Droite

Le Puy du Fou, Mecque plus ul­tra

L'Obs - - SOMMAIRE - Par MAËL THIER­RY

Pour le 40e an­ni­ver­saire de son parc de loi­sirs,

Philippe de Villiers a vu les choses en grand. His­toire d’une aven­ture cultu­relle de­ve­nue un ren­dez-vous po­li­tique in­con­tour­nable de la droite iden­ti­taire, mais pas seule­ment…

Ils ont tous ré­ser­vé leur soi­rée : le po­lé­miste Eric Zem­mour, le pa­tron de la ré­dac­tion de l’heb­do­ma­daire « Va­leurs ac­tuelles », Geof­froy Le­jeune, le jour­na­liste et écri­vain An­dré Ber­coff ou en­core Max Guaz­zi­ni, l’an­cien di­ri­geant du Stade fran­çais. A quelques jours de l’évé­ne­ment, Philippe de Villiers es­pé­rait en­core la pré­sence d’in­vi­tés de marque: Em­ma­nuel et Bri­gitte Ma­cron. Le nou­veau pré­sident n’avait-il pas dé­mar­ré ici sa cam­pagne par une vi­site qui avait beau­coup fait ja­ser l’été der­nier ?

Pour la qua­ran­tième édi­tion de son Puy du Fou, ce 16 juin, la fa­mille Villiers a vu les choses en grand : sur­vol par la pa­trouille de France, or­chestre phil­har­mo­nique, cock­tail dans la cour du châ­teau et re­pré­sen­ta­tion de la Ci­nés­cé­nie, cette fresque his­to­rique si­gnée de sa main sur une fa­mille de Ven­déens, mo­bi­li­sant 2500 bé­né­voles sur scène. « Avant, le Puy du Fou était per­çu comme un truc un peu rin­gard, c’est de­ve­nu “ban­kable”, ra­conte l’une des per­sonnes conviées. Cette soi­rée, c’est “the place to be” ! Le ren­dez-vous de tous les ré­acs et as­si­mi­lés. » Mais pas seule­ment: 14000 spec­ta­teurs sont at­ten­dus.

Of­fi­ciel­le­ment, au Puy du Fou, on ne fait pas de po­li­tique. Philippe de Villiers laisse à l’en­trée du parc sa cas­quette d’an­cien can­di­dat à la pré­si­den­tielle, pour­fen­deur hier de Maas­tricht, au­jourd’hui de « l’is­la­mi­sa­tion » de la France. Dans la bou­tique de sou­ve­nirs em­plie d’ar­mures mé­dié­vales et d’es­sais sur les chouans, nulle trace des « Mos­quées de Rois­sy » ou de son der­nier livre, « Les cloches son­ne­ront-elles en­core de­main ? ». Ici, le vi­comte est cen­sé n’avoir qu’une seule pa­no­plie, celle de l’en­tre­pre­neur cultu­rel qu’il a tou­jours été. Du « sal­tim­banque » qui eut en 1978 l’idée de ce spec­tacle au mi­lieu des ruines d’un châ­teau, alors qu’il étu­diait à l’ENA. Son en­trée en po­li­tique comme se­cré­taire d’Etat de Chi­rac en 1986 se se­rait faite un peu par ha­sard, a-t-il tou­jours as­su­ré. C’est ou­blier que cinq ans au­pa­ra­vant, alors sous-pré­fet de Ven­dôme, il s’était fait re­mar­quer en dé­mis­sion­nant avec fra­cas pour ne pas ser­vir Fran­çois Mit­ter­rand. Mais, des an­nées plus tard, quand il se di­ra dé­goû­té par la po­li­tique, il re­vien­dra na­tu­rel­le­ment à ses pre­mières amours.

