10 choses à sa­voir sur… Ni­cole Bel­lou­bet

Ex­per­tise et in­dé­pen­dance : la nou­velle mi­nistre de la Jus­tice de­vrait ras­su­rer les ma­gis­trats

L'Obs - - Sommaire - MA­THIEU DELAHOUSSE

1 COCK­TAIL

Sa vie pu­blique a bas­cu­lé mer­cre­di 21 juin sur les luxueuses pe­louses du cercle de l’Union in­ter­al­liée où se te­nait la ré­cep­tion an­nuelle des avo­cats aux conseils. Conviée comme membre du Con­seil consti­tu­tion­nel, la voi­là reine de la soi­rée quand tombe la com­po­si­tion du gou­ver­ne­ment. Tan­dis que la France ac­cueille son nom d’un « c’est qui? », les ini­tiés du droit se ré­jouissent : l’un des leurs ac­cède en­fin à la place Ven­dôme si mal­me­née à leur goût ces der­nières an­nées par de vul­gaires po­li­tiques.

2 EXPERTE

A 62 ans, long­temps ma­riée à un autre pro­fes­seur de droit au­jourd’hui dis­pa­ru, Ni­cole Bel­lou­bet est une uni­ver­si­taire pur sucre, spécialiste de droit ad­mi­nis­tra­tif. Mais elle a dé­jà connu plu­sieurs vies. En 1997, elle compte par­mi les plus jeunes rec­teurs d’aca­dé­mie de France, à une pé­riode où, de son propre aveu, il fal­lait fé­mi­ni­ser la haute fonc­tion pu­blique. Nom­mée au Con­seil consti­tu­tion­nel de­puis cinq ans, elle en était la ben­ja­mine et « elle avait en­core be­soin d’ac­tion », es­time l’un de ses proches.

3 DÉ­MIS­SION

Rec­trice de l’aca­dé­mie de Tou­louse de 2000 à 2005, elle gé­rait 50000 fonc­tion­naires. Son pre­mier coup d’éclat pu­blic date de cette pé­riode. Ul­cé­rée par les dé­ci­sions prises par le gou­ver­ne­ment Raf­fa­rin, elle dé­mis­sionne avec fra­cas, ex­pli­quant qu’elle ne pou­vait « plus ap­pli­quer une po­li­tique qu’[elle] n’ap­prouv[ait] pas ».

4 SOU­RIRE

Lors de la pas­sa­tion de pou­voir au mi­nis­tère de la Jus­tice, Fran­çois Bay­rou li­sant ses fiches en cos­tume sombre sem­blait être en noir et blanc alors qu’elle pre­nait la pa­role sans notes dans un tailleur rose es­ti­val. Pince-sans-rire, elle est dé­crite comme tou­jours sou­riante et cha­leu­reuse. Elle a même bluf­fé Ma­gyd Cher­fi, le pa­ro­lier du groupe tou­lou­sain Zeb­da : « Elle m’a dit qu’elle avait lu mon livre “la Trempe”, ça m’a plu! »

5 TOU­LOUSE

Elle s’est ini­tiée à la po­li­tique en col­la­bo­rant à la re­vue « Pou­voirs » et en me­nant as­sez tôt des mis­sions pour son mi­nis­tère na­tu­rel, ce­lui de l’Edu­ca­tion na­tio­nale. En 2008, sous la ban­nière du Par­ti so­cia­liste, elle s’ex­pose de fa­çon plus vi­sible dans la cam­pagne des mu­ni­ci­pales. Elle se­ra pre­mière ad­jointe du maire élu au Ca­pi­tole, Pierre Cohen, puis vice-pré­si­dente du con­seil ré­gio­nal.

6 AVEY­RON

Elle est née à Pa­ris mais il faut cher­cher un pe­tit lieu-dit de la com­mune de La Ca­pelle-Bleys (Avey­ron) pour si­tuer ses ra­cines. Ses grands-pa­rents avaient quit­té le Sé­ga­la pour mon­ter à la ca­pi­tale et de­ve­nir bou­gnats puis ca­fe­tiers. Son père était in­gé­nieur. Sa mère, em­ployée

aux PTT.

7 VEN­DÔME

« Elle n’a pas beau­coup pu­blié », raille un grand pro­fes­seur de droit qui ob­serve qu’elle a pro­duit une thèse in­ti­tu­lée « Pou­voirs et re­la­tion hié­rar­chiques dans l’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise ». Elle a ce­pen­dant me­né aus­si des recherches his­to­riques sur les ar­rêts ren­dus par le garde des Sceaux en 1777 et ce « bu­reau de la chan­cel­le­rie » qui « res­tait un des rouages les moins fa­ciles à com­prendre de l’ad­mi­nis­tra­tion cen­trale mo­nar­chique ». 8 LIBERTÉS Face au ter­ro­risme et face au mi­nis­tère de l’In­té­rieur qui s’im­posent, quel rôle pour la jus­tice? Elle se dit prête à re­le­ver le « dé­fi de la pro­tec­tion des libertés de nos ci­toyens ». Sur ce ter­rain, il lui fau­dra aus­si plan­cher sur le dé­li­cat équi­libre entre les trois juges (ad­mi­nis­tra­tif, consti­tu­tion­nel et ju­di­ciaire). « La guerre des trois n’au­ra pas lieu », s’amu­sait-elle lors d’un col­loque en mai der­nier. Mais la ten­sion est réelle. Et l’en­jeu dé­mo­cra­tique, ma­jeur.

9 MI­NISTRE

Sa pre­mière ur­gence est de por­ter la ré­vo­lu­tion de la mo­ra­li­sa­tion pro­mise par Em­ma­nuel Ma­cron. Sup­pres­sion d’avan­tages, contrôles ac­crus : à elle de dic­ter sa loi, no­tam­ment aux sé­na­teurs. L’As­sem­blée na­tio­nale, vu sa nou­velle com­po­si­tion po­li­tique écra­sante, de­vrait lui op­po­ser moins de ré­sis­tance.

10 CHAN­SON

Deux ru­meurs pré­tendent al­ter­na­ti­ve­ment qu’elle au­rait rê­vé d’être chan­teuse d’opé­ra ou qu’elle nour­ri­rait une pas­sion secrète pour les re­frains de Daniel Ba­la­voine. En­ten­dra-t-on au mi­nis­tère : « Les juges et les lois, ça m’fait pas peur »? Peu pro­bable. On sait de­puis long­temps que le vrai risque de la place Ven­dôme est le désen­chan­te­ment.

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