“LES NÉOLIBÉRAUX NE RAI­SONNENT QU’EN TERMES DE FLUI­DI­TÉ DES ÉCHANGES ET DE MAXIMISATION DES PRO­FITS, QUITTE À DÉ­TRUIRE LE CORPS SO­CIAL.” FRAN­ÇOIS HOMMERIL (CFE-CGC)

d’ores et dé­jà com­pris qu’il fau­drait cher­cher un com­pro­mis sur ce point et s’en laisse le temps.

Cô­té mé­thode, Em­ma­nuel Ma­cron a re­te­nu les le­çons de la loi El Khom­ri. « Et même au-de­là, re­marque-t-on dans l’en­tou­rage de Mu­riel Pé­ni­caud : du CPE [contrat pre­mière em­bauche, NDLR] en 2006 à l’échec de la né­go­cia­tion sur le dia­logue so­cial, nous avons ré­flé­chi aux rai­sons qui rendent si dif­fi­ciles toutes les ré­formes du Code du Tra­vail. » Le can­di­dat, sans trop de dé­tails certes, a donc an­non­cé dans son pro­gramme ce qu’il fe­rait ; le pré­sident en­gage une concer­ta­tion claire avec les par­te­naires so­ciaux. Sa mi­nistre du Tra­vail re­fuse de com­men­ter les do­cu­ments qui fuitent, alors que My­riam El Khom­ri et Ma­nuel Valls avaient trop tôt abat­tu leurs cartes, avant même d’ex­pli­quer le jeu aux syn­di­cats. Certes, comme le rap­pelle Jean-Claude Mailly (FO), « il ne s’agit pas d’une né­go­cia­tion » : ils ne si­gne­ront rien. Mais ils sont bel et bien consul­tés. « On nous a écou­tés sur le ca­len­drier. On nous a don­né une feuille de route, qui peut abou­tir à quelque chose d’in­ac­cep­table ou d’ac­cep­table, note-t-il. Je ne suis pas naïf mais je suis ou­vert. »

On sent aus­si la patte de la DRH, Mu­riel Pé­ni­caud, dans ces né­go­cia­tions. Elle ren­contre les or­ga­ni­sa­tions en bi­la­té­ral, ja­mais toutes en­semble. « C’est comme dans les né­go­cia­tions sa­la­riales en en­tre­prise : la di­rec­tion voit les syn­di­cats un par un et cha­cun res­sort avec sa su­cette », constate Fran­çois Hommeril, pas dupe. Fort de la lé­gi­ti­mi­té du suf­frage uni­ver­sel, l’exé­cu­tif oblige les syn­di­cats à s’as­seoir au­tour de la table. Ils au­raient trop gros à perdre s’ils re­fu­saient. Que de­vien­drait Force ou­vrière si les branches pro­fes­sion­nelles, où elle est sou­vent mieux re­pré­sen­tée que dans les en­tre­prises, ve­naient à perdre trop de pou­voir ? La CGT, qui a payé cher dans les der­nières élec­tions son blo­cage to­tal sur la loi El Khom­ri et son image de syn­di­cat non ré­for­miste, ne peut pas res­ter os­ten­si­ble­ment hors du jeu. La CFDT, qui est la plus en ac­cord avec l’es­prit de la ré­forme, doit veiller à ce que le cur­seur reste équi­li­bré entre sé­cu­ri­té et flexi­bi­li­té. Pour elle, ac­tuel­le­ment, le compte n’y est pas. « Per­sonne ne peut quit­ter le pla­teau, note Fran­çois Hommeril, le pre­mier qui sort perd. » Fins tac­ti­ciens, bien moins cas­sants que Ma­nuel Valls, Em­ma­nuel Ma­cron et Edouard Philippe ont eu l’élé­gance de ne pas abu­ser de leurs atouts, jus­qu’à main­te­nant. La mi­nistre du Tra­vail pro­met qu’il y au­ra « du grain à moudre », une for­mule qui, en lan­gage de DRH, si­gni­fie qu’on ne dis­cute pas pour rien !

Reste une grande in­con­nue : jus­qu’où ira la ré­no­va­tion de la mai­son? Un bon coup de pein­ture, quelques nou­veaux meubles, de belles pho­tos, qu’Em­ma­nuel Ma­cron mon­tre­ra fiè­re­ment à An­ge­la Mer­kel (en cam­pagne pour les lé­gis­la­tives du 24 sep­tembre) et à la Com­mis­sion eu­ro­péenne? Ou au contraire une vraie mu­ta­tion « sys­té­mique » – un mot en vogue en ma­cro­nie –, avec da­van­tage de sou­plesse au ni­veau de l’en­tre­prise pour la né­go­cia­tion des primes, de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, des re­struc­tu­ra­tions en pé­riodes dif­fi­ciles ou en pré­vi­sion d’un gros contrat ? « La com­pé­ti­ti­vi­té d’une en­tre­prise, ce n’est pas seule­ment le coût des fac­teurs de pro­duc­tion (ca­pi­tal-tra­vail), ana­lyse un proche du pré­sident, convain­cu qu’il faut al­ler le plus loin pos­sible, c’est aus­si l’in­no­va­tion, la cir­cu­la­tion de l’in­for­ma­tion, l’im­pli­ca­tion des gens dans leur tra­vail : qu’ils soient heu­reux d’al­ler tra­vailler ou pas, c’est sou­vent ce qui fait la dif­fé­rence. »

Si Em­ma­nuel Ma­cron se presse tant, c’est parce qu’il a, à tort ou à rai­son, la convic­tion que cette nou­velle donne per­met­tra de faire re­cu­ler le chô­mage : il veut en voir les ef­fets concrets avant la fin de son quin­quen­nat. Mais ce­la fait trente ans qu’on « flexi­bi­lise » le mar­ché du tra­vail (de­puis la mul­ti­pli­ca­tion des contrats courts jus­qu’à la rup­ture conven­tion­nelle…), sans ré­sul­tat pro­bant. Dé­cen­tra­li­ser la né­go­cia­tion col­lec­tive n’ira pas for­cé­ment vers la « sim­pli­fi­ca­tion » du sys­tème et, pour ce qui est du dia­logue so­cial, il y a tou­jours un risque à bous­cu­ler les équi­libres exis­tants. La jus­tesse du pa­ri d’Em­ma­nuel Ma­cron reste à dé­mon­trer.

“ON NOUS A DON­NÉ UNE FEUILLE DE ROUTE […]. JE NE SUIS PAS NAÏF MAIS JE SUIS OU­VERT.” JEAN-CLAUDE MAILLY (FO)

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