Coup double pour Pis­sar­ro

PIS­SAR­RO À ÉRAGNY. LA NA­TURE RE­TROU­VÉE, MU­SÉE DU LUXEM­BOURG, PA­RIS-6E ; WWW.MU­SEE­DU­LUXEM­BOURG.FR. JUS­QU’AU 9 JUILLET. CA­TA­LOGUE : RMN, 240 P., 35 EU­ROS. CA­MILLE PIS­SAR­RO, LE PRE­MIER DES IM­PRES­SION­NISTES, MU­SÉE MARMOTTAN, PA­RIS-16E ; WWW.MARMOTTAN.FR. JUSQ

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Il ne suf­fit pas d’ânon­ner que Ca­mille Pis­sar­ro (1830-1903) fut le père de l’im­pres­sion­nisme. En­core fau­drait-il le mon­trer. A dé­faut de plai­der une cause com­mune, deux mu­sées pa­ri­siens jouent la carte de la « dé­cou­verte » de son oeuvre. Au Luxem­bourg, ce sont les deux der­nières dé­cen­nies de la vie du peintre qui sont évo­quées, à tra­vers, no­tam­ment, ses toiles et des­sins réa­li­sés à Era­gny-sur-Epte, vil­lage de l’Oise où il s’ins­talle en 1884. Le gros de la vague im­pres­sion­niste est dé­jà pas­sé et Pis­sar­ro suc­combe aux si­rènes du poin­tillisme, comme en té­moignent ici plu­sieurs de ses pay­sages cham­pêtres. Cet at­trait pour le ri­pi­point (comme di­sait Gau­guin) se­ra de courte du­rée, Pis­sar­ro pré­fé­rant re­nouer avec l’im­pres­sion­nisme des ori­gines. Ce choix à contre­temps lui se­ra dans une cer­taine me­sure fa­tal, la mode des « im­pres­sions » étant pas­sée de­puis long­temps. De nom­breux do­cu­ments (pho­tos, cro­quis et jus­qu’aux livres de l’Era­gny Press édi­tés à Londres par Lu­cien Pis­sar­ro, fils de l’ar­tiste) ac­com­pagnent ce par­cours cam­pa­gnard.

Mais c’est dans l’ex­po du Mu­sée Marmottan que l’on me­sure plus en­core le grand écart au­quel s’est li­vré le peintre du­rant sa car­rière. Ici, on re­trouve toutes ses pé­riodes de créa­tion, de­puis les pay­sages des an­nées 1860 jus­qu’aux vues de la côte nor­mande ou des quar­tiers de Pa­ris. Un de ses der­niers ta­bleaux re­pré­sente le « Brise-lames est » du port du Havre, « par temps mouillé ». La touche du vieux peintre (il a 73 ans) n’a plus la ner­vo­si­té de celle des jeunes an­nées. Le ciel est char­gé de nuages, les voiles des na­vires sont gon­flées par le vent. Pis­sar­ro s’ap­prê­tait à faire son der­nier voyage – tou­jours peintre.

« Ef­fet de lu­mière du so­leil au ma­tin, Era­gny » (1899).

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