SPÉ­CIAL LÉ­GIS­LA­TIVES

Ils ont ba­layé les can­di­dats des par­tis tra­di­tion­nels aux lé­gis­la­tives. Qui sont ces “mar­cheurs”, is­sus de la so­cié­té ci­vile, ve­nus pour faire de la po­li­tique au­tre­ment? Sau­ront-ils s’im­po­ser au Pa­lais-Bour­bon? Por­trait de la gé­né­ra­tion Ma­cron

L'Obs - - Sommaire - Par MA­RIE GUICHOUX, AVEC DOAN BUI, NA­THA­LIE FUNÈS ET RÉ­MI NOYON

La Ré­pu­blique des no­vices

Du­rant l’été 2015, sur une plage de sable fin du Fi­nis­tère sud, An­naïg Le Meur li­sait « la Ve Ré­pu­blique pour les nuls » sans ima­gi­ner que, deux ans plus tard, elle fran­chi­rait les portes du Pa­lais-Bour­bon, vic­to­rieuse d’un poids lourd so­cia­liste, l’an­cien mi­nistre de la Jus­tice Jean-Jacques Ur­voas. La lec­ture de la bio­gra­phie de Jau­rès, pré­vue cet été, at­ten­dra. Dès cette se­maine, cette ki­né­si­thé­ra­peute quim­pé­roise, spé­cia­liste de la ré­édu­ca­tion de la main, va à 44 ans se plon­ger dans le rè­gle­ment de l’As­sem­blée. Elle a aus­si dé­jà feuille­té le livre que son ad­ver­saire, au­teur de « Ma­nuel de sur­vie à l’As­sem­blée na­tio­nale, l’art de la gué­rilla par­le­men­taire », s’est em­pres­sé de lui adres­ser après le pre­mier tour des lé­gis­la­tives. Dé­di­cace en prime. Un pré­sent tein­té d’amer­tume alors qu’Ur­voas, dis­tan­cé par la can­di­date de La Ré­pu­blique en Marche (REM), ne se fai­sait dé­jà plus d’illu­sion quant à l’is­sue du com­bat. « Il évoque dans son livre la né­ces­si­té de faire des ef­forts en fa­veur de la re­pré­sen­ta­ti­vi­té et du re­nou­vel­le­ment. C’est fait », sou­ligne, fine mouche, la nou­velle dé­pu­tée de la 1re cir­cons­crip­tion fi­nis­té­rienne, dé­ci­dée à res­ter fi­dèle à l’idée qu’elle se fait de la po­li­tique et de « l’élu(e) qui n’est pas au-des­sus des gens ».

Des em­bûches, les sor­tants en pro­mettent à ces dé­pu­tés ve­nus de la so­cié­té ci­vile. Culs-de-sac lé­gis­la­tifs et chausse-trapes entre amis, langues de vi­père et mé­dias les guet­tant comme des proies. Vu le ta­bleau dres­sé, c’est « Koh-Lan­ta » sous les ors de la Ré­pu­blique pour ces no­vices, peu au fait des ri­tuels et des codes de la vé­né­rable As­sem­blée. Cé­dric Villa­ni va-t-il y perdre sa la­val­lière? « Je la garde! Ce­la fait of­fice de cra­vate, non? » ré­plique le ma­thé­ma­ti­cien, au fait du dress code de l’Hé­mi­cycle. Le La­rousse est de son cô­té qui dé­crit la la­val­lière comme une « cra­vate large et souple nouée par un noeud à deux coques ». Que di­ront les huis­siers du Pa­lais-Bour­bon ? « Evi­dem­ment, je me plie­rai aux règles! Mais tout de même, je ne vois pas en quoi mon look au­rait une in­fluence quel­conque sur mon tra­vail de dé­pu­té. » Le lau­réat de la mé­daille Fields, dé­pu­té de la 5e cir­cons­crip­tion de l’Es­sonne, vit sa pre­mière fois en po­li­tique. Sans in­quié­tude. « Quels sont les trois moyens d’ap­prendre une chose nou­velle? Lire. Par­ler à des gens. Faire. » Il a lu et même po­tas­sé, entre autres, la Consti­tu­tion, et « His­toire de la Ve Ré­pu­blique » de feu Guy Car­cas­sonne, le ju­riste qui fait ré­fé­rence. Il a par­lé à des gens, grif­fon­nant dates, chiffres, noms dans ses ca­hiers en Mo­les­kine pen­dant la cam­pagne. Ne reste plus qu’à faire. Pour ce­la, l’im­por­tant est, à ses yeux, d’avoir des « com­pé­tences va­riées » au sein de la ma­jo­ri­té.

