Les ani­maux ani­més

LE GRAND MÉ­CHANT RE­NARD ET AUTRES CONTES, PAR BEN­JA­MIN REN­NER ET PA­TRICK IM­BERT. DES­SIN ANI­MÉ FRAN­ÇAIS (1H20).

L'Obs - - Voir - FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER

Le re­nard du titre est aus­si mé­chant qu’une gui­mauve au so­leil. Il a beau faire des ef­forts, mon­trer les crocs, sor­tir les griffes, ru­gir comme un lion, tré­pi­gner dans les bois, rien à faire. Il n’im­pres­sionne même pas l’es­car­got, sur la branche, qui bâille. Mon­sieur Re­nard est un gou­pil ir­ré­sis­ti­ble­ment gen­til, pas grand du tout, et fa­ci­le­ment dé­con­te­nan­cé. La preuve : il prend soin des pous­sins vo­lés et se trans­forme en ma­man pro­tec­trice puis, oui, en… poule mouillée. Nous voi­ci dans le pe­tit théâtre de Ben­ja­min Ren­ner, réa­li­sa­teur de des­sins ani­més, is­su de l’école d’ani­ma­tion La Pou­drière, à Bourg-lès-Va­lence. Trois contes s’en­chaînent sur une pe­tite scène de théâtre pro­vin­ciale : « Un bé­bé à li­vrer » (qui de­vient presque « Une pas­tèque à li­vrer », vu qu’on a per­du le bé­bé, mo­men­ta­né­ment rem­pla­cé par la cu­cur­bi­ta­cée), « le Grand Mé­chant Re­nard » et « Il faut sau­ver Noël ». Dans le pre­mier conte, le co­chon jar­di­nier, ai­dé par deux mal­adroits, un la­pin ahu­ri et un ca­nard rai­son­neur, s’éver­tue à faire par­ve­nir un nou­veau-né à ses pa­rents, à cause d’une er­reur de ci­gogne pa­res­seuse. Dans le deuxième, le re­nard, sui­vant le con­seil de Mon­sieur Loup, élève des pous­sins qui se prennent pour des re­nar­deaux et évite un chien su­per-flem­mard qui pré­fère contem­pler ses mots croi­sés. Dans le troi­sième, le la­pin, le ca­nard et le co­chon com­plotent pour se sub­sti­tuer au père Noël, grâce à une ton­deuse-traî­neau, et se re­trouvent à la four­rière avec des mo­losses peu en­clins à l’es­prit peace and love, qui me­nacent la dis­tri­bu­tion de jou­joux aux en­fants sages. Ben­ja­min Ren­ner adapte ain­si son al­bum de BD (150 000 exem­plaires), dans l’es­prit de son film pré­cé­dent, « Er­nest et Cé­les­tine » (2012). Le bon­heur, c’est de se re­trou­ver dans du des­sin ani­mé à l’an­cienne : les pay­sages sont peints à l’aqua­relle, les ani­maux sont bien­veillants et fol­dingues, le clé­bard dort avec un bon­net de nuit, le re­nard joue à la dî­nette et en­seigne l’au­to­dé­fense aux poules éner­vées. Nous sommes à l’op­po­sé du « Ro­man de Re­nart » (une sorte de BD du xiiie siècle) : la ma­lice fait place à la bien­veillance, la ruse au sys­tème D, le cy­nisme à un hu­mour can­dide. Et le loup, pâle hé­ri­tier d’Ysen­grin, se contente de râ­ler. Les ani­maux de la ferme vus par Ben­ja­min Ren­ner sont comme les sept nains de Walt Dis­ney : drôles, désor­don­nés, ami­caux, par­fois dys­lexiques. Ils ap­portent, dé­li­cieu­se­ment, un peu de dou­ceur et de poé­sie dans un monde de brutes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.