L’au­berge vi­ni­cole

CE QUI NOUS LIE, PAR CÉ­DRIC KLA­PISCH. CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC PIO MARMAÏ, ANA GI­RAR­DOT, FRAN­ÇOIS CI­VIL (1H53).

L'Obs - - VOIR - NI­CO­LAS SCHALLER

Ce­la fai­sait quatre ans que Cé­dric Kla­pisch n’avait pas tour­né pour le ci­né­ma. Quatre ans du­rant les­quels le réa­li­sa­teur de « l’Au­berge es­pa­gnole » a si­gné un do­cu­men­taire sur Re­naud La­ville­nie, plu­sieurs épi­sodes de la pre­mière sai­son de « Dix pour cent » et même un court-mé­trage. Ces es­ca­pades ont-elles eu un im­pact sur son nou­veau film ? Peu, si­non qu’il au­rait pu en ti­rer une sé­rie. Dans « Ce qui nous lie », Kla­pisch parle du temps qui passe en le lais­sant fi­ler à l’écran. Après un tour du monde et dix ans d’ab­sence, Jean (Pio Marmaï) re­vient sur sa terre na­tale, en Bour­gogne, au che­vet de son père mou­rant. Il y re­trouve son frère, Jé­ré­mie (Fran­çois Ci­vil), ma­rié, un bé­bé et un beau-père écra­sant, et sa soeur, Ju­liette (Ana Gi­rar­dot), pré­po­sée à l’ex­ploi­ta­tion du do­maine vi­ti­cole fa­mi­lial, que Jean, en tant qu’aî­né, est cen­sé re­prendre. Or les droits de suc­ces­sion sont exor­bi­tants, et Jean n’en­vi­sage pas de quit­ter sa vie en Aus­tra­lie, où l’at­tendent son fils et son ex-femme. La ques­tion se pose pour la fra­trie : vendre ou ne pas vendre ?

Les pré­oc­cu­pa­tions de Kla­pisch sont proches de celles d’Oli­vier As­sayas dans « l’Heure d’été ». Que faire du pa­tri­moine fa­mi­lial ? Com­ment conci­lier les obli­ga­tions qu’en­traîne l’hé­ri­tage et les par­cours per­son­nels de chaque lé­ga­taire? Les va­leurs du ter­roir sont-elles so­lubles dans nos exis­tences mon­dia­li­sées? « Ce qui nous lie » tient en grande par­tie sur les épaules de ses jeunes ac­teurs et de la fra­trie qu’ils forment – on la voit se re­com­po­ser dou­ce­ment, le ré­cit cou­rant sur une an­née, d’une sai­son des ven­danges à l’autre. Ici, une longue sé­quence de beu­ve­rie où les deux frères re­trouvent une com­pli­ci­té en ob­ser­vant de loin leur soeur se faire dra­guer et en ima­gi­nant les pro­pos vo­lon­tiers po­taches qu’elle échange avec son cour­ti­san. Là, le gros coup de blues post-coï­tal qui sub­merge Jean après une nuit in­es­pé­rée avec son ex. In­fra-chro­ni­queur at­ta­chant des grandes étapes et pe­tites choses de la vie, Kla­pisch est plus ins­pi­ré dans les say­nètes et ob­ser­va­tions du quo­ti­dien que dans la te­nue glo­bale de son film, face à un su­jet trop vaste pour qu’il ne s’y perde un peu. On n’at­ten­dait pas for­cé­ment un grand cru, mais da­van­tage de corps qu’il n’y en a dans cet ai­mable vin de table tout à fait digne, ce­la dit, d’ac­com­pa­gner une soi­rée d’été.

Fran­çois Ci­vil, Pio Marmaï et Ana Gi­rar­dot, la fra­trie de « Ce qui nous lie ».

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