« Quand on les traite de no­vices, il faut tout de même se rap­pe­ler que la “Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme et du ci­toyen” de 1789 a été faite par des no­vices par­le­men­taires », re­marque avec amu­se­ment l’ami de Fran­çois Hol­lande, Ber­nard Poi­gnant, « un vieux de la vieille » face à ces re­pré­sen­tants d’un nou­veau monde. Le jeune homme qu’il croi­sait dans les cou­loirs de l’Ely­sée, Em­ma­nuel Ma­cron, de­ve­nu pré­sident, a en ef­fet pro­mis d’ali­gner aux lé­gis­la­tives une moi­tié de can­di­dats is­sus de la po­li­tique et une autre moi­tié ve­nant de la so­cié­té ci­vile. Vé­ri­fi­ca­tion faite par « le Monde », les dé­bu­tants de la so­cié­té ci­vile – en ex­cluant ceux ayant dé­jà concou­ru à des élec­tions ou fré­quen­té des mi­nis­tères comme conseillers – re­pré­sen­taient 34% des troupes REM à la veille du pre­mier tour. Ceux élus di­manche der­nier ont pour mis­sion d’in­car­ner le re­tour des ci­toyens au coeur du sys­tème po­li­tique.

Le ma­cro­niste de la so­cié­té ci­vile cultive, en gé­né­ral, la « po­si­tive at­ti­tude ». Les af­fron­te­ments bi­naires sont, à ses yeux, sté­riles. Il tra­vaille « en mode pro­jet » et « co­cons­truit ». En­tre­pre­nant, plu­tôt li­bé­ral as­su­mé, il est to­lé­rant dans la forme et pru­dent sur le fond. Il est très CSP+, vient du pri­vé (plu­tôt que du pu­blic) ou du monde as­so­cia­tif. De La Ré­pu­blique en Marche, or­ga­ni­sa­tion ver­ti­cale, il a re­çu comme consigne – « con­seil », pré­fèrent cer­tains – d’af­fi­cher son « hu­mi­li­té » au soir du pre­mier tour, puis de res­pec­ter ses fu­turs op­po­sants à la veille du se­cond tour. Les femmes, élues en grand nombre, af­fichent un par­cours pro­fes­sion­nel sou­vent im­pres­sion­nant. Quant aux CV des plus jeunes, beau­coup sont mon­dia­li­sés. A l’image de ce­lui d’Amé­lie de Mont­cha­lin. La dé­pu­tée de 32 ans, vic­to­rieuse dans la 6e cir­cons­crip­tion de l’Es­sonne, était jus­qu’à pré­sent le bras droit du di­rec­teur stra­té­gie et af­faires pu­bliques d’Axa. Au­pa­ra­vant, cette di­plô­mée de HEC avait été éco­no­miste pour la zone eu­ro dans la branche cour­tage de BNP Pa­ri­bas, puis, s’in­té­res­sant « aux mé­thodes in­no­vantes de ré­forme po­li­tique », elle a re­pris ses études et dé­cro­ché un mas­ter de la Har­vard Ken­ne­dy School. Et en­core, on a sau­té des lignes du cur­ri­cu­lum vi­tae… Mère de trois en­fants, elle ra­conte qu’elle est is­sue d’une fa­mille d’agri­cul­teurs du pla­teau de Sa­clay. On rap­porte aus­si (sans doute de mau­vaises langues) que celle qui re­ven­dique l’op­ti­misme ma­cro­nien, le « re­gard neuf et éton­né », au­rait vu ses pre­miers Roms pen­dant sa cam­pagne. Lors­qu’on lui de­mande quelle com­mis­sion elle ai­me­rait re­joindre à l’As­sem­blée, elle ré­pond que tout dé­pen­dra de sa « va­leur ajou­tée dif­fé­ren­ciée ».