Le Puy du Fou? Il s’y ré­fère en per­ma­nence. Etre can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2017, comme cer­tains l’en­vi­sa­geaient pour lui ? Pas ques­tion de mettre en pé­ril l’ave­nir de son parc ! Sou­te­nir Fillon ? Pas ques­tion non plus! « Pen­dant la cam­pagne, il me di­sait : si ja­mais Fillon gagne, il va aug­men­ter la TVA et ça va tuer le Puy du Fou », ra­conte un proche. La po­li­tique, Ni­co­las de Villiers, 37 ans, fils de son père et pré­sident de l’as­so­cia­tion qui gère le lieu, a lui aus­si ap­pris à s’en mé­fier: « Beau­coup de Fran­çais ont as­so­cié le Puy du Fou aux ca­ri­ca­tures qui étaient faites de Philippe de Villiers. Nous avons, tel le sau­mon, re­mon­té le cou­rant. » Grâce, no­tam­ment, à cet « os­car » du meilleur parc d’at­trac­tions dé­cer­né à Hol­ly­wood en 2012, quinze jours après ce­lui de Jean Du­jar­din, « dans le même en­droit, avec les mêmes smo­kings », dit-il.

Philippe de Villiers a pour­tant tou­jours fait de la po­li­tique au Puy du Fou. Le parc est sa réus­site (2,2 mil­lions de vi­si­teurs an­nuels, 1 900 em­plois di­rects, sai­son­niers com­pris), son trem­plin et sa vi­trine. « C’est une arme pour lui : il in­vite les gens qu’il veut sé­duire. Comme les spec­tacles sont très im­pres­sion­nants, on res­sort ébloui en se di­sant que c’est un gé­nie », ra­conte son ami Paul-Ma­rie Coû­teaux. Ce der­nier se sou­vient de l’époque où le dé­pu­té eu­ro­péen Villiers vou­lait élar­gir son groupe de sou­ve­rai­nistes à Bruxelles et in­vi­tait des élus ir­lan­dais, po­lo­nais ou italiens à une vi­site en Ven­dée pour se les at­ta­cher. « Il a son ri­tuel quand il in­vite à déjeuner, ra­conte un de ceux qui sont pas­sés à sa table. Il a sa pe­tite ter­rasse ca­chée der­rière une pa­lis­sade à cô­té du village xviiie, il se fait ser­vir par des femmes dé­gui­sées en ser­vantes du Moyen Age, le re­pas est d’un très bon ni­veau. »

Le Puy a éga­le­ment ser­vi de vi­vier pour l’an­cien pré­sident du Mou­ve­ment pour la France. Vé­ro­nique Besse, la dé­pu­tée vil­lié­riste sor­tante du coin, était bé­né­vole au parc à 12 ans. Un autre a fait du che­min: Bru­no Re­tailleau, ca­va­lier à ses dé­buts, re­pé­ré par Villiers à 17 ans. Il le nom­me­ra di­rec­teur de la ra­dio lo­cale Alouette et met­teur en scène de la Ci­nés­cé­nie… « Ad­joint », pré­cise-t-on au­jourd’hui au parc. Car l’his­toire entre le « fou du Puy » et le « dis­cret du bo­cage », leurs sur­noms, s’est mal ter­mi­née: le se­cond s’est éman­ci­pé du pre­mier et a même vou­lu prendre la tête de l’as­so­cia­tion gé­rant les lieux. « Une ten­ta­tive de dé­sta­bi­li­sa­tion à la Iz­no­goud quand mon père a eu son cancer », lâche au­jourd’hui Ni­co­las de Villiers, qui as­sure que l’af­faire s’est sol­dée, en 2009, par un vote sans ap­pel contre le « put­schiste »: « Pas une seule voix sur vingt-cinq. » De son cô­té, l’ex-lieu­te­nant de Fillon, qui avait dé­non­cé la « lo­gique fa­mi­liale »

La vi­site du mi­nistre Em­ma­nuel Ma­cron, le 19 août 2016, af­fir­mant qu’il n’est « pas so­cia­liste », avait créé la po­lé­mique à gauche.

Philippe de Villiers aux ré­pé­ti­tions du spec­tacle du Puy du Fou, qu’il a créé avec des bé­né­voles, en 1978. Le Pre­mier mi­nistre Jacques Chi­rac, sur les terres de son se­cré­taire d’Etat à la Culture, en 1987. En 2002, avec Bru­no Re­tailleau (au centre), ex-met­teur en scène du spec­tacle, et Jean-Ma­rie De­la­haye, an­cien pré­sident de l’as­so­cia­tion du Puy du Fou.

Le Pre­mier mi­nistre Jean-Pierre Raf­fa­rin, au 25e an­ni­ver­saire du parc, en juillet 2002.

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