40 RO­MANS POUR L’ÉTÉ

De PAU­LA HAW­KINS, l’au­teur de “la Fille du train”, à MA­RY HIGGINS CLARK, la doyenne du genre, en pas­sant par AN­NA GA­VAL­DA et FRED VAR­GAS, voi­ci douze bonnes rai­sons de lire au so­leil

L'Obs - - La Une - PAR DI­DIER JA­COB

AN­NA ET FRED “GAVARGAS”, DUO DE CHOC

An­na Ga­val­da, Fred Var­gas : à elles deux, elles sont l’équi­valent d’Air­bus pour l’édi­tion. Une mine d’or. D’un cô­té, An­na pu­blie son hui­tième livre, « Fendre l’ar­mure ». Avec un ti­rage ini­tial de 100 000 exem­plaires, vous ne ris­quez pas de pas­ser à cô­té du livre cet été : il se­ra par­tout sur les plages. Dans ce re­cueil de sept nou­velles écrites à la pre­mière per­sonne, An­na Ga­val­da dresse le por­trait de hé­ros dis­crets, Paul ou Jean, qui n’en sont jus­te­ment pas, des hé­ros, parce qu’ils ne par­viennent pas à sor­tir leur vie de la nuit, à se prendre en main pour s’ou­vrir aux autres. « Fendre l’ar­mure » , c’est Ga­val­da telle qu’en elle-même, la sen­si­bi­li­té sans la miè­vre­rie. Fred Var­gas, elle, pu­blie « Quand sort la re­cluse ». C’est un po­lar de la sé­rie Adam­sberg, avec une arai­gnée au pro­gramme, dont le ve­nin pro­voque la mort de plu­sieurs vieillards. Mais la re­cluse, celle qui pique, celle qui se cache aus­si, n’est-ce pas d’abord la ro­man­cière de po­lars, ex­perte en ma­tière de tis­sage d’in­trigue et d’en­che­vê­tre­ment de fils ? « Fendre l’ar­mure », Le Di­let­tante, 290 p., 17 eu­ros. « Quand sort la re­cluse », Flam­ma­rion, 480 p., 21 eu­ros.

PAU­LA HAW­KINS DES­CEND DU TRAIN

Sou­ve­nez-vous de « la Fille du train », le pré­cé­dent thril­ler de Pau­la Haw­kins qui avait cas­sé la ba­raque en 2015 (le livre, qui s’est ven­du à 18 mil­lions d’exem­plaires dans le monde, dont un pour la France, était res­té vingt se­maines en tête des meilleures ventes au Royaume-Uni). « Au fond de l’eau » dé­marre fort comme s’il s’agis­sait de convaincre les fu­turs pro­duc­teurs, qui lisent ra­re­ment un livre jus­qu’au bout, dès les pre­mières pages : une jeune femme est pous­sée dans l’eau et for­cée à la noyade dans une char­mante bour­gade an­glaise. Sa soeur ne croit pas à la thèse du sui­cide : Ju­lia avait l’ha­bi­tude de na­ger dans la ri­vière. Ex­perte en fausses pistes et en culs-de-sac, Pau­la Haw­kins re­late la suite des évé­ne­ments en adop­tant le point de vue de onze per­son­nages dif­fé­rents. Un par­ti pris ris­qué (le lec­teur pou­vant fi­nir par se noyer comme l’hé­roïne) mais So­na­tine, l’édi­teur, y croit : avec un ti­rage de 230 000 exem­plaires, c’est la plus grosse mise en place, en li­brai­rie, dans l’his­toire de la mai­son. « Au fond de l’eau », tra­duit de l’an­glais par Co­rinne Da­niel­lot et Pierre Szc­ze­ci­ner, So­na­tine, 416 p., 22 eu­ros.

HAR­RIS, LE PAPE DU THRIL­LER

« Sede va­cante », s’écrie le ca­mer­lingue du Saint-Siège, un Ca­na­dien nom­mé Trem­blay. Ce qui, en latin, veut dire que la place est libre car ce­lui qui l’oc­cu­pait – le pape – vient de mou­rir. Ça se passe au Va­ti­can, et Ro­bert Har­ris, qui a per­sua­dé les huiles pon­ti­fi­cales de le lais­ser vi­si­ter la salle du conclave, d’ha­bi­tude in­ter­dite aux vi­si­teurs, ra­conte, avec son brio ha­bi­tuel, tout ce que

