Ci­né­ma

« Alerte à Malibu » : Sea, sex and kitsch

L'Obs - - SOMMAIRE - Par FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER

A vos marques! Le lâ­cher de bim­bos est im­mi­nent. « Baywatch : Alerte à Malibu » re­vient. Cette fois-ci avec Dwayne John­son en ve­dette (un ex-cat­cheur sur­nom­mé « The Rock »), ac­com­pa­gné de créa­tures en maillot de bain qui se tré­moussent vi­gou­reu­se­ment, de pré­fé­rence mouillées. L’in­trigue est so­phis­ti­quée: Mitch, le gar­dien-chef de Malibu, fait équipe avec Matt, un ex-na­geur olym­pique vi­ré pour avoir vo­mi dans la pis­cine (oui), et un gar­çon jouf­flu (mais au grand coeur), Ron­nie. Le reste de la dream team est consti­tué de gon­zesses hau­te­ment dé­co­ra­tives qui courent au ra­len­ti. Pour com­battre les sombres des­seins (non, le jeu de mots n’est pas in­ten­tion­nel) d’une tra­fi­quante de drogue, les hé­ros de « Baywatch » vivent des pé­ri­pé­ties in-cro-ya-bles. Mitch se coince le ser­vice trois pièces dans une chaise longue (aïe), il y a un yacht qui brûle, une pour­suite en Jet-Ski et, l’ai-je pré­ci­sé ?, des gis­quettes tous azi­muts. C’est con, c’est beau, c’est kitsch. J’adore.

Flash-back : dans les an­nées 1960, au grand ef­froi des bien-pen­sants, le ci­né­ma-plage est in­ven­té. « Sous le ciel bleu d’Ha­waï » (1961), « Beach Par­ty » (1963), « Opé­ra­tion Bi­ki­ni » (1963) donnent le top dé­part. El­vis Pres­ley d’un cô­té et de l’autre le couple Fran­kie Ava­lon-An­nette Fu­ni­cel­lo fa­vo­risent un nou­veau genre, mé­lange de chan­sons, de plai­san­te­ries in­of­fen­sives et d’érec­tions fur­tives (chez les spec­ta­teurs). Le lisse Fran­kie porte un maillot rayé avec une cein­ture; l’in­si­pide An­nette a un bi­ki­ni en laine des Py­ré­nées dont la cu­lotte lui re­monte jus­qu’aux ais­selles. C’est aus­si sexy qu’un pain de mie au lait caillé. Mais les ca­thos hurlent à la fin de la ci­vi­li­sa­tion (comme d’hab) ; les com­mu­nistes se bornent, plus mo­des­te­ment, à re­mar­quer que « le bi­ki­ni at­tise la lutte des classes ». Suite de l’his­toire : le 23 avril 1989, la chaîne NBC dif­fuse le pre­mier épi­sode de « Baywatch ». C’est un flop.

La star du truc, Da­vid Has­sel­hoff, re­prend le concept et le syn­dique (vente à toutes les chaînes) : triomphe. Dans le monde en­tier, on ad­mire Yas­mine Bleeth, Alexan­dra Paul, Car­men Elec­tra, Eri­ka Ele­niak, Don­na d’Er­ri­co, Gee­na Lee No­lin et Mit­zi Kap­ture (ma fa­vo­rite), en com­pa­gnie de – who else ? – Pa­me­la An­der­son, la seule, l’unique, la vraie. Il y a des re­quins, des trem­ble­ments de terre, des noyades, des tsu­na­mis, des mé­duses. Chaque épi­sode coûte 1,5 mil­lion de dol­lars, est dis­tri­bué dans 148 pays, dou­blé en 44 langues, in­ter­dit dans les pays arabes (mais ven­du au noir en Ara­bie saou­dite), cen­su­ré en Ir­lande. Bill Clin­ton adore. La prin­cesse Dia­na aus­si. Le box-of­fice s’en­flamme. « Alerte à Malibu » est une cash ma­chine.

Il y au­ra trois films « Baywatch » (1995, 1998 et 2003), tous plus bas de pla­fond les uns que les autres. En 2004, c’est fi­ni. La mode du mo­no­ki­ni sur les plages a tué la pou­poule aux seins d’or. Les an­nées passent, Pa­me­la An­der­son se met à dé­fendre le can­na­bis, Ju­lian As­sange et les ba­leines. La fran­chise « Baywatch » a-t-elle en­core du jus? Le nou­veau film re­prend la vieille for­mule : sex, sea and sun. Le réa­li­sa­teur, Seth Gor­don (in­con­nu), y croit : il en­gage Dwayne John­son et un qua­tuor de fran­gines qui peuvent prendre une douche sans se mouiller les pieds : Alexan­dra Dad­da­rio (on­du­la­tions : 96-66-91); Kel­ly Rohr­bach (89-64-91); Il­fe­nesh Ha­de­ra (91-69-97) et Priyan­ka Cho­pra (86-61-86). « Baywatch » ver­sion 2017 est donc un must pour tous les ama­teurs de ci­né­ma – par­don, de ci­noche – avec ses dia­logues im­mor­tels. Exemple, la fille dit : « Re­garde-moi dans les yeux. » Le maître-na­geur : « Je peux pas. Sont trop près de tes dou­dounes. » « Alerte à Malibu », ce sont 242 épi­sodes té­lé de 1989 à 2004, avec Da­vid Has­sel­hoff et Pa­me­la An­der­son en ve­dettes ; de nom­breuses sé­ries ap­pa­ren­tées : « Sun­set Beach », « Pa­ci­fic Blue », « Sous le so­leil », etc. ; et trois « Baywatch » en vi­déo.

La bri­gade de sau­ve­tage de Malibu Beach, ver­sion 2017.

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