De l’éthique dans l’épargne

La ren­ta­bi­li­té n’est pas un mo­dèle unique. Et de plus en plus de Fran­çais cherchent à don­ner du sens à leur argent, grâce à l’in­ves­tis­se­ment so­li­daire ou so­cia­le­ment res­pon­sable

L'Obs - - SPÉCIAL PLACEMENTS - LAU­RENCE OL­LI­VIER

Cer­tains lisent de près les éti­quettes. Et veulent sa­voir ce qu’ils mettent dans leur as­siette, les in­gré­dients uti­li­sés, les condi­tions d’éle­vage… Idem pour les pro­duits cos­mé­tiques, d’en­tre­tien, les vê­te­ments… Alors pour­quoi ne pas adop­ter la même dé­marche pour les pla­ce­ments ? Il ne tient qu’à l’épar­gnant de re­prendre la main sur son argent et de tour­ner le dos à une com­mu­ni­ca­tion fi­nan­cière ex­clu­si­ve­ment fo­ca­li­sée sur le ren­de­ment. Com­ment? En sé­lec­tion­nant les bons sup­ports en fonc­tion de sa sen­si­bi­li­té.

SOU­TE­NIR L’ÉCO­NO­MIE SO­CIALE

Vous vou­lez que votre épargne serve à fi­nan­cer des en­tre­prises d’in­ser­tion, l’agri­cul­ture bio, des

ini­tia­tives de re­cy­clage, d’éner­gie re­nou­ve­lable, qu’elle per­mette de lo­ger les plus dé­mu­nis…? Il y a pour ce­la deux op­tions prin­ci­pales à suivre.

Tout d’abord les fonds so­li­daires. Ils doivent im­pé­ra­ti­ve­ment fi­nan­cer entre 5 et 10% de pro­jets d’uti­li­té so­ciale et/ou en­vi­ron­ne­men­tale. Le reste de l’épargne (soit 90 ou 95%) est donc pla­cé de ma­nière clas­sique ou sur des ISR, in­ves­tis­se­ments so­cia­le­ment res­pon­sables (voir en­ca­dré). « C’est à la fois peu et beau­coup, com­mente So­phie des Ma­ze­ry, di­rec­trice de Fi­nan­sol, as­so­cia­tion ayant vo­ca­tion à pro­mou­voir la so­li­da­ri­té dans l’épargne. Mais ce­la a no­tam­ment per­mis de créer 49000 em­plois, en 2016, ce qui n’est pas rien ! »

LA SOUS­CRIP­TION AU CA­PI­TAL DE SO­CIÉ­TÉS

En­suite, vous pou­vez sous­crire au ca­pi­tal de so­cié­tés. Vous avez l’em­bar­ras du choix pour fi­nan­cer des en­tre­prises ou des co­opé­ra­tives agis­sant dans le do­maine so­cial ou en­vi­ron­ne­men­tal. Il est par exemple pos­sible d’in­ves­tir dans des fon­cières spé­cia­li­sées dans le lo­ge­ment des per­sonnes dé­fa­vo­ri­sées, comme celle d’Ha­bi­tat et Hu­ma­nisme, de de­ve­nir so­cié­taire de la Nef, une co­opé­ra­tive fi­nan­cière, ou de sou­te­nir di­rec­te­ment des en­tre­prises en­ga­gées, via des pla­te­formes de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif telles que Pret­de­chez­moi. co­op, Spear.fr ou 1001pact.com. En­fin, ces sous­crip­tions vous ouvrent droit à une dé­duc­tion d’im­pôt sur le re­ve­nu de 18%, pla­fon­née à 50 000 eu­ros, ou sont dé­duc­tibles à hau­teur de 50% de l’im­pôt de so­li­da­ri­té sur la for­tune (ISF), dans la li­mite de 45 000 eu­ros. En contre­par­tie, les parts doivent être conser­vées au moins cinq ans et la ré­mu­né­ra­tion est faible, quand elle n’est pas nulle !