vous avez tou­jours vou­lu sa­voir sur l’élec­tion d’un pape, y com­pris comment ils s’y prennent pour la fu­mée. Pape lui-même du thril­ler his­to­rique, Har­ris (on lui doit quelques block­bus­ters comme « Enig­ma » et « Pom­péi », et le scé­na­rio du très bon film de Po­lans­ki, « Ghost Writer ») n’est pas pour rien l’un des meilleurs fa­bri­cants de best-sel­lers de­vant l’Eter­nel. Presque sûr d’être élu, Adeye­mi, un car­di­nal afri­cain, perd toutes ses chances lors­qu’on dé­couvre qu’il a abu­sé, trente ans au­pa­ra­vant, d’une jeune nonne. Dans la cou­lisse, le doyen est à la ma­noeuvre pour que s’ef­fec­tue à son avan­tage le re­port des voix. « Conclave » est un chef-d’oeuvre de sus­pense. Vous y dé­cou­vri­rez que, pour élire le Très SaintPère, les car­di­naux n’hé­sitent pas à se sa­lir les chaus­sures. Ve­nez pour Dieu, et res­tez pour le diable. « Conclave », tra­duit de l’an­glais par Na­ta­lie Zim­mer­mann, Plon, 320 p., 21,90 eu­ros.

QUEL STEEL !

Danielle Steel, c’est ma­dame 800 mil­lions (d’exem­plaires ven­dus dans le monde) – et la seule écri­vaine à avoir fi­gu­ré sur les listes des best-sel­lers pen­dant 390 se­maines consé­cu­tives. Une vie au su­per­la­tif, puis­qu’elle est aus­si la mère de huit en­fants. Dans « Ca­deaux in­es­ti­mables », Paul, mil­liar­daire comme il se doit, vient de mou­rir. C’est Ar­nold qui

l’an­nonce à sa fille Tim­mie. A elle, à ses deux soeurs, à son ex aus­si, Paul a ré­ser­vé une sur­prise lors de la lec­ture du tes­ta­ment. Un jo­li pe­tit pé­cule. Même par­ta­gé en huit, le ma­got, quand Danielle po­se­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment sa plume, ne de­vrait pas non plus dé­ce­voir ses hé­ri­tiers. « Ca­deaux in­es­ti­mables », tra­duit de l’an­glais par Ca­ro­line Bouet, Presses de la Ci­té, 288 p., 20 eu­ros.

THILLIEZ, SANG POUR SANG

Dans « Shar­ko », on re­trouve les en­quê­teurs fé­tiches de Franck Thilliez, Franck Shar­ko et Lu­cie Hen­ne­belle, sa com­pagne de la cri­mi­nelle. Cette fois, le sang coule à flots, et les vam­pires ont les dents longues. Brrr… « Shar­ko », Fleuve noir, 570 p., 21,90 eu­ros.

AU­DREY CARLAN : SEA, SEX AND SEX

C’est, à la suite des ou­vrages sexy d’An­na Todd et E. L. James, le car­ton du mo­ment : avec « Ca­len­dar Girl », l’Amé­ri­caine Au­drey Carlan surfe sur la vague « Cin­quante Nuances », avec des mé­thodes mar­ke­ting hé­ri­tées des sé­ries té­lé, puisque douze vo­lumes (un par mois) sont en cours de pu­bli­ca­tion chez Hu­go Ro­man. C’est l’his­toire de Mia, une jeune femme qui, pour sau­ver son père, doit trou­ver 1 mil­lion de dol­lars. Et où va-t-elle trou­ver l’ar­gent, cette fé­mi­niste de charme ? Dans la ti­re­lire de ces mes­sieurs. « 12 mois, 12 hommes, 12 villes », an­nonce fiè­re­ment la ja­quette. Eh oui, ça fait aus­si guide de voyage. Juin, par exemple, c’est Wa­shing­ton. Après mai, Ha­waï. En li­sant la pré­sen­ta­tion de l’au­teur, on ap­prend qu’Au­drey Carlan « est amé­ri­caine et vit en Ca­li­for­nie. Quand elle n’est pas en train d’écrire, elle aime faire du yo­ga, par­ta­ger un verre de vin avec ses amies, ou se plon­ger dans un bon livre ». Tou­chant, ce goût pour les choses saines. Et le ma­tin, au le­ver, un jus d’herbes ? C’est en tout cas le seul livre à ce jour dont la pu­bli­ca­tion est par­rai­née par Au­bade. « Ca­len­dar Girl », tra­duit de l’an­glais par Ro­byn Stel­la Bligh, 160 p., 10 eu­ros chaque.

PE­REZ-RE­VERTE : À NOUS DEUX, PA­RIS !

On connaît la pas­sion d’Ar­tu­ro Pe­rezRe­verte pour l’his­toire eu­ro­péenne en gé­né­ral et l’époque na­po­léo­nienne en par­ti­cu­lier. Dans « Deux Hommes de bien », le ro­man­cier es­pa­gnol s’at­tache à dé­crire le pé­riple de deux membres de l’Aca­dé­mie royale d’Es­pagne dans le Pa­ris pré­ré­vo­lu­tion­naire. Leur mis­sion ? Ra­me­ner au pays de Don Qui­chotte les 28 vo­lumes de « l’En­cy­clo­pé­die ». Quelle n’est pas la sur­prise de ces deux gen­tils­hommes lors­qu’ils dé­couvrent, à des­ti­na­tion, la vie fort peu chaste des Pa­ri­siens (et le charme dé­con­trac­té des Pa­ri­siennes) ! Un ro­man mer­veilleux, en­le­vé comme un feuille­ton de Dumas père. « Deux Hommes de bien », tra­duit de l’es­pa­gnol par Ga­briel Ia­cul­li, Seuil, 510 p., 22,50 eu­ros.