Dans le genre for­mule 1, on a ren­con­tré Her­vé Ber­ville, 27 ans. Grand et élé­gant, il a la poi­gnée de main vi­gou­reuse et en­thou­siaste tan­dis qu’il pose l’autre main sur l’épaule de son ad­mi­nis­tré. Ce jeune éco­no­miste, di­plô­mé de Sciences-Po Lille et de la Lon­don School of Eco­no­mics, est ren­tré au pays en en­ten­dant l’ap­pel d’En Marche! après quelques

“LA QUES­TION N’EST PAS D’OÙ ON VIENT MAIS CE QU’ON PEUT FAIRE.” HER­VÉ BER­VILLE

an­nées pas­sées au Mo­zam­bique pour le compte de l’Agence fran­çaise de Dé­ve­lop­pe­ment, et au Ke­nya où il tra­vaillait pour l’uni­ver­si­té Stan­ford « à la re­cherche et au sou­tien aux en­tre­prises pri­vées ». Avec bon­heur, il a re­joint Plu­du­no, « la ca­pi­tale du monde libre! » lance-t-il. Un hom­mage au vil­lage où cet or­phe­lin rwan­dais est ar­ri­vé à 4 ans, adop­té par un chau­dron­nier et son épouse tra­vaillant à l’hô­pi­tal de Di­nan (Côtes-d’Ar­mor), dé­jà pa­rents de quatre en­fants. Eva­cué dans les bras de mi­li­taires fran­çais, alors que dé­bu­taient les af­fron­te­ments pré­cur­seurs du gé­no­cide des Tut­sis par les Hu­tus, il ex­plique ne pas être une vic­time de ces heures sombres. « Mes pa­rents étaient dé­cé­dés avant, alors que j’avais 6 mois. » Mais il n’en di­ra pas plus : « La ques­tion n’est pas d’où on vient mais ce qu’on peut faire. » Elu de la 2e cir­cons­crip­tion des Cô­tesd’Ar­mor, une terre d’agri­cul­ture et de pro­duc­tion lai­tière, il compte por­ter le fer pour « in­ver­ser le rap­port de forces avec les in­dus­triels de l’ali­men­ta­tion » et contri­buer à ré­soudre « la crise du lait, si­non de­main il ne res­te­ra plus au­cun éle­veur ». Du­rant ses va­cances d’été, jeune, il tra­vaillait dans la ferme de son oncle et de sa tante, mais c’est par son grand-père bre­ton que lui est ve­nu le goût de la po­li­tique. « J’étais sou­vent chez lui le mer­cre­di, il re­gar­dait les ques­tions d’ac­tua­li­té. A 8 ans, je n’y com­pre­nais pas grand-chose, mais j’étais in­tri­gué de voir ce grand-père, d’or­di­naire ré­ser­vé, ré­agir à grand bruit de­vant sa té­lé­vi­sion. »

Des mal­adroits, des pas taillés pour le job, des mou­tons noirs, il en existe aus­si. Fa­bienne Col­boc, 45 ans, dé­pu­tée d’Indre-et-Loire, tom­beuse de l’an­cien mi­nistre sar­ko­zyste Her­vé No­vel­li, a été élue avec plus de 58% en dé­pit d’un dé­bat dans l’entre-deux-tours sur France 3 où elle était confuse et in­co­hé­rente. Un grand mo­ment de so­li­tude pour cette di­rec­trice d’une en­tre­prise de coa­ching pro­fes­sion­nel et un grand mo­ment de buzz sur les ré­seaux so­ciaux au­tour de ce « nau­frage en marche ». Dé­jà, les ad­ver­saires de La Ré­pu­blique en

