10 choses à sa­voir sur…

Je­re­my Cor­byn

L'Obs - - SOMMAIRE - SA­RAH HALIFA LE­GRAND

1 “MÉ­LEN­CHON BRI­TAN­NIQUE” Les Amé­ri­cains voient en ce vieux mi­li­tant so­cia­liste un double de Ber­nie San­ders. Les Grecs le com­parent à Aléxis Tsí­pras, les Es­pa­gnols à Pa­blo Igle­sias. Pour nous, c’est le Mé­len­chon bri­tan­nique. Il a d’ailleurs co­pié le jeu vi­déo Fis­cal Kom­bat, lan­cé par La France in­sou­mise. Dans Cor­byn Run, il pour­chasse des ban­quiers avec l’aide de ci­toyens pré­caires ! 2 OUT­SI­DER Par trois fois, il a été don­né per­dant et a dé­joué les pro­nos­tics. A l’été 2015, il créait la sur­prise en ob­te­nant suf­fi­sam­ment de par­rai­nages pour re­pré­sen­ter l’aile gauche du par­ti à la pri­maire tra­vailliste. Dans la fou­lée, il coif­fait au po­teau tous les fa­vo­ris en rem­por­tant l’in­ves­ti­ture du La­bour. Le voi­là main­te­nant qui réa­lise une stu­pé­fiante « re­mon­ta­da » : au lieu du dé­sastre an­non­cé, le La­bour a ga­gné 29 sièges pour un to­tal de 261 élus, tan­dis que le Par­ti conser­va­teur en a per­du 12 pour ne plus comp­ter que 318 dé­pu­tés. 3 CORBYNMANIA Ap­pe­lez-le « Jezz ». A 68 ans, ce vieux sage al­ter­mon­dia­liste dé­nué de cha­risme fait un car­ton chez les jeunes. C’est leur mo­bi­li­sa­tion mas­sive qui per­met au La­bour de pa­ra­der avec son de­mi-mil­lion d’adhé­rents et de tu­toyer les to­ries. Le 8 juin, le taux de par­ti­ci­pa­tion des jeunes a at­teint 72%, un re­cord. Et les moins de 35 ans ont vo­té à 60% pour le La­bour, se­lon un son­dage. 4 ISLINGTON NORTH Cor­byn est élu de­puis trente-quatre ans dans cette cir­cons­crip­tion de Londres, connue pour avoir don­né à l’An­gle­terre d’illustres per­son­nages : George Or­well, Char­lie Cha­plin ou To­ny Blair. Il y a en­core amé­lio­ré son score le 8 juin, avec 40 086 voix, très loin de­vant les conser­va­teurs (6 871 voix). A croire qu’il convainc au­tant les 41% d’ha­bi­tants qui ha­bitent dans des lo­ge­ments so­ciaux, que les 31% de riches pro­prié­taires. 5 RÉ­SI­LIENCE C’est un sur­vi­vant. Elu mas­si­ve­ment par les mi­li­tants en 2015, il est ce­pen­dant contes­té par l’im­mense ma­jo­ri­té des dé­pu­tés tra­vaillistes. Ces der­niers le jugent trop à gauche et cherchent à se dé­bar­ras­ser de lui. Ils ont même ten­té de le rem­pla­cer, après le Brexit, en con­vo­quant une nou­velle élec­tion pour le lea­der­ship du La­bour… qu’il a de nou­veau ga­gnée. Avec le score que le par­ti vient d’en­re­gis­trer, le meilleur de­puis To­ny Blair, Cor­byn vient de leur mon­trer qu’il a l’étoffe d’un chef. 6 BREXIT Peu ba­vard sur ce su­jet qui di­vise son élec­to­rat, il a fait une cam­pagne ex­trê­me­ment tiède contre la sor­tie de l’UE, qui l’a lar­ge­ment dé­cré­di­bi­li­sé. Mais face à la rai­deur de la Pre­mière mi­nistre The­re­sa May, qui n’ex­clut pas un hard Brexit, la sor­tie du mar­ché com­mun pour pou­voir contrô­ler l’im­mi­gra­tion, Cor­byn prône un Brexit plus soft, puis­qu’il pri­vi­lé­gie le main­tien de l’ac­cès au mar­ché unique pour « pro­té­ger les em­plois ». 7 LIVRE ROUGE « For the Ma­ny, Not the Few » (« pour la masse, pas l’élite ») : c’est le titre du pe­tit livre rouge du La­bour. Il y pro­met la sup­pres­sion des frais de sco­la­ri­té pour l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, l’aug­men­ta­tion des in­ves­tis­se­ments dans les in­fra­struc­tures, la na­tio­na­li­sa­tion des che­mins de fer, de la poste et de l’éner­gie, l’aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum à 10 livres l’heure… Bref, Cor­byn met le cap à gauche toute. 8 PACIFISME La chan­son pré­fé­rée de ce pa­ci­fiste pro­pa­les­ti­nien qui veut en fi­nir avec le nu­cléaire et sor­tir de l’Otan, c’est « Ima­gine » de John Len­non. Ses pa­rents, eux-mêmes, s’étaient ren­con­trés lors d’une mo­bi­li­sa­tion contre la guerre d’Es­pagne. Il conserve, dans son bu­reau à la Chambre des com­munes, les dossiers de qua­rante ans de com­bats : Viet­nam, Stop the War, (une or­ga­ni­sa­tion qu’il a fon­dée), guerre d’Irak... 9 MO­MEN­TUM Il dis­pose d’une re­dou­table ar­mée : le mou­ve­ment Mo­men­tum, créé pour le sou­te­nir, est fort de 23 000 mi­li­tants et 200 000 sym­pa­thi­sants, qui battent le pa­vé, font du por­teà-porte et inondent les ré­seaux so­ciaux pour leur hé­ros. Les ca­ciques du La­bour dé­testent ce « par­ti dans le par­ti » qu’ils ac­cusent d’être un re­paire d’« en­tristes trots­kistes ». 10 PRE­MIER MI­NISTRE Il com­mence à en avoir le look, ayant tro­qué ses vestes en tweed beiges pour le cos­tume sombre. A croire qu’il a sui­vi le conseil de l’exP­re­mier mi­nistre Da­vid Ca­me­ron qui lui avait lan­cé avec mé­pris : « Por­tez un cos­tume digne de ce nom, nouez votre cra­vate, et chan­tez l’hymne na­tio­nal. » En­core un ef­fort, et le re­belle qui avait cho­qué l’An­gle­terre en re­fu­sant d’en­ton­ner « God Save the Queen » se­ra bon pour le 10 Dow­ning Street.

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