MA­RY HIGGINS CLARK EN CROI­SIÈRE

Dans « Noir comme la mer », la reine du sus­pense bri­tan­nique vous em­mène à bord du « Queen Char­lotte », luxueux pa­que­bot conçu pour em­bar­quer cent pe­tits vei­nards. Mais noir, c’est noir, et voi­ci qu’à peine le ba­teau ap­pa­reillé on re­trouve à bord le cadavre d’une mil­liar­daire à qui manque, outre la vie, une pa­rure d’éme­raudes por­tée en son temps par Cléo­pâtre her­self. Ma­ry Higgins Clark, c’est Aga­tha Ch­ris­tie tou­jours re­com­men­cée. « Noir comme la mer », tra­duit de l’an­glais par Anne Da­mour, Al­bin Mi­chel, 360 p., 22,50 eu­ros.

MARC LE­VY, PRÉ­SIDENT !

Et si « l’Obs », qui n’a pas tou­jours été tendre pour lui, vous re­com­man­dait pour une fois un ro­man de Marc Le­vy ? Oui, soyons fous, pra­ti­quons l’ou­ver­ture, comme notre pré­sident ! Voi­ci donc « la Der­nière des Stan­field ». Jour­na­liste au « Na­tio­nal Geo­gra­phic », Elea­nor en­quête sur le pas­sé de sa mère aux Etats-Unis. Elle fait la ren­contre d’un jeune homme qui mène des re­cherches si­mi­laires. Sa­ga fa­mi­liale et sus­pense psy­cho­lo­gique, c’est le dix-hui­tième ro­man de l’au­teur fran­çais le plus lu dans le monde. « La Der­nière des Stan­field », Ro­bert Laf­font/Ver­si­lio, 480 p., 21,90 eu­ros.

BOLLEN À LONG IS­LAND

Cette île en forme de hot-dog, au large de New York, est le ter­rain de jeux des fa­milles for­tu­nées de Man­hat­tan. C’est à Orient, au bout du North Fork, à l’ex­trême pointe de l’île, que Paul, un ar­chi­tecte re­nom­mé, y passe des va­cances avec Mills, un jeune pau­mé qu’il a pris sous son aile. Les choses se gâtent quand plu­sieurs meurtres ont lieu, se­mant la pa­nique dans la pe­tite ville. Une jeune ar­tiste du coin, Beth, va ten­ter de dis­si­per, au prix de sa vie, l’épais brouillard que, dans « Long Is­land », l’au­teur en­voie sur les per­son­nages par vagues tou­jours plus épaisses, comme un ac­ces­soi­riste dans un concert de My­lène Far­mer. Après l’im­mense suc­cès de son « Man­hat­tan People » (qui vient de sor­tir en Points Seuil), le ro­man de Chis­to­pher Bollen est à nou­veau épa­tant. « Long Is­land », tra­duit de l’an­glais par Na­tha­lie Pe­ron­ny, Cal­mann-Lévy, 650 p., 23 eu­ros.

L’IN­VI­TA­TION AU VOYAGE DE RUS­SELL BANKS

Qu’il nous soit per­mis de glis­ser dans notre sé­lec­tion le pas­sion­nant jour­nal d’une vie de voyages du maître amé­ri­cain Rus­sell Banks, « Voya­ger ». A 75 ans, Banks n’a ja­mais po­sé ses va­lises. De­puis son ado­les­cence où, rebelle, il rê­vait de quit­ter le foyer fa­mi­lial et de jouer les ho­bos en tra­ver­sant l’Amé­rique sans un ra­dis en poche, il a sillon­né les Ca­raïbes, ren­con­tré Fi­del Cas­tro et les oi­seaux de pa­ra­dis, pris un vol de Ta­ta Air et s’est en­fon­cé, à bord de l’im­pro­bable aé­ro­nef, dans les mon­tagnes en­nei­gées de l’Hi­ma­laya. Bref, si vous ne pre­nez pas de va­cances, li­sez au moins Rus­sell Banks – son livre est une bouf­fée d’air pur qui vous ar­rive, en re­com­man­dé, des quatre coins du monde. « Voya­ger », tra­duit de l’an­glais par Pierre Fur­lan, Actes Sud, 320 p., 22,50 eu­ros.

Ar­tu­ro Pe­rez-Re­verte.

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