Annie Mer­cier sauve Tho­mas Bern­hard

LE FROID AUG­MENTE AVEC LA CLAR­TÉ, DE THO­MAS BERN­HARD. THÉÂTRE NA­TIO­NAL DE LA COL­LINE, PA­RIS-20E, 01-44-62-52-52, 20 HEURES. JUS­QU’AU 18 JUIN

L'Obs - - CRITIQUES -

Peut-on por­ter un roman à la scène ? Tout au long de la re­pré­sen­ta­tion, la ques­tion vous lan­cine. Claude Du­par­fait s’est em­pa­ré de deux ré­cits au­to­bio­gra­phiques de Tho­mas Bern­hard, « la Cave » et « l’Ori­gine », en y ajou­tant quelques pas­sages d’« Un en­fant ». L’au­teur y ra­conte no­tam­ment son sé­jour en 1944, à 13 ans, dans un col­lège di­ri­gé par un of­fi­cier na­zi d’une folle cruau­té. Puis, après guerre, son re­tour dans le même éta­blis­se­ment où un cru­ci­fix s’est sub­sti­tué au por­trait du Füh­rer cloué au mur. Le spec­tacle laisse in­dif­fé­rent sans qu’on com­prenne tout de suite pour­quoi. Les mots éclatent en l’air sans tou­cher. Comme des pro­jec­tiles dont la tra­jec­toire a été mal cal­cu­lée ou bien tous dé­fec­tueux. Bien sûr, on peut faire théâtre de tout, comme di­sait An­toine Vi­tez. En­core faut-il sa­voir ti­rer par­ti du ma­té­riau choi­si. Dé­jà, quand il écrit pour la scène, Bern­hard n’est pas un au­teur d’ac­cès fa­cile. Il peut aus­si bien être pas­sion­nant que puis­sam­ment en­nuyeux. Mais quand on pré­tend conver­tir ses ro­mans en pièces de théâtre, on trans­mute sou­vent l’or en plomb, opé­ra­tion peu pro­fi­table. Sauf quand c’est Annie Mer­cier qui prend la pa­role. Là, tout à coup, le verbe de Bern­hard s’in­carne, se concré­tise, fait image, at­teint au coeur. Ce qui prouve qu’en fait, le pro­blème ve­nait moins de la com­pa­ci­té de cette prose ro­ma­nesque que d’une mise en scène cé­ré­brale, trop abs­traite. JACQUES NERSON

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