La lé­gende des bu­reaux

BU­REAU­CRA­TIE, PAR DA­VID GRAEBER, TRA­DUIT DE L’AN­GLAIS (ÉTATS-UNIS) PAR FRAN­ÇOISE ET PAUL CHEMLA, BA­BEL, 304 P., 8,80 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CA­VI­GLIO­LI

Tout le monde dé­nonce la bu­reau­cra­tie, mais elle est in­vin­cible. L’an­thro­po­logue Da­vid Graeber note que les pre­miers sys­tèmes bu­reau­cra­tiques connus datent de la Mé­so­po­ta­mie an­tique, et qu’ils « se sont per­pé­tués, pour l’es­sen­tiel sans chan­ge­ment, lit­té­ra­le­ment pen­dant des millénaires, tan­dis que les dy­nas­ties ou les élites gou­ver­nantes se suc­cé­daient ». La Chine a été en­va­hie maintes fois, mais son ad­mi­nis­tra­tion a tou­jours sur­vé­cu. Le néo­li­bé­ra­lisme, avec ses pré­ten­tions à la flexi­bi­li­té, a ré­cem­ment pris le pou­voir, mais le monde est res­té un en­fer de for­mu­laires in­com­pré­hen­sibles et de rè­gle­ments abs­trus. C’est que, sous nos airs an­ti­bu­reau­cra­tiques, nous ai­mons l’im­per­son­nel, le froid, le ra­tion­nel. Nous sommes sen­sibles à « l’en­chan­te­ment du désen­chan­te­ment ». Loin d’être une tech­nique ad­mi­nis­tra­tive neutre, la bu­reau­cra­tie est por­teuse d’une spi­ri­tua­li­té, que Graeber ana­lyse avec le brio et l’éru­di­tion qu’on lui connaît. L’oc­ca­sion de re­vi­si­ter l’his­toire de notre monde et de rap­pe­ler pour­quoi il faut à la fois l’ai­mer et vou­loir le chan­ger.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.