Marche ré­pé­taient qu’il « suf­fi­rait de mettre une éti­quette REM à un âne pour qu’il soit élu » quand ap­pa­rut à son tour Anis­sa Khed­her, cadre hos­pi­ta­lière à Bron, ja­mais en­car­tée (mais conseillère mu­ni­ci­pale pen­dant six ans) au­pa­ra­vant, dont la pres­ta­tion lors d’un dé­bat dé­voi­la sa mé­con­nais­sance du pro­gramme pré­si­den­tiel. Sans par­ler de Co­rinne Vi­gnon, maire d’une pe­tite com­mune de 2000 ha­bi­tants en Haute-Ga­ronne et… car­to­man­cienne. Un hob­by, dit-elle, qui lui vaut une en­quête pour tra­vail dis­si­mu­lé. Tous n’étaient pas pro­gram­més pour de­ve­nir dé­pu­tés. « Nous avons été dé­bor­dés par notre suc­cès. 15% de nos can­di­dats n’étaient pas à la hau­teur, ils se sont ré­vé­lés mau­vais », confie, sous le sceau de l’ano­ny­mat, un ré­fé­rent bien pla­cé.

Bru­no Bonnell, lui, était pro­gram­mé pour en­trer au Pa­lais-Bour­bon. Rien ne pou­vait, ne de­vait bar­rer la route de Villeur­banne au tom­beur de Na­jat Val­laudBel­ka­cem, 58 ans, crâne chauve et verbe haut. Comme tous les can­di­dats de la ré­gion, il a été « choi­si » par Gé­rard Col­lomb, nou­veau mi­nistre de l’In­té­rieur et ex-sé­na­teur-maire de Lyon, dont il est proche. Cet homme d’af­faires, de­ve­nu ré­fé­rent de Rhône-Alpes, a ex­ploi­té son car­net d’adresses dans le monde du bu­si­ness pour fi­nan­cer la cam­pagne d’Em­ma­nuel Ma­cron et or­ga­ni­ser plu­sieurs mee­tings, dont ce­lui de Lyon, en fé­vrier. Quand il donne ren­dez-vous, c’est à la ter­rasse de la Mai­son Bet­tant, en centre-ville, pour dé­rou­ler le fil de sa vie. Nais­sance à Al­ger dans une fa­mille de pieds-noirs de­puis « sept gé­né­ra­tions », jeu­nesse à Villeur­banne, créa­tion de l’édi­teur de jeux vi­déo In­fo­grames, qu’il hisse dans les pre­miers rangs mon­diaux et dont il est dé­bar­qué en 2007, pa­tron au­jourd’hui de Ro­bo­po­lis, so­cié­té spé­cia­li­sée dans la ro­bo­tique per­son­nelle. Sans ou­blier son in­cur­sion sur le pe­tit écran : il a in­car­né le boss de l’émis­sion de té­lé-réa­li­té de M6 « The Ap­pren­tice. Qui dé­cro­che­ra le job? » en 2015 (un rôle te­nu par Do­nald Trump outre-At­lan­tique). Et c’est seu­le­ment quand il est ve­nu écou­ter le dis­cours de Ma­cron à l’hô­tel de ville de Lyon, en juin 2016, qu’il a fran­chi le pas. « J’ai vu Bo­na­parte au pont d’Ar­cole », ré­pète-t-il de­puis aux jour­na­listes. Adepte des for­mules en­le­vées, même si elles disent l’in­verse de sa pen­sée – « la gauche et la droite, c’est vin­tage » – ou sa lé­gè­re­té à l’égard de la loi – « je ne peux même pas uti­li­ser ma voi­ture per­son­nelle, pour res­pec­ter les règles de fi­nan­ce­ment des cam­pagnes. Il va fal­loir chan­ger tout ça ! » s’écrie-t-il un jour en

dé am­bu­lant de fa­çon presque ano­nyme sur un mar­ché.

