Port­fo­lio

Le temps des Gor­gan

L'Obs - - Sommaire - BER­NARD GÉNIÈS

En 1995, alors qu’il est étu­diant à l’Ecole na­tio­nale de la Pho­to­gra­phie d’Arles, Ma­thieu Per­not fait la connais­sance des Gor­gan. Cette famille rom, ins­tal­lée en France de­puis près d’un siècle, vit sur un ter­rain coin­cé entre le Rhône et la gare de fret de la ville. Le jeune pho­to­graphe (il est alors âgé de 25 ans) com­mence par pho­to­gra­phier, en noir et blanc, les en­fants qui jouent dans les wa­gons aban­don­nés. Cette pre­mière ap­proche va don­ner nais­sance, en 1999, à « Tsi­ganes », un livre ins­pi­ré par une dé­marche do­cu­men­taire. Mais, au fil des an­nées, les liens que Ma­thieu Per­not va dé­ve­lop­per avec ces en­fants et leurs pa­rents – leur père, Joh­ny, leur mère, Ni­naï – vont l’ame­ner à s’im­pli­quer plus en­core dans leur quo­ti­dien et leur his­toire. Sans ja­mais suc­com­ber à la ten­ta­tion de la can­deur ou de la naï­ve­té, le pho­to­graphe va les in­ci­ter à par­ti­ci­per eux-mêmes à son en­tre­prise, en leur de­man­dant par exemple de lui confier les images qu’ils prennent eux­mêmes. Au­jourd’hui, avec « les Gor­gan », Ma­thieu Per­not évoque le des­tin de cha­cun des dix membres de cette famille. Le ré­cit, ponc­tué par les fêtes, les drames (la mort de Ro­cky, l’un des en­fants), la vio­lence (les sé­jours en taule), se pré­sente comme un al­bum de famille, sans fard ni du­pe­rie. Ces images vont être ex­po­sées lors des Ren­contres de la pho­to­gra­phie d’Arles (du 3 juillet jus­qu’au 24 sep­tembre) et elles sont par ailleurs pu­bliées dans un beau-livre qui vient de pa­raître aux édi­tions Xavier Bar­ral. Cet al­bum re­com­po­sé (puis­qu’il com­prend les pho­tos de Per­not et celles prises par les Gor­gan) n’est pas comme les autres : il donne à voir avant toute chose des personnages qui, sou­dain, nous pa­raissent in­ou­bliables.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.