De l’oreille au pa­lais

Boire et écou­ter, sen­tir et res­sen­tir… Vin et mu­sique peuvent se com­bi­ner, jus­qu’à l’har­mo­nie par­faite

L'Obs - - Vins D'ete - Par RACHELLE LE­MOINE et AN­TOINE GERBELLE

Si l’oreille rêve d’ab­so­lu, la pa­pille reste re­la­tive. On re­con­naît un goût par ré­fé­rence. Pour­tant le mé­lo­mane et l’oe­no­phile par­tagent la même exi­gence. Fausses notes et goûts dé­viants gâchent le spec­tacle. Chaque coup d’ar­chet juste monte le vo­lume de nos sens, chaque riff de ta­nins ca­li­brés aug­mente l’acui­té de nos cap­teurs. La lu­mière du vin éclaire les liens entre sons et si­lences au cours du temps. Dé­mons­tra­tion. En 2008, Adrian North, pro­fes­seur en psy­cho­lo­gie de l’uni­ver­si­té de He­riotWatt à Edim­bourg, pu­bliait une étude mon­trant que lors d’une dé­gus­ta­tion, sur plus de 250 per­sonnes, le fond mu­si­cal so­nore mo­di­fiait la per­cep­tion des sa­veurs d’un vin. Un ca­ber­net-sau­vi­gnon chi­lien était per­çu comme 60% plus puis­sant lors­qu’il était dé­gus­té avec une mu­sique el­le­même puis­sante (« Sweet Child O’Mine », des Guns N’Roses puis « Car­mi­na Bu­ra­na » de Carl Orff ) que lors­qu’il l’était avec des mu­siques plus raf­fi­nées ou ra­fraî­chis­santes (« la Valse des fleurs », de Tchaï­kovs­ki et « Just Can’t Get En­ough » de Nou­velle Vague) ou sans mu­sique du tout.

“L’UN DE NOUS” Al­bin de la Si­mone Che­ver­ny Do­maine des Huards Prose 2016

Il nous chu­chote à l’oreille le temps des amours mûres, lu­cides, sans cruau­té. D’une dé­li­ca­tesse so­nore, presque feu­trée (harpe et cordes), cet al­bum, d’une ap­pa­rente sim­pli­ci­té, se ré­vèle d’une ri­chesse lit­té­raire et mu­si­cale in­ouïe. Dans notre verre, un ro­sé d’une grande sin­cé­ri­té, à base de ga­may et de pi­not noir éle­vés sur un ter­roir cal­caire, in­fi­ni­ment frais et com­plexe, fin et gour­mand, vif et dé­li­cat. Un vin de poète. 10 € au do­maine (do­mai­ne­de­shuards.com)

“C’ÉTAIT BIEN OU LE PE­TIT BAL PER­DU”, Bour­vil Baux de Pro­vence Châ­teau Ro­ma­nin Grand Vin blanc 2016

Une at­mo­sphère de bal après la guerre où des amou­reux dansent au son de l’ac­cor­déon et par­tagent le même verre. Pour ce pe­tit bal per­du, un grand vin était re­quis, une cu­vée du Châ­teau Ro­ma­nin. D’une grande élé­gance aro­ma­tique, il dé­voile un pa­lais ample, ci­se­lé et frais, où chaque cé­page (rolle, rous­sanne et mar­sanne) joue sa par­ti­tion sur une valse en­traî­nante. 20 € au do­maine (cha­teau­ro­ma­nin.com)

“BLUE LINES” Mas­sive At­tack Pays d’Oc Do­maine Gay­da Che­min de Mos­cou 2014

Melting-pot ab­so­lu du pas­sé so­nore ante1990, le chef-d’oeuvre du groupe de Bris­tol sur­prend en­core au­jourd’hui par son flow sub­ver­sif et sen­suel, d’une grande vi­va­ci­té. Pour l’ac­com­pa­gner, une cu­vée lan­gue­do­cienne dont le nom n’a rien de sub­ver­sif (Mos­cou est le nom d’une par­celle). Mais les ori­gines an­glaises du groupe de­vraient tin­ter aux oreilles de Tim Ford, un Bri­tan­nique à la tête du do­maine, qui éla­bore ce vin aux arômes in­tenses, ou­vert et gé­né­reux en bouche, pré­cis et mi­né­ral. 21 € au do­maine (do­mai­ne­gay­da.com)

“SO­NATE N°9, OPUS 11” Bee­tho­ven et Vi­val­di Cham­pagne Fleu­ry

Avec cette cu­vée So­nate, Jean-Pierre Fleu­ry et son fils Jean-Sé­bas­tien sont par­ve­nus à fran­chir un nou­veau cap : la vi­ni­fi­ca­tion d’une cu­vée dans le res­pect ab­so­lu des fruits, c’est-à-dire sans soufre. Cet opus 11 (ven­dange 2011) est un cham­pagne ba­roque, dans le­quel le pi­not noir donne du vo­lume, sa ma­tu­ri­té de la ron­deur et une res­pi­ra­tion vive dans la fi­nale. En­vi­ron 65 €. 43, Grande Rue, 10250 Cour­te­ron ; 03-25-38-20-28 ; www.cham­pagne-fleu­ry.fr

“OSEZ JO­SÉ­PHINE” Alain Ba­shung Cré­mant de Li­moux Jo­sé­phine Do­maine Les Hautes Terres

Si­tuées à 400 mètres d’al­ti­tude dans l’Aude, sur un ter­roir conduit en bio, les vignes de Gilles Azam per­mettent de pro­duire des bulles aus­si riches que ner­veuses. Char­don­nay, che­nin et mau­zac jouent une par­ti­tion très fruits blancs et amandes douces dont les sa­veurs tour­noient, s’al­longent en bouche comme les riffs du tube de Ba­shung. La chair de poule n’est pas loin. En­vi­ron 14 €. 4, rue du Châ­teau, 11300 Ro­que­taillade ; 04-68-31-63-72. les.hautes.terres@wa­na­doo.fr

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