A la fin de la cam­pagne, son pas­sé d’homme d’af­faires est ve­nu le rat­tra­per. Le jour­nal en ligne Me­dia­ci­tés a ex­hu­mé un ju­ge­ment de di­vorce de la cour d’ap­pel de Lyon, da­té de 2011. Il y est in­di­qué que le pa­tron de Ro­bo­po­lis a « en­tiè­re­ment re­struc­tu­ré son pa­tri­moine […] afin d’élu­der l’im­pôt de so­li­da­ri­té sur la for­tune d’abord [et] qu’il n’a pas été sou­mis à l’im­pôt sur le re­ve­nu, ni au titre de l’an­née 2008 ni à ce­lui de l’an­née 2009 ». Il est éga­le­ment si­gna­lé que la so­cié­té BB26, qu’il dé­tient à 100%, est im­ma­tri­cu­lée au De­la­ware, un Etat amé­ri­cain connu pour ses faibles im­pôts et ré­gu­liè­re­ment qua­li­fié de pa­ra­dis fis­cal par la presse éco­no­mique. Pour se dé­fendre, le « mar­cheur » a évo­qué des dettes im­por­tantes et l’ab­sence de re­ve­nus en 2008 et 2009. Il a éga­le­ment in­di­qué avoir créé BB26 lors­qu’il vi­vait aux Etats-Unis.

Un pro­fil à faire fré­mir les « purs », comme cer­tains se dé­si­gnent, ad­ver­saires des « vieilles fi­celles po­li­tiques » et adeptes de la dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive qu’ils ont pra­ti­quée jusque-là. Ils ont dé­jà été re­mués par les ré­vé­la­tions du « Ca­nard en­chaî­né » sur le se­cré­taire gé­né­ral d’En Marche !, nom­mé mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Ri­chard Fer­rand, pour une af­faire im­mo­bi­lière dou­teuse, conclue en 2011 entre les Mu­tuelles de Bre­tagne, qu’il di­ri­geait à l’époque, et sa com­pagne. Puis ir­ri­tés par l’af­faire des as­sis­tants eu­ro­péens du MoDem : dé­non­cia­tions, en­quête pré­li­mi­naire, clash avec les mé­dias pro­vo­qué par l’in­ter­ven­tion de Fran­çois Bay­rou au­près de France-In­ter, au mo­ment même où le mi­nistre de la Jus­tice pré­sen­tait la loi de mo­ra­li­sa­tion… « Les “mar­cheurs” n’ont pas en­vie de se faire vo­ler tout le tra­vail qu’on a ef­fec­tué », sou­ligne Bru­no Stu­der. Ce pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie de 39 ans, père de quatre en­fants, at­ten­dait « de­puis tel­le­ment long­temps ce qu’Em­ma­nuel Ma­cron nous per­met de faire. Etre à l’af­fût d’une bonne idée, faire pro­fi­ter de son ex­pé­rience ». Dé­sor­mais dé­pu­té de la 3e cir­cons­crip­tion du Bas-Rhin, il a en­sei­gné en école élé­men­taire, en col­lège et en ly­cée ru­ral, dans une classe eu­ro­péenne en Al­le­magne, puis, alors qu’on lui pro­po­sait un éta­blis­se­ment coté, a pré­fé­ré choi­sir le ly­cée ZEP du quar­tier Cro­nen­bourg à Stras­bourg. « Une ex­pé­rience qui re­met en ques­tion toutes les cer­ti­tudes… Et puis j’ai fait des pro­grès en re­par­tie ! La cul­ture du stand-up, ça peut ser­vir. » Po­li­ti­que­ment de centre droit, il cô­toie­ra dans les tra­vées de l’Hé­mi­cycle Mus­ta­pha Laa­bid, élu sur une terre de gauche dans la 1re cir­cons­crip­tion d’Ille-et-Vi­laine. Ce der­nier, 48 ans, di­rec­teur de l’an­tenne de la fon­da­tion Face (as­so­cia­tion pour l’in­ser­tion par l’em­ploi des jeunes), connaît bien les quar­tiers de Rennes. « J’ai lon­gue­ment tra­vaillé dans le monde as­so­cia­tif, dit-il, on peut y faire beau­coup de choses, mais à un mo­ment on se re­trouve face à un vrai pla­fond de verre. Pour al­ler plus loin, il faut fran­chir le pas de la po­li­tique. »

