QUEL SE­RA VOTRE SA­LAIRE ?

L'Obs - - EN COUVERTURE -

La ques­tion des sa­laires et primes n’est ja­mais men­tion­née ex­pli­ci­te­ment dans le dis­cours of­fi­ciel. Pour­tant, c’est le gros en­jeu de la « nou­velle ar­ti­cu­la­tion » entre ac­cords de branche et ac­cords d’en­tre­prise (la fa­meuse « in­ver­sion de la hié­rar­chie des normes »). Pour « être plus souple, plus spé­ci­fique, plus concret, plus adap­té aux at­tentes des sa­la­riés et des en­tre­prises », Mu­riel Pé­ni­caud juge qu’il faut lais­ser les par­te­naires so­ciaux pro­duire la « norme de tra­vail de de­main », …« et d’abord dans les en­tre­prises ». Ce­la fait des an­nées que ce su­jet est en dé­bat. Nor­ma­le­ment, l’ac­cord de branche s’im­pose aux en­tre­prises : si elles s’en écartent, ce ne peut être que pour amé­lio­rer ce qu’il pré­voit pour les tra­vailleurs. Mais en 2004, ce prin­cipe a été une pre­mière fois re­mis en cause. A l’ex­cep­tion de quelques grands do­maines (sa­laires mi­ni­ma, clas­si­fi­ca­tions, etc.), on a lais­sé les en­tre­prises prendre la main. Puis la loi El Khom­ri a pré­vu que, sur les ques­tions de du­rée du tra­vail, de re­pos et de congés, l’ac­cord d’en­tre­prise l'em­por­te­rait sur l’ac­cord de branche. Em­ma­nuel Ma­cron veut en­core al­ler plus loin. Or quel est l’autre grand do­maine qui reste en­core dans la sphère de l’ac­cord de branche ? Les ré­mu­né­ra­tions.

A écou­ter cer­tains éco­no­mistes, le but de la ré­forme est clai­re­ment de ré­duire les coûts sa­la­riaux, sur­tout dans les en­tre­prises fra­gi­li­sées par la concur­rence in­ter­na­tio­nale. Pa­trick Ar­tus, de Na­tixis, ré­sume d’une for­mule le pro­blème cen­tral de la France : « Nous avons des coûts de pro­duc­tion al­le­mands mais un ni­veau de gamme es­pa­gnol. » Com­ment cor­ri­ger ce­la ? Soit en mon­tant en gamme (for­ma­tion, in­no­va­tion, nou­velles or­ga­ni­sa­tions…), soit en ré­dui­sant les coûts de pro­duc­tion, es­ti­més à 20% au-des­sus de ceux des Es­pa­gnols.

Les syn­di­cats voient le piège. Ce­lui d’une concur­rence so­ciale « par le bas » entre les en­tre­prises, cha­cune cher­chant à com­pri­mer ses sa­laires pour pou­voir bais­ser ses prix. La branche est donc, se­lon eux, l’as­su­rance d’un cadre plus col­lec­tif et pro­tec­teur. Ils re­fusent en par­ti­cu­lier que la grille des ré­mu­né­ra­tions en fonc­tion des qua­li­fi­ca­tions soit né­go­ciable au ni­veau de l’en­tre­prise. Sur ce point, ils semblent avoir été en­ten­dus. En re­vanche, le gou­ver­ne­ment a bien l’in­ten­tion de dé­cen­tra­li­ser vers l’en­tre­prise la ques­tion des primes (re­pas, an­cien­ne­té, gardes d’en­fant…).

Dans un autre chan­tier à ve­nir, Em­ma­nuel Ma­cron en­tend sup­pri­mer les co­ti­sa­tions sa­la­riales qui financent l’as­su­rance-chô­mage et l’as­su­rance-ma­la­die, et rem­pla­cer ces re­cettes par une aug­men­ta­tion de 1,7 point de la CSG (qui pèse certes sur les sa­la­riés, mais aus­si sur les épar­gnants, les re­trai­tés…). Bonne nou­velle pour les tra­vailleurs ? Sans doute. Ce trans­fert de re­cettes se tra­dui­ra par une aug­men­ta­tion du sa­laire net de 1,5%. Soit, pour un sa­laire de 3 000 eu­ros, 45 eu­ros. Mais les en­tre­prises risquent de pro­fi­ter de la si­tua­tion pour ge­ler les aug­men­ta­tions.

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