PAR­TA­GER SES GAINS

Cette épargne de par­tage, comme son nom l’in­dique, per­met de re­non­cer à tout ou par­tie de ses gains (25% au mi­ni­mum) au pro­fit d’une ou plu­sieurs as­so­cia­tions par­mi celles pro­po­sées par la banque. « C’est le cas du plus an­cien fonds de par­tage, Faim et dé­ve­lop­pe­ment, com­mer­cia­li­sé par le Cré­dit co­opé­ra­tif, rap­pelle Imad Ta­bet, di­rec­teur du mar­ché des par­ti­cu­liers de cette banque. Il per­met de re­dis­tri­buer les re­ve­nus per­çus à des as­so­cia­tions agis­sant pour le dé­ve­lop­pe­ment des pays les plus pauvres. » De­puis, le Cré­dit co­opé­ra­tif a éten­du cette op­tion de par­tage à tous ses li­vrets ré­gle­men­tés : li­vret A, li­vret de Dé­ve­lop­pe­ment du­rable (LDD), li­vret Jeunes… Et à son li­vret Agir, ré­mu­né­ré à 1% brut. Une ini­tia­tive que l’on re­trouve éga­le­ment dans d’autres en­seignes qui dis­tri­buent ce type de li­vret dit « so­li­daire ». Ci­tons no­tam­ment le li­vret de la Nef, le li­vret Epargne Au­tre­ment de la Maif, le li­vret Co­de­vair des Banques po­pu­laires et le li­vret d’Epargne pour les Autres du CIC. Pour ceux qui veulent al­ler en­core plus loin, le li­vret de la Nef ga­ran­tit aus­si que les éco­no­mies « financent uni­que­ment des pro­jets ayant une plus-va­lue so­ciale, éco­lo­gique et/ou cultu­relle », pré­cise Léo Mi­ran­da, di­rec­teur du mar­ke­ting de la Nef.

PE­SER SUR LE COM­POR­TE­MENT DES EN­TRE­PRISES

L’idée de l’in­ves­tis­se­ment so­cia­le­ment res­pon­sable (ISR) est d’in­té­grer des cri­tères ex­tra­fi­nan­ciers dans le choix des en­tre­prises « tra­di­tion­nelles » qui vont com­po­ser un fonds. « En clair, outre leur per­for­mance fi­nan­cière, on prend aus­si en consi­dé­ra­tion des élé­ments comme leur im­pact car­bone ou le res­pect des droits de l’homme », ré­sume Au­ré­lie Baud­huin, res­pon­sable de la re­cherche ISR chez Mees­chaert As­set Ma­na­ge­ment. Avec les fonds ISR, pas ques­tion de choi­sir entre éthique et ren­ta­bi­li­té. Les deux sont au ren­dez­vous. Et bonne nou­velle pour les épar­gnants, un la­bel of­fi­ciel per­met d’iden­ti­fier ces fonds (liste sur le site Le­la­be­lisr.fr).

« Mal­gré tout, pas d’an­gé­lisme, met en garde Fouad Ben­sed­dik, chez Vi­geo Ei­ris, agence de no­ta­tion ex­tra­fi­nan­cière. Les notes ob­te­nues par les en­tre­prises ne sont pas pu­bliques et chaque ges­tion­naire uti­lise ses propres pon­dé­ra­tions. » De plus, ces fonds brassent large et sont sou­vent in­ves­tis dans de grands groupes co­tés, dont les do­maines d’in­ter­ven­tion ne sont pas tou­jours co­hé­rents avec l’idée que l’on peut se faire d’une ac­ti­vi­té so­cia­le­ment et en­vi­ron­ne­men­tale res­pon­sable ! Si vous vou­lez que vos pla­ce­ments aient plus d’im­pact à cet égard, mieux vaut mi­ser sur l’ISR de « convic­tion », une ap­pel­la­tion créée par No­ve­thic, pion­nier de la la­bel­li­sa­tion des fonds ISR. « Pour sé­lec­tion­ner le pro­duit qui vous convient, vous pou­vez uti­li­ser le mo­teur de re­cherche du site No­ve­thic.fr », si­gnale sa di­rec­trice gé­né­rale, Anne­Ca­the­rine Hus­son­Traore.

En­fin, les fonds thé­ma­tiques consti­tuent une autre op­tion. « Eau, ali­men­ta­tion, ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, so­cial… à cha­cun de choi­sir en fonc­tion de sa sen­si­bi­li­té », in­dique Béa­trice Verger, res­pon­sable de l’offre ISR chez BNP Pa­ri­bas In­vest­ment Part­ners. Autre piste pour trier le bon grain de l’ivraie : le site de Fi­nan­sol (Fi­nan­sol.org). Mais at­ten­tion, dans tous les cas, so­li­daire ne veut pas dire sans risque, sur­tout si l’es­sen­tiel du fonds est in­ves­ti en ac­tions !

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