AVA PAR LÉA MY­SIUS

L'Obs - - Critiques - NI­CO­LAS SCHALLER

Drame fran­çais, avec Noée Abi­ta, Laure Ca­la­my, Juan Ca­no (1h45).

Un clé­bard noir sor­ti de nulle part lam­bine entre les corps dis­har­mo­nieux d’es­ti­vants sur une plage. Comme si le chien de « The Thing », de John Car­pen­ter, s’était in­vi­té dans l’uni­vers de Mar­tin Parr. Dès ce plan d’ou­ver­ture, on sait que le pre­mier film de Léa My­sius, ex de la Fé­mis, ne se­ra pas comme les autres. Des por­traits de lo­li­tas de 13 ans en va­cances d’été avec leur mère, pour­tant, on en a vu. Sauf qu’Ava (Noée Abi­ta, re­te­nez son nom) ap­prend qu’elle est en train de perdre la vue et, tan­dis que tout s’obs­cur­cit au­tour d’elle, s’éprend d’un té­né­breux Gi­tan, ma­jeur et pour­sui­vi par la po­lice. « Ava » est un film so­laire sur un monde qui sombre. Ce monde, c’est l’en­fance que quitte Ava en s’éveillant au dé­sir tout en fai­sant le deuil de ce qui le mo­tive : sa vi­sion de l’autre. C’est aus­si notre so­cié­té trans­fi­gu­rée par la réa­li­sa­trice et par l’ima­gi­naire de sa jeune hé­roïne en mo­tifs poé­tiques au­tour de la cou­leur noire : celle des gen­darmes à che­val qui pa­trouillent sur la plage, celle de Té­té, l’amant afri­cain de sa mère… Il y a, dans ce film en­core vert (la se­conde moi­tié, en mode « Bon­nie et Clyde » buis­son­nier, tire à la ligne) mais dia­ble­ment sen­suel, mieux qu’un ton, un re­gard. Au­da­cieux, trans­gres­sif même, et plus que pro­met­teur.

Juan Ca­no et Noée Abi­ta, dans « Ava ».

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