Une lé­gende de Bob Dy­lan

COMME UNE PIERRE QUI…, D’APRÈS GREIL MAR­CUS. CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE-STU­DIO-THÉÂTRE, PA­RIS-1ER ; 01-44-58-98-58. JUS­QU’AU 2 JUILLET.

L'Obs - - Sortir - JACQUES NERSON

Ce fut le pre­mier spec­tacle pro­duit par Eric Ruf en 2015, à peine ins­tal­lé comme ad­mi­nis­tra­teur de la Co­mé­die-Fran­çaise. Et l’une de ses réus­sites. Bob Dy­lan ayant ob­te­nu le No­bel de lit­té­ra­ture entre-temps, une re­prise s’im­po­sait. Rap­pe­lons, puisque tout le monde n’est pas fé­ru de rock, que « Comme une pierre qui… » évoque une des plus fa­meuses chan­sons de Dy­lan, « Like a Rol­ling Stone ». A l’en­re­gis­tre­ment de la­quelle Ma­rie Ré­mond et Sé­bas­tien Pou­de­roux nous in­vitent. New York, 16 juin 1965. Le pro­duc­teur Tom Wil­son (Gilles Da­vid) est dans tous ses états. Sont réunis dans le stu­dio de Co­lum­bia Re­cords le gui­ta­riste Mike Bloom­field (Sté­phane Va­ru­penne), le bat­teur Bob­by Gregg (Ga­briel Tur), le pia­niste Paul Grif­fin (Hugues Du­chêne), plus un jeune gui­ta­riste ti­mide et ar­ri­viste, Al Koo­per (Ch­ris­tophe Mon­te­nez) [pho­to]. Et bien sûr Bob Dy­lan (Sé­bas­tien Pou­de­roux).

Ins­pi­ré de « Like a Rol­ling Stone. Bob Dy­lan à la croi­sée des che­mins », du cri­tique rock Greil Mar­cus (col­lec­tion Points Seuil), le spec­tacle ne pré­tend à rien de moins que de re­cons­ti­tuer l’ac­cou­che­ment de cette chan­son. Tâche in­grate. Quoi de plus fas­ti­dieux la plu­part du temps que de re­gar­der l’écri­vain écrire, le com­po­si­teur com­po­ser, le peintre peindre par pe­tites touches ? Mais cet en­re­gis­tre­ment est une créa­tion col­lec­tive. Avec les in­con­vé­nients qui en ré­sultent. Les mu­si­ciens ne se connaissent pas. La femme du bat­teur a choi­si ce jour-là pour le pla­quer. Le pia­niste se montre plus ha­bi­tué au clas­sique qu’au rock. Al Koo­per n’a ja­mais mis les doigts sur le cla­vier d’un orgue élec­trique. Quant à Dy­lan, il ne dé­colle pas ses lèvres de son har­mo­ni­ca. C’est la ca­ta, les es­sais foirent l’un après l’autre. Sou­dain, alors que tout sem­blait fi­chu, le mi­racle, la force cen­tri­fuge cesse pen­dant un ins­tant de sé­pa­rer les cinq ar­tistes. Six mi­nutes trente-quatre de grâce in­in­ter­rom­pue vont chan­ger la face du rock à ja­mais. L’autre mi­racle, c’est que mal­gré les mo­ments de flot­te­ment de cette séance de tra­vail, l’at­ten­tion ne dé­telle ja­mais. L’oeuvre se lève sous nos yeux comme le vase dans les mains du po­tier. C’est en­voû­tant.

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