10 choses à sa­voir sur… Alexeï Na­val­ny

Can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2018 en Rus­sie, le prin­ci­pal op­po­sant à Vla­di­mir Pou­tine a été de nou­veau ar­rê­té le 12 juin der­nier

L'Obs - - Sommaire - NA­TA­CHA TATU

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RE­NOU­VEL­LE­MENT Jeune, sé­dui­sant, cha­ris­ma­tique, le ju­riste de 41 ans, qui se pré­vaut d’une ex­pé­rience de ban­quier, est le seul can­di­dat « hors sys­tème » en Rus­sie à vou­loir in­car­ner une forme de re­nou­veau de la classe po­li­tique… La com­pa­rai­son avec un cer­tain pré­sident fran­çais s’ar­rête là.

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CIA Di­plô­mé de droit, cet avo­cat-blo­gueur spé­cia­li­sé dans la lutte contre la cor­rup­tion a bé­né­fi­cié, en 2010, d’une bourse de six mois à la pres­ti­gieuse uni­ver­si­té Yale (Con­nec­ti­cut), ce qui lui vaut de se re­trou­ver ré­gu­liè­re­ment ac­cu­sé par le Krem­lin d’être un agent de la CIA, payé par les ser­vices amé­ri­cains pour fo­men­ter, entre autres, la « ré­vo­lu­tion orange » en Ukraine.

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COR­RUP­TION Dès 2007, il achète des ac­tions des grandes en­tre­prises russes, ce qui lui per­met de se faire le porte-pa­role des ac­tion­naires mi­no­ri­taires floués, se­lon lui, par les mal­ver­sa­tions de leurs di­ri­geants, dont il dé­nonce, preuves à l’ap­pui, la col­lu­sion avec la classe po­li­tique di­ri­geante. En 2010, il crée le Fonds de Lutte contre la Cor­rup­tion et ac­cuse Rus­sie unie de Pou­tine d’être « le par­ti des es­crocs et des vo­leurs ». Il de­vient la fi­gure em­blé­ma­tique des grandes ma­ni­fes­ta­tions de 2011, qui ébranlent le pou­voir.

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CA­NARD Le ca­nard en plas­tique qu’ar­borent les jeunes ma­ni­fes­tants est de­ve­nu le sym­bole de la cor­rup­tion du Krem­lin de­puis qu’un do­cu­men­taire d’Alexeï Na­val­ny, dif­fu­sé sur You­Tube, consa­cré à la for­tune de Dmi­tri Med­ve­dev, le Pre­mier mi­nistre russe, met en évi­dence l’em­pire im­mo­bi­lier que ce­lui-ci se se­rait consti­tué : pro­prié­tés, vi­gnobles en Rus­sie et en Tos­cane, yachts… et aus­si une dat­cha de très grand luxe com­por­tant un cha­let pour abri­ter les ca­nards.

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NA­TIO­NA­LISME Avant de de­ve­nir le hé­ros de la lutte an­ti-cor­rup­tion, il a été le com­pa­gnon de route de mou­ve­ments na­tio­na­listes et xé­no­phobes. En 2007, il se met en scène, dé­gui­sé en den­tiste, dans une vi­déo où il com­pare les im­mi­grés mu­sul­mans à des « ca­ries ». Il a aus­si par­ti­ci­pé à des « marches russes » où cer­tains ma­ni­fes­tants font le sa­lut na­zi et dé­noncent les Ré­pu­bliques du Cau­case, ce qui lui a va­lu d’être ex­clu du prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion « ins­ti­tu­tion­nel » Ia­blo­ko. Au­tant d’écarts qu’il s’ef­force au­jourd’hui de faire ou­blier.

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JEU­NESSE Les par­ti­sans, qu’il mo­bi­lise par mil­liers dans toute la Rus­sie, sont jeunes, quel­que­fois à peine sor­tis de l’ado­les­cence. Her­mé­tiques à la pro­pa­gande du Krem­lin mas­si­ve­ment dif­fu­sée à la té­lé­vi­sion, qui reste de loin le pre­mier mé­dia dans le pays, ils s’in­forment prin­ci­pa­le­ment sur in­ter­net et les ré­seaux so­ciaux dont Na­val­ny a fait les prin­ci­paux vec­teurs de sa cam­pagne.

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YOU­TUBE Ses vi­déos dé­vas­ta­trices où il ac­cuse de cor­rup­tion, preuves à l’ap­pui, le pro­cu­reur gé­né­ral Iou­ri Tchaï­ka et le Pre­mier mi­nistre Dmi­tri Med­ve­dev font un car­ton. Il est éga­le­ment à l’ori­gine du site Ros­pil, spé­cia­li­sé dans les en­quêtes et la dé­non­cia­tion de fraudes re­la­tives aux mar­chés pu­blics, ou en­core du pro­jet Ros­vi­bo­ri, qui per­met aux ci­toyens de dé­non­cer les fraudes élec­to­rales.

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CONDAM­NA­TIONS Il a été sept fois condam­né à des peines ad­mi­nis­tra­tives pour avoir par­ti­ci­pé à des ma­ni­fes­ta­tions et a été pla­cé un an en ré­si­dence sur­veillée. En 2014, il a éco­pé de trois ans et de­mi de co­lo­nie pé­ni­ten­tiaire avec sur­sis pour dé­tour­ne­ment de fonds au dé­tri­ment de la fi­liale russe du groupe de cos­mé­tiques fran­çais Yves Ro­cher, une af­faire dans la­quelle son frère Oleg, lui, a fait de la pri­son ferme. Il a éga­le­ment été condam­né à quinze jours de dé­ten­tion après les ma­ni­fes­ta­tions du 26 mars, très sui­vies dans le pays. Cer­taines de ces condam­na­tions pour­raient lui va­loir d’être iné­li­gible.

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CAM­PAGNE L’avo­cat af­firme avoir re­cueilli l’es­sen­tiel des pro­messes de si­gna­tures sur les 300 000 né­ces­saires pour pou­voir se pré­sen­ter. Son site Na­val­ny2018 an­nonce plus de 100 000 vo­lon­taires ins­crits. Mais sa route vers le Krem­lin reste se­mée d’em­bûches. Ses équipes doivent ba­tailler pour pou­voir ou­vrir des lo­caux de cam­pagne en ré­gion. In­quiets de dé­plaire au Krem­lin, sou­mis à des in­ti­mi­da­tions, de nom­breux pro­prié­taires pré­fèrent an­nu­ler les contrats de lo­ca­tion ou, au der­nier mo­ment, de­man­der des sommes exor­bi­tantes pour les loyers.

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ZELIONKA Cet an­ti­sep­tique cor­ro­sif de cou­leur verte est la ver­sion russe, au­tre­ment plus vio­lente, de l’en­fa­ri­nage. En avril der­nier, plu­sieurs jour­na­listes, mi­li­tants des droits de l’homme et op­po­sants ont été at­ta­qués à la « zelionka », dont Alexeï Na­val­ny, qui a failli perdre un oeil. Même iden­ti­fiés, les cou­pables sont ra­re­ment in­quié­tés par la po­lice.

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