Rien sur l’élec­tion (7)

Où l’on voit des aven­tu­riers se ra­ser le crâne par dé­fi

L'Obs - - SPÉCIAL PLACEMENTS - D.D.T.

Point ne su t d’avoir des che­veux, en­core faut-il les gar­der. Dès qu’il quitte l’ado­les­cence, le gar­çon s’en­tend don­ner des conseils pour leur conser­va­tion. La ma­tu­ri­té pas­sée et en­tré dans la vieillesse, le chro­ni­queur, che­ve­lu à la va comme c’est de­ve­nu, et re­gar­dant ses ca­ma­rades du même âge, peut confier qu’il est in­utile de prendre des pré­cau­tions. Ce qui doit tom­ber tom­be­ra. Plus ou moins tôt, en plus ou moins grand nombre, mais c’est inexo­rable. Ne pas s’en faire pour ça. Une che­ve­lure abon­dante n’est pas da­van­tage gage de bon­heur qu’une autre moins four­nie. On voit des aven­tu­riers se ra­ser le crâne par dé­fi, ou par pré­cau­tion, et fort bien s’en trou­ver. L’écri­vain Ga­briel Matzne , le pro­fes­seur Cho­ron, pour prendre deux exemples qui viennent im­mé­dia­te­ment à l’es­prit du lec­teur, ont as­sis en par­tie là-des­sus leurs suc­cès mais l’ex­pé­rience d’au­trui ne sert de rien. Un de mes amis par­mi les plus jeunes, mo­qué par une jeune femme pour lais­ser des che­veux sur leur oreiller, s’in­quiète de les perdre tous et me de­mande conseil. Je n’en ai qu’un à lui don­ner : « Si tu les perds, évite le Mo­zam­bique. »

Le Mo­zam­bique ? Dé­jà, il faut sa­voir où c’est. Fas­toche. Vous voyez Ma­da­gas­car ? Tout le monde en France sait si­tuer Ma­da­gas­car. Le Mo­zam­bique couvre le ter­ri­toire afri­cain qui se trouve en face. Même lon­gueur ou à peu près, tout en hau­teur sur la carte, lar­geur voi­sine. La su­per­fi­cie de Ma­da­gas­car est moindre mais on y trouve cet avan­tage que le chauve n’y risque rien de par­ti­cu­lier. Parce qu’au Mo­zam­bique…

Au Mo­zam­bique ? La sa­gesse se­rait d’évi­ter l’Afrique mais on ne le peut pas tou­jours. Une fois en Afrique, qui sait où des ha­sards vous conduisent. Quoi qu’il vous y ar­rive, faites votre pos­sible pour évi­ter ce pays dont nous pré­fé­re­rons ne plus ci­ter le nom. Voi­sin du Ma­la­wi, de la Tan­za­nie, où sont per­sé­cu­tés les al­bi­nos qu’on tue, puis dont on dé­coupe les mains, les pieds, pour se li­vrer à des pra­tiques ma­giques, voi­ci que dans ce pays qui nous oc­cupe, où la chasse aux al­bi­nos, de tra­di­tion ré­cente, se trou­vait dé­jà en aug­men­ta­tion, des ho­mi­cides d’un nou­veau genre viennent de se pro­duire. La po­lice de Ma­pu­to, la ca­pi­tale, fait état de la mort de deux qua­dra­gé­naires chauves dont on a re­trou­vé une seule tête cou­pée et dont les or­ganes ont dis­pa­ru. Ils n’étaient pas al­bi­nos. Ils étaient juste chauves. Leurs agres­seurs ont heu­reu­se­ment été ar­rê­tés et sont pas­sés aux aveux. Ils étaient man­da­tés par de riches étran­gers d’au-de­là des fron­tières qui comp­taient se pro­cu­rer, grâce à des ri­tuels, un sur­croît de for­tune. D’autres man­da­taires sont-ils en route ?

Chauve, garde-toi du Mo­zam­bique (et tant pis si nous au­rions pré­fé­ré ne plus ci­ter ce nom). C’était donc le conseil don­né à notre jeune ami. Il avait eu d’abord un air sur­pris.

Le Mo­zam­bique ? Dé­jà, il faut sa­voir où c’est.

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