Dans un groupe aus­si plé­tho­rique, les dés­illu­sions risquent de se mul­ti­plier, seuls quelques-uns se­ront ap­pe­lés à être rap­por­teurs d’un pro­jet de loi. Mar­tine Won­ner sou­hai­te­rait « ar­dem­ment être rap­por­teur de la loi san­té, pour dé­ve­lop­per les mai­sons de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naires et la pré­ven­tion en ma­tière de han­di­cap psy­chique ». Cette psy­chiatre de 53 ans, élue dans le Bas-Rhin, a les codes pour trou­ver son che­min. Entre pu­blic, comme char­gée de mis­sion au­près des agences ré­gio­nal es d’ hos­pi­ta­li­sa­tion, et pri­vé au sein de Ram­say Gé­né­rale de San­té, en pas­sant par la di­rec­tion mé­di­cale du Sa­mu so­cial de Pa­ris, elle a dé­jà col­la­bo­ré avec des élus et fran­chi les portes de l’As­sem­blée « pour pous­ser un amen­de­ment sur l’ac­cès au soin des grands pré­caires ».

Au mo­ment de son in­ves­ti­ture, elle a dû, comme tous les can­di­dats, si­gner la charte d’En Marche ! (voir p. 31). Une at­tes­ta­tion sur l’hon­neur où elle s’en­gage à mettre « [s]es com­pé­tences et [s]on éner­gie au ser­vice de la dé­fense des six grands chan­tiers dont Em­ma­nuel Ma­cron a fait une prio­ri­té dans son “contrat avec la na­tion” ». Ce qui fait dire à beau­coup que les REM se­ront de bons pe­tits sol­dats, voire une ar­mée de go­dillots. « Je n’ai pas si­gné un blanc-seing, ré­plique Mar­tine Won­ner, la loyau­té n’ex­clut pas le franc-par­ler. » « C’est de l’éco­no­mie com­por­te­men­tale », dit la docte Amé­lie de Mont­cha­lin tan­dis que Bru­no Stu­der as­sure : « Nous ne sommes pas des Bi­sou­nours. » Quant à An­naïg Le Meur, elle s’in­quiète dé­jà de l’an­nonce par la mi­nistre de la San­té de l’hy­po­thèse de rendre onze vac­cins obli­ga­toires : « Quel est le pou­voir des lob­bys in­dus­triels der­rière? C’est quelque chose à prendre en compte et à re­gar­der de près. »

Ceux-là se met­tront en dis­po­ni­bi­li­té, à dis­tance de leur vie pro­fes­sion­nelle pas­sée. Beau­coup des nou­veaux élus ve­nant du pri­vé, no­tam­ment dans les ac­ti­vi­tés de con­seil ou chez les di­ri­geants d’en­tre­prise, se­ront ob­ser­vés à la loupe : l’élu peut être son propre lob­by. « Je mets ma vie pro­fes­sion­nelle entre pa­ren­thèses », ra­conte Flo­rian Ba­che­lier, le ré­fé­rent ren­nais de­ve­nu dé­pu­té d’Ille-et-Vi­laine. Cet avo­cat en droit des so­cié­tés et des or­ga­ni­sa­tions, « pas­sé par la fac gra­tuite, ser­veur, li­vreur de piz­zas, agent d’ac­cueil au Gau­mont », a créé, voi­là dix ans, une so­cié­té de ju­ristes, spé­cia­li­sée en « cor­po­rate MNA et PIA », les mon­tages pu­blic-pri­vé dans le nu­mé­rique, les nou­velles éner­gies, l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire et les « bio­tech ». Adhé­rent, puis mi­li­tant au PS jus­qu’à la chute de DSK, il a fait le pa­ri en re­joi­gnant Ma­cron « de l’in­tel­li­gence col­lec­tive ». Il se dit prêt « à dé­mis­sion­ner [de sa so­cié­té, NDLR] » et « s’il le faut à cé­der [s]es parts ». Il at­tend sur ce point l’avis des ju­ristes de la di­rec­tion de La Ré­pu­blique en Marche et n’est pas in­quiet pour l’ave­nir, « je sais ce que je sais faire ». Il re­trou­ve­ra une ac­ti­vi­té plus tard : « C’est notre li­ber­té qui nous pro­tège. » Frais émou­lus, ces char­gés de mis­sion ont ren­dez-vous le 27 juin dans l’Hé­mi­cycle. Pour de vrai.

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