Dé­fi­lés Milan Cher­chez le gar­çon

Nous avons exa­mi­né ce qui, dans la mode mas­cu­line ita­lienne de 2018, pour­rait al­ler à une femme

L'Obs - - Sommaire - Par SOPHIE FON­TA­NEL

C’est quand même bi­zarre. D’un cô­té, vous avez « le genre », ce concept mis en char­pie, no­tam­ment par les fé­mi­nistes, ces der­niers temps, et de l’autre vous avez la mode, sup­po­sée avant­gar­diste, qui conti­nue de di éren­cier la se­maine de la mode mas­cu­line et la se­maine de la mode fé­mi­nine. Ce sont d’ailleurs ra­re­ment les mêmes jour­na­listes qui couvrent les deux sec­teurs, pour­tant de plus en plus proches. Pre­nons par exemple les der­niers dé­fi­lés printemps-été à Milan. Aus­si bien dans l’as­sis­tance que sur le po­dium, les vê­te­ments étaient ten­tants pour les femmes.

Chez MARNI, on ne pou­vait que se faire la même ré­flexion. Quel ta­lent, ce Fran­ces­co Ris­so, leur nou­veau DA ! Des crayon­nages d’en­fant (genre, par­don pour le mot !) ajou­tés sur les che­mises. Splen­deur. La dou­ceur des « looks », pour cau­ser mode, fai­sait fris­son­ner mes col­lègues femmes. Ces tee-shirts (ou dé­bar­deurs) im­pri­més, por­tés sous des che­mises d’un autre im­pri­mé… Un col­lègue m’a dit que ça fai­sait « trop Pra­da ». Euh, ça fai­sait sur­tout trop en­vie, oui !

Chez PRA­DA, c’était une autre am­biance. On était dans un es­prit an­nées 1980, et Etienne Da­ho (en fond so­nore) sem­blait avoir ins­pi­ré cette col­lec­tion. Rien que des idées pour les femmes : le col de che­mise re­mon­té, la taille cein­tu­rée sous les seins. Le show se fi­nit par une chan­son de Taxi Girl, « Cher­chez le gar­çon ». Dont acte.

Chez FENDI, ah ben on en avait du rose. Il a été vo­lé aux filles, vo­lons-le dé­sor­mais aux gar­çons. Il y avait un blou­son, voyez-vous, gris-bleu de­vant et rose pou­dré der­rière… Ahu­ris­sante in­tel­li­gence de cette pro­po­si­tion, car ce­la avait l’air clas­sique, alors que ça dé­cloi­son­nait beau­coup de choses.

Chez VER­SACE, du rose aus­si (pan­ta­lon et tee-shirt, en to­tale pin­ki­tude), mais sur­tout le gé­nie de dé­mon­trer qu’entre un blou­son ras-du-cou et une veste Cha­nel (les deux ins­pi­rés, à l’ori­gine, par l’ar­mée, rap­pe­lons-le), il y a la pos­si­bi­li­té d’un car­di­gan de fille, sur homme.

Chez PORTS 1961, un ga­min avec un col­lier plas­tron eth­nique. Je m’en sou­viens : Lou­lou de La Fa­laise, muse et col­lègue d’Yves Saint Laurent, por­tait le même. Amu­sant et si­gni­fi­ca­tif de le re­trou­ver là sur un homme.

Chez DOLCE & GABBANA, les ga­mins (tous fils de stars) por­taient des cou­ronnes qui dé­mo­daient le dia­dème. Et la sor­tie de lit d’un des gar­çons m’a ame­née à cette idée que le gar­çon au­rait été aus­si bien nu et moi avec ses beaux ha­bits.

Chez MONCLER GAMME BLEU, ils avaient bien com­pris l’af­faire et re­ti­raient leurs vê­te­ments sur le po­dium, pen­dant le show, comme pour les of­frir à cer­taines… Et ce n’est pas le pan­ta­lon en ré­sille d’un cer­tain jeune homme qui nous ten­tait, mais la fo­lie douce des tar­tans com­bi­nés les uns aux autres. Mieux qu’un simple kilt… En tout cas pour une fille !

Chez MSGM, ah en­core du tar­tan ! Et le mo­del aux cheveux longs et blonds qui res­sem­blait à Uma Thur­man.

De même, chez DIE­SEL BLACK GOLD, le tar­tan sous sa forme bien connue des an­nées 1990, en longue che­mise écossaise, mais vrai­ment très très longue, celle vrai­ment de Kurt Co­bain. Toutes les filles aiment por­ter ça.

Im­pec­cable bou­lot chez DIRK BIKKEMBERGS. Leur cos­tume veste-short a l’im­pla­cable ef­fi­ca­ci­té d’un clas­sique. Si le monde avait un sens, les hommes pour­raient al­ler bos­ser ha­billé comme ça. A la banque, au Par­le­ment… Mais pour le mo­ment, par ici mon ki­ki ! Bref, que des choses bien ten­tantes.

Même chez ARMANI, je re­gar­dais rê­veuse les bra­guettes… Je vois à quoi vous pen­sez, mais vous vous trom­pez. Il met bien les pinces, Gior­gio. Il y a un tom­bé Armani. Et je ne pen­sais plus du tout à la mode mas­cu­line, à cet ins­tant. Mais le mo­ment ca­pi­tal, c’était après : sou­dain, deux hommes avec des gi­lets, moi­tié chan­dail et moi­tié che­mise. Très Comme des Gar­çons 1992 ! Suis re­par­tie de là en me di­sant qu’en ap­pe­lant sa marque Comme des Gar­çons, Rei Ka­wa­ku­bo avait, en plus de ses mul­tiples clair­voyances, par­fai­te­ment an­ti­ci­pé la fu­sion qui s’opé­re­rait un jour entre hommes et femmes. Ce genre de fu­sion de mode qui ne sert pas à faire des en­fants, mais à en res­ter un (un en­fant) toute la vie. Une grâce.

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